La salle qui change tout

| mar, 17. Jan. 2012
Equilibre, la salle de spectacle de Fribourg, ouvre de nouvelles perspectives à l’art lyrique dans le canton. Le point avec Laurent Gendre, directeur musical de l’Opéra de Fribourg qui présente "Madame Butterfly" en première à… la salle CO2.

PAR JEAN GODEL


Quand l’Opéra de Fribourg a choisi Madame Butterfly de Giacomo Puccini il y a deux ans, il n’était pas encore sûr de disposer de la nouvelle salle de spectacle des Grand-Places, à Fribourg. Cette 26e production sera donc créée jeudi à la salle CO2 de La Tour-de-Trême avant d’entamer la première saison d’Equilibre dès le 26 janvier. Rencontre avec son directeur musical Laurent Gendre, à la tête de l’Orchestre de chambre fribourgeois (OCF). Il signe là sa vingtième participation. L’occasion d’évoquer avec lui ce qu’Equilibre va changer dans le paysage lyrique fribourgeois.

Qu’est-ce qui change avec Equilibre?
D’abord, l'accueil d’autres productions. Il sera ainsi possible de proposer plusieurs opéras par saison. Et puis nous pourrons prévoir de plus grands orchestres. Enfin, le répertoire s’élargit aussi.

Avec Equilibre, l’Opéra de Fribourg entre-t-il dans la cour des grands?
Les grandes scènes ont un orchestre et un chœur permanents et produisent bien plus de créations annuellement. A Fribourg, il n’y a pas le bassin de population ni les moyens suffisants. Mais l’activité lyrique va croître. Il faudra voir quelle sera l’acoustique, mais le confort des spectateurs, la fosse d’orchestre et la possibilité de manipuler des décors devraient encourager les Fribourgeois à venir à l’opéra.

La part des artistes fribourgeois au générique de Madame Butterfly n’est pas prépondérante…
Parmi les solistes, un certain nombre de seconds rôles sont tenus par des Fribourgeois ou des étudiants au Conservatoire de Fribourg. En y ajoutant les membres du chœur, ils sont une quinzaine. Pour ce qui est des grands rôles, c’est vrai qu’il n’y a pas de Madame Butterfly fribourgeoise. Il ne s’agit pas de pouvoir chanter les notes, là n’est pas la question. Mais les professionnelles capables de tenir ce rôle avec un certain niveau de qualité ne courent pas les rues en Suisse. Elles se comptent sur les doigts d’une ou de deux mains. Les autres scènes lyriques du pays engagent d’ailleurs très peu de chanteurs suisses.

Aux débuts de l’Opéra de Fribourg, on sentait la volonté de mettre en avant la scène fribourgeoise…
Cette volonté existe toujours, dès que se présente l’occasion, comme cette année avec Joelle Delley, René Perler ou Jonathan Spicher. Au début de l’Opéra de Fribourg, il s’agissait plutôt de productions de conservatoire, d’ailleurs adaptées à toute une série d’œuvres classiques.

Equilibre tirera-t-elle vers le haut ces pousses fribourgeoises?
Je l’espère! Il y a de très bons chanteurs à Fribourg, plus que dans bien d’autres régions de même taille. Mais il est normal de ne pas trouver, dans un canton d’à peine 300'000 habitants, trois ou quatre ténors ou sopranos de rang international.

Cette montée en puissance pourrait-elle aussi fermer les portes de la scène lyrique aux Fribourgeois?
Non, cela ne peut que pousser les Fribourgeois. Un instrument qui fonctionne bien stimule toutes les activités culturelles, y compris le public. La salle joue un rôle, même s’il y a un effet découverte. L’Orchestre de Lucerne, par exemple, a vu le nombre de ses abonnés doubler après l’ouverture du KKL (n.d.l.r.: Centre des congrès et de la culture, dû à l’architecte Jean Nouvel).

Avez-vous un seul regret d’abandonner l’aula de l’Université?
Non! Pas en tant que chef. J’ai pesté contre elle pendant vingt ans… Mais c’est une salle qui a son histoire et son charme. Et même certaines qualités: au début, j’étais surpris d’entendre des spectateurs me dire leur plaisir de voir l’orchestre, ce qui est impossible avec une fosse. L’avantage à Equilibre, c’est que nous aurons le choix: jouer avec l’orchestre dans la fosse ou à vue. Idem pour la scénographie et la mise en scène: les chanteurs ne seront plus contraints de marcher de long en large dans un décor figé à cause du manque de profondeur… ça change tout!
 

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«Ne pas assécher le mélo!»
Après avoir exploré quelques œuvres méconnues, l’Opéra de Fribourg revient, avec "Madame Butterfly", aux grands classiques…
Ce n’est pas une volonté délibérée. Le choix se fait en fonction de nombreux critères, notamment la salle (il fallait une œuvre adaptable à l’aula de l’Université, au cas où Equilibre n’aurait pas été disponible) ou les coproductions avec des scènes françaises, qui excluent des œuvres déjà jouées. Mais l’année prochaine, nous jouerons Viva la mamma de Donizetti. On oscille toujours entre les deux.

Qu’aimez-vous dans "Madame Butterfly"?
C’est une magnifique machine à faire pleurer (rires)! C’est extrêmement efficace aux niveaux scénique et musical: très théâtral pour les chanteurs et très beau à jouer pour les musiciens. On y trouve aussi une concision assez rare dans l’opéra: souvent, les compositeurs développent les moindres événements. Pas Puccini.


Il y a aussi un côté mélo… Etait-ce un écueil?
Bien sûr! Mais qu’entend-on par mélo? Tous les opéras sont mélodramatiques en ce sens qu’ils associent un drame à une mélodie. Alors il ne faut pas tomber dans le sentimentalisme ni en rajouter. Mais, chez Puccini, tant de choses sont écrites, comme les tempos indiqués avec grande précision! En jouant ce qui est noté, on a déjà fait un long chemin. Ensuite, on cherche des couleurs avec les chanteurs et l’orchestre. Et puis, il ne faut pas non plus vouloir tout assécher: cette expansivité est voulue par Puccini.

Ce côté japonisant de la musique est-il difficile à aborder?
Non, c’est une technique de composition très bien maîtrisée, par exemple avec des gammes par tons qui sonnent japonais à nos oreilles – il suffit de faire des improvisations sur les touches noires du piano! Ce n’est pas la partie qui me passionne le plus, d’ailleurs.

Où est alors le cœur de l’œuvre?
Dans la description de la fatalité. Tout est connu dès le début. Il y a quelque chose d’annonciateur dans la musique, des thèmes associés à des idées, qui reviennent comme des leitmotive et nous amènent là où il faut par le bout du nez.

Le metteur en scène Olivier Desbordes évoque Hiroshima, Nagasaki et même Fukushima! Faites-vous aussi le lien avec "Madame Butterfly", qui a été créée en 1904?
Ce qui fonctionne, c’est le fait que deux mondes s’entrechoquent, japonais et occidental. En fait, c’est surtout dans le décor que l’on retrouve cet élément de fragilité du Japon «démantibulé», avec une maison en ruine. Cela traduit bien la décrépitude du couple qui a comme contaminé le décor. Mais le choix de l’œuvre, rappelons-le, s’est fait bien avant Fukushima! JnG

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