Simplement interdire pourrait reporter le problème ailleurs

| sam, 11. aoû. 2012
Le Conseil d’Etat propose d’interdire la vente d’alcool aux mineurs. L’association REPER craint un report du problème sur les cantons limitrophes.

PAR DOMINIQUE MEYLAN


Comment lutter contre la consommation d’alcool chez les jeunes? A la recherche d’une solution, le Conseil d’Etat a transmis cette semaine au Grand Conseil un projet de modification de la Loi sur les établissements publics et la danse. Il propose d’interdire la vente de bière, de vin et de spiritueux aux mineurs. Il souhaite également fixer une heure limite, au-delà de laquelle il ne sera plus possible de se procurer de l’alcool dans les magasins. Est-ce la panacée? Le point de vue d’André Dembinski, responsable du secteur Information et projet auprès de l’association de prévention REPER, à Fribourg.

Cette proposition du Conseil d’Etat va-t-elle permettre d’améliorer la situation?
La démarche est louable. Mais les effets sont loin d’être assurés. Le problème pourrait être repoussé vers la périphérie. Le canton est petit. Les jeunes pourraient aller s’approvisionner ailleurs. Opter pour une consommation d’alcool dans des lieux privés est une autre manière, facile, de contourner cette interdiction. Dans cette optique, il serait beaucoup plus efficace de régler la question au niveau national.
Faire respecter la loi constitue une seconde difficulté de taille. Jusqu’ici, aucun achat test n’a été effectué à Fribourg, mais une expérience a été menée dans le canton de Vaud. Les résultats sont parlants. Dans 85,5% des cas, la loi n’est pas respectée et un jeune parvient à acheter de l’alcool, alors qu’il n’a pas l’âge requis.  

Les limitations portent uniquement sur la vente. Par contre, la consommation n’est pas interdite...
Actuellement, un policier qui voit un adolescent en train de consommer de l’alcool a peu de moyens d’agir. Tout au plus peut-il discuter. Se borner à limiter l’âge et donc, autoriser la consommation peut avoir un effet pervers et se transformer en incitation. Ce n’est pas parce qu’il est permis d’acheter de la bière à 16 ans que les ados doivent forcément le faire. C’est aux parents de donner le droit ou non de consommer de l’alcool.

Le Conseil d’Etat propose aussi d’interdire la vente à l’emporter dès 22 h. Est-ce une mesure efficace?
Une expérience faite à Genève prouve que cette mesure est pertinente. Les problèmes liés à l’alcool, que ce soit les comas éthyliques, les accidents, les bagarres ou les incivilités, ont diminué de 30%. Genève a fixé une interdiction à 21 h. REPER propose au Conseil d’Etat de revoir son choix et de choisir 21 h également.
Globalement, les mesures qui diminuent la disponibilité de l’alcool s’avèrent efficaces. Le prix des boissons, la densité des points de vente, les restrictions d’âge entraînent des baisses de la consommation.

Outre les lois, la prévention est aussi un moyen important d’agir sur la consommation d’alcool des jeunes...
Il est en effet essentiel de sensibiliser non seulement les jeunes, mais aussi les parents. REPER propose des formations pour le personnel de bars. L’association intervient dans les écoles avec une troupe de théâtre. Elle gère également un programme pour les jeunes victimes d’un coma éthylique ou présentant une consommation problématique. Nous voulons leur faire prendre conscience des risques. Notre intervention est basée sur l’implication et la motivation, il ne s’agit en aucun cas de faire la morale.

Pourquoi la consommation d’alcool est-elle dangereuse pour les jeunes?
Il y a de nombreux facteurs. La consommation d’alcool peut perturber le développement de certains organes, notamment le cerveau et le foie, qui sont encore en croissance. Parallèlement, le risque d’accidents augmente. Un jeune, qui rentre en mobylette, peut se faire renverser par une voiture. Le danger d’avoir des relations sexuelles non désirées ou non protégées existe également.

Actuellement, la situation semble se détériorer, c’est du moins l’impression qui domine. Est-ce vraiment le cas?
C’est difficile à dire. Les statistiques nous apportent quelques précisions. En 2007, 4,7 jeunes en moyenne ont été admis chaque jour dans un hôpital suisse pour un coma éthylique. Selon une autre étude, 27% des garçons de 15 ans et 13% des filles boivent au moins une fois par semaine. Les jeunes semblent commencer de plus en plus tôt.
La manière de consommer a également changé: les boissons sucrées et les alcools forts sont davantage prisés. Les boissons énergisantes sont à la mode: les jeunes, qui les avalent comme de la limonade, restent en forme jusqu’au petit matin. Cela augmente la durée de consommation de l’alcool. Globalement, on observe une certaine banalisation: l’alcool fait partie de la fête.

Qu’est-ce qui pousse les jeunes à consommer de l’alcool?
Chaque adolescent rêve d’être grand. Aujourd’hui, les frontières entre le monde des enfants et des adultes tendent à s’effacer. Les jeunes ont très vite des téléphones portables, de l’argent, ils disposent de beaucoup d’autonomie. Ils veulent se comporter comme des adultes et boire de l’alcool est une manière de le faire.
C’est aussi culturel. L’alcool fait partie de la vie officielle. Il constitue un rite de passage. La société, et cela englobe les milieux de la prévention, estime qu’il est nécessaire de contrôler la consommation avant 18 ans, mais pas de l’interdire. Qu’un jeune boive de l’alcool est considéré comme acquis: les débats portent sur les risques à limiter.
Il y a également une perte de solidarité entre les générations: un adolescent qui se promène avec une bouteille d’alcool n’entraînera que peu de réactions. Et, finalement, les jeunes sont encore la cible de publicités pour différents spiritueux, qui s’adressent à eux en mimant leur style de vie.

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