Aussi Fribourgeois que les gens de la capitale

HFR, transports, poids politique, les Veveysans se sentent toujours plus minorisés. Bien qu’on leur prête des amours avec les Vaudois, leur cœur reste fribourgeois. Utopie ou nécessité: une commune unique pourrait renforcer le poids du district.


PAR LARA GROSS


Faire de la Veveyse une seule et unique commune. L’idée provocatrice a été lancée par le préfet, Michel Chevalley. Si cette solution, présentée dans son rapport sur le projet de plan de fusions (La Gruyère du 10 juillet), demeure très hypothétique aujourd’hui, pourquoi ne pas l’envisager à l’avenir? Car bien que comptant quelque 16000 habitants, le district n’en demeure pas moins le plus petit du canton. Conséquences: les Veveysans ont de plus en plus le sentiment d’être minorisés si ce n’est carrément oubliés!
«A l’instar de toutes les minorités, les Veveysans sont un peu plus chatouilleux, illustre le préfet. Ils se trouvent géographiquement à l’extrémité du canton, composent son plus petit district et si on continue à l’amputer de ses infrastructures, il perdra à chaque fois un peu plus de son identité et de son autonomie.»
Cette menace a grondé récemment avec la fermeture probable du site de l’HFR à Châtel-Saint-Denis. Dans le domaine des transports, plusieurs gares devront être sacrifiées. Et à cela s’ajoute le recours pendant des Vert’libéraux au Tribunal cantonal qui pourraient remettre en question les cercles électoraux et voir la suppression de celui de la Veveyse (lire ci-dessous). «On a le sentiment que tous les districts ne sont pas traités sur un pied d’égalité, estime Pascal Grivet, député socialiste veveysan. Une partie de la population est résignée. Convaincue que quoi qu’elle fasse, à Fribourg, ils font comme ils veulent.»


La bise et les impôts…
Ne dit-on pas que «de Fribourg ne viennent que la bise et les impôts»? L’adage résonne de plus en plus en Veveyse. Faire la grève des impôts? L’idée, forcément provocatrice, a déjà effleuré plusieurs esprits échaudés. «Nous devons montrer que nous existons, mais de manière constructive, estime le député Roland Mesot (udc). Mais il faudrait aussi qu’on nous donne des signaux favorables à Fribourg. En intégrant des Veveysans dans les conseils d’administrations ou en décentralisant des services cantonaux en Veveyse.»
Question de perception: vu de la Veveyse, Fribourg n’est qu’à trente minutes en voiture. Vu de Fribourg, la Veveyse semble éloignée de tout. «Dans la tête des gens de la capitale, il y a une ligne Bulle-Romont dans le Sud et qu’au-delà ce n’est plus le canton de Fribourg!» déplore le député socialiste Gaétan Emonet qui ajoute: «Je participe à de nombreuses séances professionnelles dans la capitale. Lorsque je propose à mes collègues de venir en Veveyse, tous rechignent, prétextant que c’est trop loin. J’ai aussi toujours le droit aux gags sur l’arrivée récente de l’électricité et des voitures!»
De l’humour? Les Veveysans n’en sont pas dénués. Mais là, ils commencent tout de même à rire jaune de cette indécrottable image rurale. «On a parfois l’impression que la Veveyse vue de Fribourg, c’est la brousse, regrette le syndic de Châtel-Saint-Denis, François Genoud. Le district et le chef-lieu ont consenti d’importants investissements. La halle triple de Lussy, l’Univers@lle ou l’organisation de manifestations cantonales sont autant de preuves de notre développement.»


District en plein essor
Le développement économique et aussi démographique ne semble pas suffisant pour exister aux yeux du canton. Oui, mais à titre d’exemple, en vingt ans, Châtel-Saint-Denis a vu sa population augmenter de 60%! Et ça, même si le district ne représente que 6% de la population cantonale.
Cela ne suffit toujours pas. Les six députés doivent souvent jouer d’alliances pour exister. «Notre développement est salué tout autant que le potentiel qui existe encore, rappelle Michel Chevalley. Alors qu’est-ce qui pèse le plus lourd dans la balance? Vu notre potentiel, soyons cohérents et maintenons des structures.»
Un hôpital, mais aussi des transports ou encore des voies d’accès adaptées. Le syndrome est contagieux: les districts en périphérie souffrent des mêmes maux. «Regardez la route Romont-Vaulruz, il a fallu se battre pour obtenir un minimum, estime Denis Grandjean, député PDC. Lorsqu’il s’agit de localités plus importantes, on ne compte plus, comme pour le pont de la Poya ou la H189.»
Et Gaétan Emonet de renchérir: «Lorsque je dis qu’il faudrait une route de contournement à Châtel-Saint-Denis, les gens rigolent. Ils devraient parfois sortir de leur bureau à Fribourg et venir voir le chef-lieu aux heures de pointe.»


Quid de Veveysans vaudois
Cerise sur le gâteau pour les Veveysans qui paient leurs impôts à Fribourg: leur rappeler qu’ils sont largement tournés vers le canton de Vaud, aussi bien pour leurs emplois, leurs loisirs que leur consommation. Puisqu’ils ont tant de griefs à adresser à Fribourg, alors pourquoi ne pas devenir Vaudois? «Aïe! Ne dites pas à un Veveysan qu’il est Vaudois», prévient Gaétan Emonet. Et d’une seule voix, députés et préfet, martèlent que si la Veveyse est un balcon avec une vue imprenable sur la Riviera, le cœur des Veveysans demeure intensément fribourgeois.
 

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Si le cercle disparaissait?
Si le cercle électoral de la Veveyse disparaissait au profit d’un cercle commun avec la Glâne? Un scénario qui n’est que fantasque, mais que le recours des Vert’libéraux pourrait faire déboucher sur un tel changement. A la suite des élections au Grand Conseil l’automne dernier, le parti a déposé un recours auprès du Tribunal cantonal. Ses doléances concernent le quorum trop élevé qui défavorise les petites formations politiques. Ainsi, si 4% des voix suffisent pour obtenir un siège au Grand Conseil pour un candidat de Sarine-Campagne, il doit atteindre 14% en Veveyse.
Les cercles électoraux s’appuient actuellement sur le même découpage que les districts. Le Grand Conseil avait d’ailleurs plébiscité le statu quo en février 2011 lors des discussions sur le rapport du Gouvernement qui suggérait un éventuel redécoupage des structures territoriales et une modification du nombre de districts. Selon la décision que rendra le Tribunal cantonal, des mesures devront peut-être être prises pour modifier ces cercles. «En proposant la constitution d’une seule commune, c’est davantage une réaction sentimentale et épidermique que je propose, indique Michel Chevalley. Mais si d’aventure le cercle électoral ou le district devait passer à la trappe, alors la Veveyse rappellerait son histoire et son identité en constituant une commune unique calquée sur les frontières du district.» LG
 

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