Une banque renfermant une richesse sans prix
PAR LARA GROSS
Pouvoir guérir une leucémie grâce au sang de son propre cordon ombilical. Régénérer des tissus du cœur grâce à ses propres cellules souches. Il ne s’agit pas là de clonage à partir de cellules embryonnaires. Mais de thérapies possibles grâce au prélèvement du sang et du tissu du cordon ombilical à la naissance.
Le geste existe depuis plusieurs années déjà, mais il se démocratise. Future Health Biobank, une société basée à Nottingham, en Angleterre, en a fait sa spécialité, depuis dix ans. Sa filiale suisse déménage dans la zone industrielle de Pra Plan à Châtel-Saint-Denis d’ici le mois de mars (La Gruyère du 3 décembre).
Il ne s’agira pas d’un laboratoire opérant des tests médicaux, mais d’une banque de cellules souches. Les échantillons y seront stockés pour une durée de vingt-cinq ans. Ainsi, les futurs échantillons de sang et de tissu de cordons ombilicaux provenant de Suisse et d’Europe, soit jusqu’à 400000 voire 600000 échantillons, pourront trouver une place dans le chef-lieu veveysan.
«Pour l’instant, le stockage se fait en Angleterre, explique Catherine Clairet, responsable du marché suisse pour Future Health Biobank. Mais nous avons loué un bâtiment d’une surface de 1000m2 qui nous permet d’assurer cette conservation en Suisse. Les laboratoires anglais vont pouvoir se concentrer sur la recherche, par exemple sur le prélèvement de cellules souches dans les dents de lait ou dans les tissus adipeux.»
Des cellules «caméléons»
Les cellules souches ont la particularité de ne pas encore être différenciées. «Ce qui signifie qu’elles ne sont pas encore “spécialisées”, simplifie Catherine Clairet. Elles peuvent devenir une cellule du sang, de la moelle osseuse, du muscle. De plus, elles sont immatures. C’est-à-dire, elles ont encore un système immunitaire naïf, contrairement aux cellules du corps adulte.»
Ces deux éléments font d’elles des cellules compatibles à 100% avec l’enfant en cas de maladie. «Les chances de compatibilité sont de 25% avec les membres de la même fratrie d’une famille», ajoute la responsable. Leur transplantation peut ainsi offrir des cellules toutes neuves prêtes à jouer les caméléons pour se spécialiser dans la fonction nécessaire à la thérapie appliquée.
Ces cellules souches proviennent de deux prélèvements différents, proposés par la société anglaise, assurés par le corps médical (lire ci-dessous). Soit dans le sang du cordon ombilical, soit dans le tissu du cordon lui-même. Les cellules issues du sang portent le doux nom de cellules souches hématopoïétiques (CSH), celles du tissu du cordon de cellules souches mésenchymateuses (CSM). «Nous ne savons pas encore reproduire les premières de manière courante, mais elles permettent des traitements pour certaines leucémies ou maladies héréditaires du système immunitaire, par exemple.»
La multiplication des CSM est plus courante, et leur capacité régénératrice est supérieure. «Cependant à l’heure actuelle, on les utilise davantage pour des thérapies au stade d’essais cliniques, comme pour le diabète de type 1.» Concrètement, dans un cas de leucémie, les traitements vont attaquer toutes les cellules du sang. En transplantant de nouvelles cellules souches, celles-ci vont se spécialiser en différentes cellules sanguines pour recomposer les globules et les plaquettes.
Privé ou public?
La démarche est ici privée. «Ce choix assure aux parents que ces cellules sont conservées pour eux, une banque publique peut les utiliser pour d’autres patients.» Un projet est à l’étude pour l’HFR Fribourg (notre édition du 10 janvier). A ceux qui reprochent à la démarche d’être inutile ou commerciale, Catherine Clairet répond. «Bien sûr, même s’il y avait une chance sur 100000 d’utiliser ces échantillons. Mais là fois où cela arrive, c’est vraiment utile. Lorsque nous payons une assurance incendie, finalement, c’est aussi inutile. Mais la fois où l’on fait face à un feu, on se dit que ça valait la peine.»
La responsable du marché suisse observe d’ailleurs que la pratique se démocratise. «Les coûts ont baissé grâce aux progrès effectués. Si la démarche était réservée à une élite il y a quelques années, aujourd’hui ce n’est plus le cas. D’ailleurs certains pays du Sud sont en avance dans ce domaine. Beaucoup de familles issues d’autres régions font appel à nous.»
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Comment ça fonctionne?
Parmi la kyrielle de questions auxquelles de futurs parents doivent penser et répondre, la possibilité de conserver les cellules souches du sang et du tissu du cordon ombilical de l’enfant. Encore faut-il savoir comment procéder. C’est aux parents de prendre contact avec une banque de cellules souches privées. Dans le cas de Future Health Biobank, le couple reçoit une information et une documentation complète avant de signer un contrat de stockage. «On leur demande un premier acompte à ce moment-là», précise Catherine Clairet, responsable du marché de la société, prochainement basée à Châtel-Saint-Denis. Le stockage des deux types de cellules coûte 3895 francs pour vingt-cinq ans.
Les parents reçoivent ensuite chez eux un kit de collecte contenant le matériel nécessaire au prélèvement du sang et du tissu. «Ils le prennent avec eux en allant à l’hôpital pour l’équipe médicale.» Les futurs parents sont donc invités à informer leur médecin au préalable. «Le corps médical comprend la volonté des parents. Cela n’a jamais posé de problèmes. Nous nous chargeons d’établir des contacts réguliers avec les milieux hospitaliers pour les former et les informer.»
Standards internationaux
Une fois le bébé né, le prélèvement est assuré, soit par un médecin soit par une sage-femme. Le kit est remis aux parents qui ont encore la mission d’envoyer ces échantillons à la banque de cellules souches. «Ils nous appellent et nous envoyons un courrier médical chercher ce kit. Nous avons trois à quatre jours pour procéder au traitement.» Au laboratoire, les échantillons sont ensuite analysés et testés. S’ils sont conformes aux standards internationaux en vigueur, ils sont stockés et les parents reçoivent la facture définitive, en vue des vingt-cinq ans de stockage. Si la qualité ou la quantité est insuffisante, alors le processus s’arrête et il ne coûte rien aux parents. «Lorsque tout s’est bien déroulé, ils reçoivent un certificat.»
Durant les vingt-cinq ans de stockage prévus par le contrat, le couple peut récupérer les échantillons en cas de problèmes de santé de l’enfant ou dans la famille. Il existe aussi des cas, par exemple à la suite du décès de l’enfant ou de la séparation des parents, où ces derniers décident de donner ou de détruire les échantillons. LG











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