Partants, les pensionnaires font le voyage de Matran

| jeu, 19. avr. 2012
Le Foyer de Bouleyres, à Bulle, sera transformé. Durant les travaux, les résidents déménagent à Matran. Le premier groupe est parti mardi.

PAR JEAN GODEL


Mardi, 8 h 30. Le Foyer de Bouleyres est une vraie fourmilière. Des fourgonnettes de Coup d’Pouce sont là, hayon ouvert, prêtes à avaler les meubles et les bagages des résidents qui, durant cinq mois, vivront à Matran. Le temps de refaire les étages du home bullois et de lui adjoindre une unité de psychogériatrie.
A 8 h 40, les hommes de la protection civile sont lâchés au quatrième étage, dont les résidents sont les premiers à faire le voyage en Sarine. En ce mardi, ils seront treize. Autant les deux jours suivants. Au final, les 39 personnes des troisième et quatrième auront été transférées jeudi. Elles retrouveront leurs pénates gruériens à la mi-septembre. Et en octobre, celles des premier et deuxième prendront leurs quartiers d’hiver à Matran.


Deux ans de préparation
«Cela fait deux ans qu’on se prépare», réfléchit Christian Rime, directeur du foyer. Il est vrai que l’an dernier, tout a été gelé durant les six mois qu’a duré le traitement d’un recours dans l’attribution des mandats d’architecte (La Gruyère du 7 avril 2011).
Dans leur petit réfectoire ouvert sur le hall du quatrième, une dizaine de résidents regardent, impassibles, cette agitation. En sirotant un thé et en lisant La Gruyère. Les dix-huit hommes de la PC font la navette entre les chambres et l’ascenseur qui, pour ce voyage, avale un fauteuil, une canne et un parapluie liés par une ficelle, deux petites tables de chevet personnelles en marqueterie, deux matelas et des cartons. «La PC nous aide bien», remercie Catherine Thalmann, infirmière-cheffe.
Thérèse Meyer, elle, a le sourire quand on emporte sa valise. «J’ai tout fait même», annonce fièrement la dame qui s’est mise sur son trente et un, avec une touche de rouge à lèvres. Pour faire honneur aux hommes de la PC. «Je ne prends que mes habits d’été.» Ce qui va au garde-meuble est marqué d’un point rouge, ce qui va à Matran d’un point vert.
Dans les couloirs, ça va, ça vient, ça parle fort. L’effervescence, mais dans une ambiance bon enfant. Une soignante avec un plateau de médicaments croise des déménageurs chargés de matelas. Un monsieur pousse son tintèbin sur lequel il a posé son journal. En réalité, tout est réglé comme du papier à musique et les chambres sont vidées en un temps record.


«Vivement Matran!»
«Vivement Matran!» rigole cette pensionnaire toute guillerette. «Pourtant j’appréhendais…» Certains ont l’air tout contents, d’autres ne disent rien, comme étrangers à ce qui se passe.
A 9 h 25, les deux minibus sont prêts. Tout le monde est attaché, les tintèbins sont pliés à l’arrière. Une dame qui ne déménagera que mercredi souhaite bon voyage à une amie sur le départ. Dans l’entrée, une autre est tout émue: c’est une employée. Ceux du quatrième lui manquent déjà. Au volant, Véronique Castella, l’animatrice responsable, n’a pas peur des mots: «On est les premiers de l’histoire!»

 

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«On va se plaire, faut pas s’inquiéter!»
A Matran, l’ancienne Maison Saint-Joseph des rédemptoristes est située dans un joli parc ombragé. Un peu vieillot à l’extérieur, ce grand paquebot a été remis aux normes, à l’intérieur, pour accueillir, de 2009 à 2011, les résidents du Foyer des Bonnesfontaines à Fribourg durant la transformation de leur home. «Ils ne voulaient plus repartir», assure Véronique Castella, l’animatrice responsable, au volant du premier minibus à entrer dans la cour, dans un concert de klaxons.
Les hommes de la protection civile sont à pied d’œuvre. La veille, ils ont déjà amené la plupart des meubles. Pourtant, les résidents ne prendront possession de leur chambre qu’à 17 h, le temps de tout bien ranger.
Emmenés par Bernadette Renaut infirmière-cheffe de l’unité de soins du quatrième étage du foyer de Bulle, quelques employés découvrent les chambres. Réparties sur quatre niveaux nommés Gastlosen, Moléson, Vanil-Noir et La Berra, les chambres sont presque toutes différentes: grandes, petites, avec ou sans douche, avec ou sans toilettes… «On va moins rire quand les résidents se rendront visite…» sourit Bernadette Renaut. Les noms sont déjà collés sur les portes.
La sécurité est assurée: sonnette dans chaque chambre, systèmes anti-incendie et anti-errance, barrières aux escaliers. «C’est immense, résume cette soignante. Incomparable!» Le «clou», pourtant, c’est la chapelle: en fait, une véritable église, vaste, moderne, lumineuse. Les rédemptoristes avaient vu grand.
Pour des raisons familiales, certains employés ont souhaité rester à Bulle. D’autres iront à Matran, plus près de leur domicile. «Un bus gratuit fera cinq navettes par jour entre Bulle et Matran pour le personnel et un autre apportera deux fois par jour les repas qui seront régénérés sur place.» Infirmière-cheffe, Catherine Thalmann tient encore à saluer le travail du personnel d’entretien qui a ripoliné le bâtiment, resté longtemps vide.
Les habitudes reprennent
«C’est très beau, on va se plaire, il ne faut pas se faire de souci», assure Thérèse Meyer. Avec les autres résidents, elle assiste, dans le vaste réfectoire, à la lecture publique de La Gruyère. «Comme d’habitude, on commence par les avis mortuaires», sourit la lectrice Véronique Castella. «Il faut qu’ils retrouvent leurs habitudes, précise-t-elle en aparté. Ils auront les mêmes animations qu’à Bulle.»
L’équipe de l’après-midi prend le relais, celle du matin passe à table. La mécanique est rodée. Sans que l’on s’en soit rendu compte, les résidents n’ont jamais été livrés à eux-mêmes, malgré le tourbillon. Discrètement, des gestes ont été échangés, une main posée, une caresse de réconfort, un mot doux.
Aucun bug à signaler. Si ce n’est la sauce à salade, oubliée… Après le repas, les sièges confort sont alignés devant l’immense baie vitrée, face aux grands arbres. La paroi coulissante est tirée pour rendre un peu de calme. Les résidents peuvent faire la sieste. Tout va bien. JnG

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