Le varroa a déjà détruit une abeille sur deux

| mar, 10. Jan. 2012

Cette année, le varroa pourrait détruire la moitié des colonies du canton de Fribourg. Certains apiculteurs, comme Michel Curty à Villarimboud, risquent même de perdre la totalité de leurs abeilles.

PAR JEAN GODEL

«Jamais je n’ai perdu une seule colonie d’abeilles à cause du varroa. Mais, cet hiver, il ne m’en reste plus que six sur quinze. Et encore: elles sont trop faibles. Avec un peu de chance, j’espère en sauver trois d’ici le printemps.» Celle qui fait ce constat alarmant n’est pas tombée de la dernière pluie dans le petit monde de l’apiculture puisqu’il s’agit de Barbara Volery, commissaire apicole cantonale. Vu l’état actuel de ses ruches, elle craint même de tout perdre d’ici la fin de l’hiver.

C’est malheureusement le cas de Michel Curty, à Villarimboud: «Sur mes soixante colonies, il m’en reste trois. Et je risque bien de les perdre d’ici le printemps.» Pour cet inspecteur des ruchers de la Glâne aussi, le fautif est le varroa. «C’est clair et net», renchérit Barbara Volery, en contact avec ses homologues, ailleurs en Suisse et à l’étranger.

Des propos qui confirment la prévision très sombre faite par le Conseil d’Etat dans sa récente réponse à la question de Bernadette Hänni (s, Morat), qui s’inquiétait de la situation de l’apiculture dans le canton. «L’hiver 2011/2012 sera catastrophique avec des pertes de l’ordre de 50%», annonce sans ambages le Gouvernement. Une situation qui, plus ou moins, s’étend à l’ensemble de la Suisse.

Un acarien venu d’Asie

Le varroa? C’est cet acarien parasite de l’abeille arrivé voici vingt-cinq ans en Suisse avec des colonies importées d’Asie. Inoffensif chez l’abeille asiatique (apis cerana), il décime l’abeille domestique (apis mellifera) en Europe, en Amérique et dans certaines régions d’Afrique. On parle ainsi de «syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles».

L’an dernier, explique Barbara Volery, la chaleur précoce a généré une ou deux générations d’abeilles supplémentaires, les reines ayant pondu dès janvier, au lieu de février. Du coup, le varroa, qui se laisse enfermer dans la cellule où se développe la larve, a lui aussi pu se reproduire plus tôt. Semblable à une tique, le varroa (varroa destructor, de son doux nom scientifique) se nourrit de l’hémolymphe de l’abeille (son sang) dès le stade de larve, l’infestant de différents virus ou affaiblissant son système immunitaire, ce qui amène l’abeille à une mort certaine et précipitée. Pire: le varroa s’accroche aux abeilles adultes et colonise ainsi d’autres ruches.

L’an dernier, ces réinfestations ont été massives. «En Suisse, pas une seule colonie vit sans le varroa», assure Barbara Volery. Pourtant, en année normale comme en 2010, la perte n’est que de 10%. Ce qui prouve que les traitements existants fonctionnent. Les produits chimiques ont déjà montré leurs limites, l’acarien s’y étant adapté. Demeurent les moyens naturels, tels les acides lactique, formique et oxalique ou encore les préparations à base d’huiles essentielles.

«Le problème, explique Michel Curty, c’est que le miel capte le goût de ces huiles, on ne peut traiter qu’après les récoltes, en été. L’an dernier, c’était beaucoup trop tard.» Autre écueil, leur dosage est délicat et nécessite un suivi assidu. Or, en Suisse, l’apiculture est un hobby: amateur et souvent individualiste, l’apiculteur n’est pas toujours attentif et a parfois trop confiance en ses propres recettes…

Dernier recours, la pratique des nucleïs: le partage d’une colonie en deux interrompt durant trois semaines le cycle de reproduction des abeilles et donc du varroa. C’est déjà ça de gagné. Moitié moins de colonies Ce tableau ne lasse pas d’inquiéter. D’autant que, dans le canton, le nombre d’apiculteurs, même s’il a tendance à se stabiliser, est passé de 1277 en 1989 à 672 en 2010 (les colonies, elles ont régressé de 14851 à 8167 dans le même temps). Au vu des dégâts attendus en 2012, il faudra se réapprovisionner à l’étranger. Et exploiter au maximum les essaims naturels.

Car la nature fait bien les choses, reconnaît Barbara Volery: «Après de grosses pertes, on constate souvent une prolifération d’essaims.» D’autres pistes sont à étudier, comme un soutien accru aux apiculteurs: «Les traitements coûtent cher et une ruche touchée doit être brûlée.» Pour l’heure, l’Etat n’accorde qu’une aide au démarrage de 1500 fr. depuis 2008. A ce jour, huitante nouveaux apiculteurs en ont profité et la relève semble garantie. Enfin, une dose de professionnalisation, notamment dans l’élevage des reines, serait souhaitable.

Coordonner la réaction

Selon Jean-Daniel Charrière, collaborateur scientifique à l’Agroscope Liebefeld-Posieux, les traitements naturels contre le varroa sont efficaces à 80% voire 90%, mais leurs substances sont très volatiles. Il est donc primordial que les apiculteurs coordonnent leur action. «Les abeilles ne restent pas dans des étables, elles volent de ruche en ruche. Si les traitements ne sont pas coordonnés, le risque de réinfestation est réel.»

Cet été, un essai à grande échelle aura lieu dans le Seeland bernois. Trois protocoles successifs seront appliqués simultanément en août, à mi-septembre et au début de l’hiver par l’ensemble des 150 apiculteurs de la région de Lyss. Plus loin, une couronne sans coordination servira à la comparaison. Renforcer les abeilles Une autre piste consiste à développer la résistance des abeilles au varroa, sur le modèle de ce qu’ont développé durant des millénaires les espèces asiatiques.

«Elles peuvent détecter les acariens et s’en débarrasser, explique Jean-Daniel Charrière. Elles reconnaissent aussi les cellules parasitées et n’y pondent pas. Si l’infestation est trop massive, la colonie quitte la ruche.» Reste le risque d’une moins bonne pollinisation ce printemps. Mais, selon Jean-Daniel Charrière, il suffit de bonnes conditions météo durant un certain laps de temps pour que tout se passe bien, y compris avec peu d’abeilles. Et puis, les arboriculteurs prennent les devants, en dédommageant les apiculteurs qui déplacent leurs ruches au milieu des arbres.

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