La Gruyère remonte le temps jusqu’à sa création en 1882

| mer, 03 oct. 2012

A l’occasion de ses 130 ans, «La Gruyère» réécrit un numéro comme en 1882, mais avec des nouvelles et des pubs actuelles.

Par Eric Bulliard, Yann Guerchanik, Pierre Savary et Jérôme Gachet

retrouvez ici les pages spéciales au format PDF


Les anciennes éditions de La Gruyère fascinent. La page d’il y a cent ans que nous publions régulièrement connaît toujours le succès: cette plongée dans l’histoire, ces petites histoires improbables, cet art de glisser un commentaire vachard… Nous profitons des 130 ans de ce journal pour remonter le temps. Le 7 octobre 1882, naissait en effet ce journal. Bulle n’était alors qu’un bourg agricole vaguement relié au monde par le train en provenance de Romont.
Comment les gens s’informaient-ils? Difficile à imaginer à l’heure du multimédia. Radio, télévision, fax, internet, e-mails, applications pour smartphone, pour tablettes: nous sommes submergés de nouvelles. Même La Gruyère s’est lancée dans l’aventure numérique.
La rédaction de La Gruyère s’est donc lancé un défi: réécrire un journal comme en 1882, avec la même maquette, le même style, le même ton, mais en utilisant de vraies nouvelles et de vraies annonces publicitaires d’aujourd’hui. Une expérience qui a permis de faire quelques découvertes intéressantes. En voici quelques-unes…

L’info, une semaine plus tard
A l’origine, ce titre était hebdomadaire et paraissait le samedi. Il est devenu bihebdomadaire en décembre 1888, avant de paraître les mardis, jeudis et samedis dès 1928.
Les informations n’étaient pas toujours de première fraîcheur… Celles qui ont paru dans la toute première édition de La Gruyère sont publiées environ une semaine après les faits. On apprend ainsi la disparition de l’évêque, Mgr Cosandey, le 7 octobre, alors qu’il est décédé le 1er. Pour illustrer ce décalage, nous avons donc volontairement pris des nouvelles vieilles de quelques jours dans notre édition spéciale.

Un journal peu local
Au moment du lancement, l’orientation était clairement politique. La Gruyère est née en réaction au Fribourgeois, dit Le Crachoir, qui défendait les idées du Parti conservateur, au pouvoir au niveau cantonal. Entre les deux gazettes, les échanges sont rudes.
Outre la propagation des idées radicales de l’Etat fédéral, La Gruyère livre des informations internationales, nationales et cantonales, probablement puisées dans d’autres journaux. Rien, en revanche, sur l’actualité culturelle et sportive.
Les nouvelles régionales sont finalement assez rares, même si leur nombre augmente avec le temps. Il n’y a pas encore de nécrologies, si ce n’est pour les personnalités connues. Présence en revanche d’un courrier de lecteurs et d’un feuilleton qui ont survécu jusqu’à aujourd’hui. D’autres rubriques n’ont pas eu cette chance comme les «Glanures» (des histoires drôles!) ou les prix des ingrédients de base selon le marché (de Bulle). Pas plus que la «causerie agricole», même si le texte paru en 1882, qui annonce que le métier de paysan va changer, est finalement très actuel…

Un style agressif
Ah! le style de l’époque! Les phrases sont le plus souvent longues, ampoulées, voire fleuries. Ou agressives, quand il s’agit d’attaquer le journal adverse. Un exemple tiré du 18 juillet 1884: «Que les lecteurs de La Gruyère nous permettent de faire trêve aujourd’hui à la lutte contre l’infection libertade, pour leur parler d’une autre épidémie qui nous menace aussi, le choléra.»

Un ton qui a fait son temps
Outre le style fleuri, les nouvelles du journal de 1882 se caractérisent par un ton qui paraît bien désuet. La distinction entre commentaire et information, b.a.-ba du métier, ne devait pas faire partie de la formation des journalistes du XIXe siècle… Une victime de fait divers est qualifiée de «pauvre homme», un wagon de dynamite découvert à Kiev donne lieu à ce commentaire: «On croit que c’est l’indice d’un nouveau complot nihiliste.»

Le règne du flou
Ce «on croit que» est également caractéristique. Tout comme les «il paraît que» et les «nous apprenons que». En quelque sorte, les ancêtres des actuels «de source bien informée»… Le flou règne aussi dans le temps: nombre de nouvelles (en particulier celles en provenance de l’étranger) ne sont pas datées.

Des news à l’état brut
Parfois, La Gruyère de 1882 paraît étonnamment moderne: des news, que des news, uniquement des news. Pas d’interviews, ni de reportages, pas d’enquêtes ni de sujets magazine. Certaines nouvelles de l’époque sont aussi lapidaires que les fils info d’actuels sites internet. D’ailleurs, plusieurs phrases du journal «à l’ancienne» que nous avons réalisé ont été reprises telles quelles de dépêches actuelles…

Le sens de la formule
En 1882, le moindre cambriolage devenait morceau de littérature: «Il y a quelque temps, un individu de C., après avoir bu outre soif à la pinte du village, passait en rentrant chez lui devant la demeure d’un voisin qui n’avait qu’insuffisamment fermé ses portes. Il s’introduisit dans le garde-manger; le sort voulut que la femme de la maison s’y rendît également un instant après lui et s’aperçut de l’absence de quelques victuailles» (13 janvier 1883).
Et ce n’est pas la première fois qu’on lit sur les ravages de «ce liquide démoralisant». D’une bagarre, le 18 novembre 1882, La Gruyère écrit: «La blessure inspire, paraît-il, des craintes assez sérieuses pour la vie du navré. L’auteur de cet affreux acte de barbarie est un buveur habituel de schnaps.» Et d’une dame, retrouvée morte dans sa grange, le journal écrit: «Cette malheureuse avait également la passion de l’eau-de-vie.» Pas sûr que ce genre de précision serait bienvenue aujourd’hui…

 

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