Un eldorado suisse fait de murs en béton et de lits métalliques

| jeu, 23. fév. 2012
Le nouveau centre d’hébergement provisoire pour requérants d’asile de Wünnewil a ouvert mercredi dernier. Il accueille déjà onze personnes.

PAR DOMINIQUE MEYLAN


Trouver l’entrée du centre d’hébergement provisoire de requérants d’asile de Wünnewil n’est pas chose facile. Après deux tours du bâtiment, c’est un pompier de la caserne adjacente qui nous indique le chemin. On passe devant les bennes à déchets et on descend une rampe dissimulée sur le côté du bâtiment. Une porte métallique dans un couloir en béton: c’est le décor qui accueille les onze requérants d’asile placés à Wünnewil depuis mercredi dernier.
Même aménagé, rien ne ressemble plus à un abri de protection civile qu’un abri de protection civile. Le béton et les portes antiatomiques ne peuvent être dissimulés. La salle de bain commune est équipée de lavabos métalliques, que complète une rangée de douches. Le salon est composé de canapés dépareillés qui entourent une grande télévision. Dans le même espace, la salle à manger avec ses tables et ses chaises. Un peu plus loin, un billard et un baby-foot apportent un peu de détente.


Pas d’ouverture
Les murs rouges et verts ne parviennent pas à faire oublier l’absence de fenêtres. Sur le manque de lumière, Claude Gumy, directeur opérationnel d’ORS pour le canton de Fribourg, répond: «Nous sommes déjà contents d’avoir ce volume. Mais cela reste un abri.» Devant les chambres, une fausse plante verte amène un peu de couleur, à défaut d’oxygène.
Les hommes et les femmes dorment dans deux dortoirs séparés. Les requérantes disposent d’une clé et sont invitées à s’enfermer pendant la nuit. Pour les douches, les deux sexes font un tournus: de 8 à 10 h pour les hommes et de 10 h à 12 h pour les femmes. Deux tranches sont aussi prévues en soirée.
Si l’hébergement est réduit au strict minimum, les requérants sont libres d’aller chercher la lumière du jour à l’extérieur. Dans les proches alentours, les distractions sont peu nombreuses. L’abri PC est bordé par l’autoroute et les champs. Il faut quelques minutes pour rejoindre le centre de Wünnewil. De là, des trains partent à Fribourg et à Berne. Mais, il y a un couvre-feu: les résidents doivent rentrer au plus tard à 22 h.
L’entreprise ORS, mandatée par le canton de Fribourg pour encadrer les demandeurs d’asile, a prévu une équipe de huit à neuf personnes à Wünnewil. Ce personnel organise les repas, veille à la propreté des lieux (avec l’aide des requérants) et assure les transports officiels. Pour le reste, «Ils discutent simplement avec les gens, explique Claude Gumy. Ils s’assurent que tout va bien.» Un infirmier est présent deux demi-jours par semaine. Des cours d’allemand sont dispensés aux nouveaux arrivés.


Menuisiers ou boulangers
Pour éviter l’ennui, des programmes d’occupation sont encore proposés aux requérants. Ils reçoivent une prime de motivation de 150 francs par mois ainsi qu’un abonnement pour les transports publics. Sachant qu’ils perçoivent uniquement quatre francs par jour pour leurs besoins personnels, cette somme est loin d’être négligeable. C’est ainsi que les requérants sont recrutés pour la réparation des vélos. Ils peuvent suivre des cours de boulangerie, pressing, rénovation d’appartements ou menuiserie.
Ce centre d’hébergement provisoire de Wünnewil devrait fermer dans une année, au plus tard à la fin avril 2013. Sera-t-il remplacé par une structure du même style? C’est le nombre d’arrivées qui dictera cette décision. Les locaux de Wünnewil ont été ouverts pour faire face à un afflux important. En 2011, le nombre de réfugiés a augmenté de 45% en Suisse. Les quatre centres du canton, situés à Broc, à Fribourg pour deux d’entre eux et à Estavayer-le-Lac, ne pouvaient absorber une telle hausse.
Le centre de Wünnewil offre cinquante places supplémentaires, uniquement pour les adultes. Les requérants y sont logés pendant deux à quatre mois, avant d’être placés dans des appartements.
 

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L’accueil de la population
Selon les responsables fribourgeois de l’asile, la population de Wünnewil n’est pas opposée à centre d’hébergement. Quant à la commune, elle se serait montrée très coopérative, renonçant totalement à l’usage de ces locaux. Un groupe de contact s’est d’ores et déjà formé. Lors d’une première réunion, plusieurs habitants ont décidé de rassembler des habits chauds pour les offrir aux requérants. «A Sugiez, l’expérience avait été positive», souligne Claudia Lauper, conseillère scientifique à la Direction de la santé et des affaires sociales. Personne n’a encore utilisé la hotline mise en place.
Une séance d’information a réuni environ 400 personnes début février. «Le climat était serein, très constructif», estime Claude Gumy, directeur opérationnel d’ORS pour le canton de Fribourg. Quelques craintes sur l’éventuelle agressivité des requérants ou une hausse de la criminalité se sont toutefois manifestées. Quelques personnes ont déploré que le centre n’accueille pas des familles avec lesquelles elles auraient souhaité entretenir des contacts. DM

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