Des reines fécondées au pied des Gastlosen

| mar, 05. juin. 2012
Les mâles sont prêts à mourir pour leur reine. Amenés samedi à la station de fécondation du Petit-Mont, ils vont se sacrifier pour une noble cause: produire des lignées plus résistantes aux maladies.

PAR PRISKA RAUBER



Au pied des Gastlosen, en ce samedi matin, ça chantonne et ça bourdonne. A l’heure de l’ouverture de la station de fécondation du Petit-Mont, à 1400 mètres d’altitude, apiculteurs et abeil-les s’affairent. Les premiers installent la dizaine de ruches à mâles – composées chacune d’une reine, de 60000 abeilles et de 500 à 800 mâles –  et les secondes prennent leurs repères.
«Jusqu’à fin juillet, les mâles de ces ruches vont féconder les reines vierges amenées par les apiculteurs qui souhaitent profiter de la pureté de la race carniolienne et des lignées de cette station», explique Laurent Clément, membre de la Société d’apiculture de Marly et responsable du Petit-Mont.
Un lieu choisi non pas pour son panorama, les butineuses n’en ont cure (quoique…), mais parce que là, les reines vierges sont préservées d’une fécondation qui s’effectue en vol, par des mâles vagabonds. La chaîne de montagnes agissant en effet comme un rempart contre les intrus non sélectionnés. C’est qu’on recherche non seulement la pureté de la race, mais aussi la production de lignées plus résistantes aux maladies. Notamment au varroa, qui aurait décimé l’hiver dernier près du tiers des colonies de Suisse, soit 50000 environ.
Afin de garantir la survie des ruches, les sociétés d’apiculture comme l’Office fédéral de l’agriculture préconisent en effet la reproduction dirigée plutôt que l’essaimage naturel. D’où l’importance de ce type de station de fécondation de reines. Il en existe six en Suisse romande, reconnues officiellement et protégées par des dispositions fédérales, empêchant notamment l’implantation de ruchers à proximité pour éviter les mélanges indésirables, et imposant des contrôles de qualité (parenté, caractère, pureté, etc.).
Présente en ces lieux depuis plus de trente ans, la station du Petit-Mont vient d’intégrer cette liste officielle aux côtés de L’Hongrin, Bonnatchiesse, Moi-ry et Toules (VS) ainsi que Vermeilley (JU).


Le ventre déchiré
«Aujourd’hui, les sélections se dirigent davantage vers la résistance aux maladies que vers le rendement», précise Laurent Clément. Mais d’autres caractéristiques sont aussi recherchées, comme la douceur ou la tenue sur cadre. Soit que l’abeille ne pique pas et ne s’envole pas lorsque l’on manipule les cadres à alvéoles. Opportun en effet, notamment quand les quidams comme nous, heureux de jouer les curieux, tentent d’identifier parmi les centaines d’ouvrières de la ruchette ces vierges qui s’apprêtent à mettre à mort leurs partenaires.
Les ruchettes sont amenées par les apiculteurs, qui les laissent là deux semaines, avant que d’autres prennent leur place. Chacune de ces ruchettes est composée de 500 à 800 abeilles ainsi que d’une seule reine vierge. C’est elle la précieuse, la plus grande, l’unique femelle féconde de la ruche, celle qui s’est développée ainsi parce qu’elle n’a été nourrie qu’à la gelée royale, et qui n’a qu’une seule mission: pondre sans relâche jusqu’à 2000 œufs par jour, si tout va bien. Durant tout son règne, de trois ans.
La reine vierge s’envole dès le jour de sa naissance, poursuivie par une horde de mâles. En plein ciel, dix ou quinze d’entre eux vont la féconder avant de mourir, le ventre déchiré par l’étreinte. «Entre 600 et 1000 rei-nes seront fécondées jusqu’à fin juillet», précise Laurent Clément. Ça fait beaucoup de morts. Mais c’est une belle mort.

Commentaires

Bonjour et merci pour votre article. Erratum les stations de fécondation ne sont hélas protégées que par des dispositions CANTONALES, pour le moment du moins et tenant compte du fédéralisme helvétique et de ses méfaits, ce n'est pas demain..... Meilleures salutations Eric Marchand Président commission d'élevage SAR et membre de la commission d'élevage apisuisse 2613 Villeret

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