«Fribourg vit un tournant en matière de finances»

| ven, 13. jui. 2012
Le canton prévoit des bénéfices 2012 en chute libre. Les baisses d’impôts sont reportées. D’ici à 2016, l’Etat taillera dans les nouveaux postes.

PAR JEAN GODEL


Pourquoi ce point presse sur les finances de l’Etat à la veille des vacances, un vendredi 13? «Parce que les gens ont du mal à le croire! Le budget 2013 doit être présenté en septembre. Or pour parvenir à l’équilibre, des décisions devront être prises qui feront mal. Il est important d’annoncer la couleur. On vit un tournant.» Cette fois, à entendre Georges Godel, directeur des Finances et président du Conseil d’Etat, les choses semblent sérieuses.
On avait pris l’habitude de railler son prédécesseur Claude Lässer, qui, au beau milieu de présentations de comptes toujours plus florissants, pointait les gros nuages à l’horizon. Eternelle rengaine du Père la rigueur, pensait-on, destinée à refroidir les ardeurs dépensières des députés. Hier, le ton était grave et ne prêtait plus à la rigolade.
Point encore de chiffres, mais des tendances. Lourdes. Sur la base des résultats intermédiaires à fin avril, des prévisions médiocres portant sur les rentrées fiscales et des dépassements d’ores-et-déjà acquis de certaines charges, «les résultats des comptes 2012 seront très en retrait par rapport à ceux des dernières années», dit le communiqué. Qui, pour autant, ne parle pas encore de déficit…
Déjà en préparation, le budget 2013 présente à ce jour un déficit supérieur à 100 millions. On revient de loin: avant les premiers coups de gomme, on en était à 290 mio! Imposé par la Constitution et la Loi financière, l’équilibre sera difficile à atteindre sans mesures vigoureuses. Les sept Directions ont reçu la mission de trouver des solutions d’ici au 14 août. Les vacances seront brèves.


Moyen terme préoccupant
Quant aux perspectives financières 2013-2016, elles sont jugées «préoccupantes»: les déficits cumulés pour ces quatre années atteignent 1,9 milliard de francs! «C’est très mauvais», écrit le Conseil d’Etat. Ce n’est pas faute d’avoir travaillé: les sept Directions ont déjà consacré dix séances à l’examen de ce plan financier, «sans trouver pour l’heure de solution», a reconnu Georges Godel.
Bien sûr, on peut voir cette planification comme une sorte de liste idéale de cadeaux de Noël que se souhaitent, pour la population, les services de l’Etat. Et, à chaque fois, le vent froid de la réalité se charge d’interrompre la montée de la pâte. Sauf que là, la correction est sévère: sur quatre ans, les charges grimpent de 5,5%, les revenus stagnent à +0,5%. «Or, sur des budgets – annuels – de 3,4 milliards, les montants en jeu sont énormes», fait remarquer Daniel Berset, trésorier de l’Etat.
Du coup, le canton est bon pour revoir tous ses postes de dépenses, d’abord en vue du budget 2013. De nombreux arbitrages ont eu lieu, sans que l’on sache à ce stade lesquels (le communiqué parle de renoncements, reports ou rééchelonnements de projets nouveaux ou de prestations existantes et d’importantes réductions des dépenses de fonctionnement).


Et un plan d’économies!
A plus long terme, l’Etat se voit contraint de prendre des mesures structurelles complémentaires. C’est le retour du bon vieux programme d’économies, déjà goûté dans les années 1990. Ses détails seront présentés en 2013. Mais son axe principal est connu: diminution importante des créations de postes. Pour 2012-2016, les demandes, tous secteurs confondus, portent sur mille nouveaux postes. «Il faudra réduire sensiblement ce nombre», commente Daniel Berset, sans préciser où et dans quelle mesure. Et il s’agira aussi de contenir l’évolution de la masse salariale.
Suivront des réductions linéaires de subventions. Les communes seront aussi mises à contribution: Georges Godel parle de poursuivre dans le désenchevêtrement des tâches entre Etat et communes pour clarifier le financement. Tout sera mis sur la table, «il n’y aura aucun tabou», assure-t-il. Il insiste toutefois sur la «ferme volonté» de l’Etat d’accroître son programme d’investissements et de consolider l’acquis. Pas de baisse des prestations, donc!


Le vrai message…
Mais le prix à payer sera le renoncement, pour l’instant, à de nouvelles baisses de la fiscalité. C’est peut-être là le cœur du message, envoyé aux députés: ils avaient accepté, l’an dernier, une motion imposant de telles baisses tout en en laissant le timing au Gouvernement. Ce ne sera toujours pas pour 2013. Pour autant, aucune hausse n’est prévue: l’Etat privilégie la pression sur les charges.
Quant au bas de laine de 885 millions, il est déjà engagé aux deux tiers dans différents fonds et provisions. Et ce qu’il en restera servira d’abord à financer une partie des investissements de l’Etat, lui évitant ainsi de trop recourir à l’emprunt. Mais cela doit rester une poire pour la soif, pas un oreiller de paresse. «L’Etat ne peut pas utiliser toute sa fortune en une législature», assure Georges Godel.

 

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Revenus des Fribourgeois en cause
à qui la faute? Président du Gouvernement, Georges Godel a détaillé les causes de ce «tournant». Côté recettes, il y a la stagnation des revenus de la fiscalité. En 2011, la baisse imposée par le Grand Conseil a «coûté» 36 millions. De Berne, la diminution des sommes reçues au titre de la participation au bénéfice de la BNS et de la part à la RPT (péréquation financière cantons/Confédération) atteint 63 mio pour 2012. Ça fait déjà 100 millions de moins.
Côté charges aussi, ça coince. Les bénéfices annoncés depuis dix ans ont donné des envies de prestations nouvelles, «presque toujours justifiées», précise Georges Godel. La démographie galopante et la jeunesse qui lui est liée pèsent lourd en termes d’infrastructures. Sans oublier qu’en termes absolus, il y a toujours plus de personnes âgées pour lesquelles il faut prévoir des homes.
Mais ce qui inquiète le plus Georges Godel, ce sont les revenus trop bas des Fribourgeois. Or, ceux des 2000 nouveaux contribuables que le canton accueille chaque année selon les statistiques 2007-2010 sont «largement inférieurs» à la moyenne cantonale, elle-même déjà très basse en comparaison nationale, assène le patron des Finances. Pire: ils continuent de baisser! En clair: le canton attire les mauvais contribuables. «Ce sont les bas revenus qui viennent chez nous», reconnaît Georges Godel.


Repenser l’aménagement
Une piste est bien sûr de tenter d’attirer de meilleurs revenus et de créer des places de travail à haute valeur ajoutée. Mais Georges Godel lance le débat de l’aménagement du territoire: oui, le terrain, bon marché sur Fribourg, attire des gens d’autres cantons qui n’auraient pas pu construire ailleurs. Des contribuables endettés, donc, qui souvent travaillent loin et déduisent de nombreux frais de leur déclaration d’impôts… «Et en plus, ils font souvent tourner les commerces des autres cantons», conclut Georges Godel dans une boutade au goût amer. JnG

Commentaires

pour cela, mon cher Georges, il ne faut pas que l'Etat de Fribourg, ses élus et autres fonctionnaires démolissent systématiquement les projets porteurs et créateurs d'emplois parce qu'ils ne font pas partie de la famille ...

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