Gabrielle Bourguet: «J’avais envie d’offrir ce cadeau à ma commune»

C’est la première fois, depuis 1848, que le tapis rouge se déroule pour un député de Granges. Elue, jeudi, à la présidence du Législatif fribourgeois, Gabrielle Bourguet offre une page d’histoire à sa commune veveysanne.

PAR MARIE-PAULE ANGEL


Vêtue, le jour de notre rencontre, d’un coquet tailleur noir et d’un chemisier ciel assorti à ses prunelles, cheveux comme les épis de maïs qui bercent ses étés de femme d’agriculteur, Gabrielle Bourguet a le sourire enchanteur de celles à qui tout réussit. Enchaînant succès sur succès, avec le souci de justice et d’équilibre que dirigent les étoiles de son ciel de naissance – sous le signe de la Balance – la voici, à 40 ans, présidente du Grand Conseil, vingt ans après la Châteloise Rose-Marie Ducrot.
Pour Granges, c’est une double première. A la connaissance du syndic François Genoud, aucun homme du village n’aurait atteint ce firmament, ni même été député… «La région a beaucoup compté dans ma décision. J’avais envie d’offrir ce cadeau à ma commune», dit Gabrielle Bourguet qui est tombée, à 17 ans, dans la marmite politique, après avoir suivi ses parents à une assemblée. Veni, vidi, vici. Un destin s’est accompli.   
 

Au Grand Conseil en 2006
Jeune étudiante en droit ayant grandi à Ponthaux et travaillé pour payer ses études, d’abord engagée au sein des Jeunes démocrates-chrétiens avant de rallier le grand frère PDC, Gabrielle Bourguet dit avoir toujours aimé «le débat d’idées. C’est une passion.»
Quand l’occasion de la Cons-tituante se présente, cette jeu-ne maman épanouie trouve un bon terrain d’exercice. Avec son collègue de parti Claude Schenker, elle remporte, en 2003, une belle victoire. Les constituants acceptent leur proposition d’assurance maternité pour toutes les mères.
Elue au Grand Conseil en 2006, la députée de Granges  rappelle alors au Conseil d’Etat l’article 33 de la Constitution cantonale, le priant, gentiment mais fermement, de mettre en forme les dispositions légales.
Chose concrétisée en été 2011, en première suisse. Avec sa poésie à lui, Martin Nicoulin rend justice, dans son récent livre sur le village, à la mater familias: «Comme Napoléon, le Conseil d’Etat se couronne lui-même. Mais l’historien de Granges constate avec joie que ce diadème est sorti de la tête et du cœur de Gabrielle Bourguet.»
 

Une année chargée
L’année présidentielle sera moins militante. Gabrielle Bourguet galopera dans tout le canton pour y assurer 150 à 200 représentations, elle préparera les séances du Parlement et en dirigera les débats. «Je me suis préparée, le point essentiel étant que ma famille soit à fond derrière moi. Si, cette année, je dépose moins d’interpellations, je serai, antennes dehors, à écouter la population et j’aurai une bonne “photo” de la réalité du canton».
 

Quatre axes d’action
Gabrielle Bourguet ne perd pas de vue, pour autant, ses axes d’action: défense des familles, des personnes handicapées, et de celles qui, âgées, le sont aussi, physiquement et psychiquement, transports publics, soutien à l’agriculture et protection de l’environnement. Elle a un sourire en coin au mot «agriculture», milieu qu’elle vit au quotidien auprès de son mari, Daniel Bourguet, dont la famille exploite le vaste domaine de l’Abbaye de Sales: «Tout le monde veut “sauver” l’agriculture! C’est oublier que les 95% de la politique agricole se décident à Berne. C’est donc au niveau des compétences cantonales que je peux engager ce combat», dit-elle en rappelant que son parti a déjà obtenu la révision du mode de calcul des bourses d’études et des réductions pour l’assurance maladie. Compétences: un mot, chez Gabrielle Bourguet, à comprendre comme la marge du pouvoir qu’il reste aux parlementaires. Sans vaines promesses.  

Une attitude visionnaire
«A quoi bon surgir comme l’orage après la moisson?» poursuit Gabrielle Bourguet, en piste, dès la première heure, pour une cohérence des transports publics. A la dernière assemblée de la Région Glâne-Veveyse, en novembre, elle exhorte ainsi la RGV à avoir une vision «anticipative», à être «proactive», à devenir «un vecteur d’informations», pour éviter le clash du prochain changement d’horaire, vers 2018.  
Dans tous les combats de Gabrielle Bourguet, quatre points cardinaux: continuité, honnêteté intellectuelle, cohérence, sens des compétences. La députée de Granges en appelle ainsi à la concordance de la députation veveysanne. Calcul vite fait avec six députés sur 110 pour défendre les intérêts du seul district sans frontière commune avec la Sarine.  
Le nom de ce météore de la politique circule déjà comme  candidate potentielle à la préfecture de la Veveyse, en 2016. «Je n’ai jamais fait de plans de carrière. Une année après l’autre», conclut Gabrielle Bourguet.

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