Chez Dudu pourra rouvrir sa buvette, mais pas ses lits

L’Etat a délivré mercredi une nouvelle autorisation spéciale qui ouvre la voie à l’exploitation d’un restaurant au chalet de Tissiniva. En revanche, le besoin n’a pas été démontré en ce qui concerne le volet hébergement, refusé par le canton.

L'Etat autorise l'exploitation de Tissiniva en tant que restaurant. Etes-vous…

PAR CHRISTOPHE DUTOIT


Fermée depuis le 15 octobre 2011, la buvette d’alpage Chez Dudu, à Charmey, a longtemps attendu que l’Etat statue sur son sort. Hier, la Direction de l’aménagement, de l’environnement et des constructions (DAEC) a enfin rendu sa décision: elle «autorise la transformation du chalet d’alpage de Tissiniva pour l’exploitation d’un restaurant», apprend-on dans un communiqué publié sur le site du canton. «En revanche, le besoin n’est pas démontré en ce qui concerne l’hébergement.»
Dans les faits, la DAEC vient de délivrer une nouvelle autorisation spéciale pour construction hors zone à bâtir, qui remplace celle datée du 13 février 2009 (lire ci-dessous). Cette démarche fait suite à la demande de la IIe Cour administrative qui, dans son arrêt du 27 juin 2011, avait demandé que le propriétaire de la buvette démontre le «besoin» de son établissement (La Gruyère du 2 juillet 2011).


«Besoin indéniable»
«Le besoin d’un établissement sur l’alpage de Tissiniva, pour permettre aux promeneurs, touristes, randonneurs et skieurs de se restaurer, a été jugé indéniable», argumente Beat Vonlanthen, qui a présidé au déroulement de la procédure après les récusations du directeur de l’Aménagement, de l’environnement et des constructions et de la directrice des Institutions, de l’agriculture et des forêts. Le conseiller d’Etat précise que le domaine skiable de Vounetz, depuis l’ouverture cet hiver de son nouveau télésiège, compte sur une moyenne de 300 skieurs par jour sur ses pistes. «Même en présence du Restaurant des Dents-Vertes, le besoin est justifié pour la partie buvette du chalet de Tissiniva.
Il est à noter que, depuis son inauguration en 2010, Chez Dudu n’avait pu ouvrir ses portes que durant la période de l’estive (15 mai au 15 octobre). Dans ce sens, la nouvelle autorisation cantonale ouvre la voie à une ouverture annuelle de la buvette.


Non au gîte
«En revanche, selon les principes établis par la jurisprudence fédérale, il n’y a pas un réel besoin objectif pour une affectation liée à l’hébergement, car les zones habitées de Charmey sont proches et aisément atteignables», poursuit la DAEC, qui a donc refusé l’autorisation spéciale pour la transformation du chalet en gîte.
Informé hier après-midi en même temps que les médias, le propriétaire de la buvette était un peu pris au dépourvu par cette décision: «C’est une demi-mesure qui me fait à moitié plaisir, réagit à chaud François Duffey. Notre point fort, c’est justement l’hébergement. On doit une grande partie de notre succès au fait que les gens passent la nuit au chalet.»
Depuis la fermeture au trafic de la route d’accès à l’alpage (La Gruyère du 31 mars 2011), Chez Dudu compte en grande partie (62% selon l’étude touristique) sur la télécabine de Charmey pour le transport de ses clients. «Mais le Rapido Sky ferme à 18 h! tonne François Duffey. Les derniers clients devraient partir de chez nous à 16 h… Ce n’est absolument pas compatible avec la gestion de notre projet, où nous comptons beaucoup sur les groupes qui viennent parfois de loin et qui veulent dormir au chalet. Si cette autorisation de la DAEC est confirmée, on devra sans doute abandonner la restauration le soir.»
Dans l’attente de prendre connaissance des considérants de la décision de la DAEC, François Duffey ne sait pas encore comment il entend réagir face à cette décision. Même son de cloche du côté de Yolande Peisl, chargée d’affaires de Pro Natura Fribourg, qui avait fait recours contre l’octroi du permis de construire: «Nous allons attendre de recevoir la décision et notre comité décidera de la position que nous allons adopter.»
Pour l’heure, la buvette Chez Dudu demeure portes closes. Le dossier passe désormais entre les mains de Patrice Borcard, préfet de la Gruyère, qui se prononcera sur l’octroi d’un nouveau permis de construire, «sur la base des préavis émis lors de la mise à l’enquête initiale». Sa décision pourrait être prise dans les deux semaines. A noter que les deux partis pourraient à nouveau faire opposition à cette décision. Quant à l’avenir des six chambres et du dortoir du chalet, qui seraient illégaux avec le nouveau permis de construire, leur sort sera jugé dans un second temps par le préfet.


 

Commentaires

Je doute réellement du succès d'un hébergement accessible seulement à pied. (Je ne conteste pas la décision de fermer la route). Ce n'est pas non plus une région de haute montagne où l'on fait des randonnées de plusieurs jours loin des commodités... François Duffey devrait déjà être content d'avoir obtenu une autorisation pour toute l'année. Si les skieurs s'arrêtent pour la pause ou le dîner, il surpassera largement les éventuels gains d'un gîte. On peut aussi s'interroger sur l'exploitation lucrative et la construction sur nos montagnes fribourgeoises. Il semble manquer une vision claire de ce sujet, au désavantage de tout le monde. L'épisode de l'antenne de l'armée a toutefois montré que les Fribourgeois tiennent à la conservation et l'utilisation rationnelle de leurs Préalpes.
L'état se permet tout et n'importe quoi....!! Pour une fois qu'il y avait une cabane de montagne avec un hébergements digne de ce nom. On le ferme....!!!! Et en plus, ils voudraient développer le tourisme ¨ C'est n'importe quoi et cela me révolte...
L'ouverture du chalet Tissiniva avec restauration Chez Dudu est une excellente nouvelle pour la région et dommage pour le refus de l'hébergement, si l'on veut dynamiser l'accueil en montagne c'est une mauvaise décision de compromis des autorités concernées.
Pour le touriste, les lits permettent de vivre de un à trois jours, à la vie de chalet et au silence du lieu.

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