Le canton loin d’une guerre des religions

| lun, 24. sep. 2012
Le canton a dressé un panorama des religions. Catholiques et protestants restent largement majoritaires.

PAR DOMINIQUE MEYLAN

Alors que le vote sur les minarets était encore dans toutes les mémoires, le Grand Conseil avait accepté en 2010 un postulat demandant une étude sur les relations entre les communautés religieuses dans le canton. Les résultats de cette analyse, confiée à l’institut Religioscope, ont été dévoilés hier. Loin de toute vision alarmiste ou islamophobe, l’analyse témoigne plutôt d’une certaine stabilité et d’une absence de tensions. Le paysage religieux fribourgeois s’est diversifié, mais les deux religions chrétiennes historiques restent très fortement majoritaires.
Tant l’église catholique romaine que l’église protestante connaissent une hausse du nombre de leurs fidèles. Cette augmentation est due aux migrations et aux naissances, et en aucun cas à des reconversions massives. Il s’agit d’un effet démographique, qui «fait plus que compenser les sorties d’église», souligne Jean-François Mayer, directeur de l’institut Religioscope et auteur de l’étude avec Pierre Köstinger.


Chute de la pratique
Cette augmentation du nombre de fidèles n’est pas accompagnée d’une renaissance du sentiment religieux. Fidèle n’est d’ailleurs pas le terme le plus approprié. Il s’agirait plutôt d’affiliés. Même si, en comparaison suisse, la spiritualité conserve une place de choix, Fribourg ne fait pas exception et présente une chute de la pratique religieuse régulière.
«Nous sommes encore loin de la situation de Bâle-Ville et Neuchâtel, où les personnes sans confession représentent la majorité», rapporte Jean-François Mayer. Qui plus est, il n’y aurait pas d’indice de changement rapide. Le chercheur ne peut toutefois exclure une accélération du mouvement de détachement dans les dix ou vingt prochaines années. Un premier indice serait une baisse massive des demandes pour les obsèques religieuses.
Ce fort ancrage catholique et protestant est accompagné d’une diversification des croyances. Le mouvement a débuté il y a une trentaine d’années et va se poursuivre. La communauté musulmane, avec environ 10000 membres, représente le 3e groupe le plus important du canton. Comme pour les autres religions minoritaires, il n’est pas possible de donner un chiffre exact. La nouvelle méthode de sondage, qui a remplacé le recensement décennal, n’offre pas de données précises.
«La population musulmane n’a pas doublé ces dernières années comme on le pensait», relève Jean-François Mayer. La diversification n’a donc pas été aussi rapide qu’attendue. Selon toute vraisemblance, la proportion des musulmans fribourgeois devrait suivre la tendance suisse. Les chercheurs estiment qu’elle pourrait se situer entre 8,5% et 11,5% de la population en 2050.
Cette croissance devrait entraîner l’ouverture de nouveaux lieux de cultes (il y en a 7 actuellement). Le canton s’attend aussi à une demande pour un carré musulman dans un cimetière. Actuellement, la pratique du rapatriement des dépouilles est encore largement répandue. L’intégration aidant, cette tendance pourrait changer.
La communauté musulmane ne prévoit pas de demander un statut de droit public dans l’immédiat. Encore assez jeune, elle entend d’abord parfaire son organisation. Aucun mouvement minoritaire n’a d’ailleurs exprimé un tel vœu aux chercheurs.
«La communauté musulmane ne ressent pas de tension au niveau local, rapporte Jean-François Mayer. Même si elle est très sensible au fait de subir les retombées de l’actualité internationale.» Le rapport n’aborde pas la question de l’extrémisme. L’étude a été réalisée en quatre mois, un temps trop court pour s’attaquer à un thème aussi sensible.


Relations paisibles
Selon l’analyse, le canton n’est pas traversé par de fortes tensions entre les communautés religieuses. Même sur un sujet aussi sensible que l’école, les mouvements minoritaires n’expriment pas de vraies préoccupations. La volonté d’être reconnu comme partenaire constitue leur seule vraie revendication.
La problématique des sectes n’a pas été ignorée. Les experts notent une présence assez faible de ce type de communautés. Les adeptes existent, mais ils ne fréquentent pas de centre dans la région.
Dans un contexte aussi paisible, le canton ne prévoit pas de révolutionner sa politique. Il va poursuivre dans la voie de l’intégration. «Des problèmes aigus n’ont pas été  révélés», estime Marie Garnier, directrice des Institutions, de l’agriculture et des forêts. Tout au plus, le Conseil d’Etat entend-il organiser des rencontres, notamment avec les communautés musulmane et orthodoxe. Ce rapport sera soumis au Grand Conseil lors d’une prochaine session.


 

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