Agacé, Fribourg renvoie la copie à Berne en RegioExpress

| sam, 24. nov. 2012
Le canton refuse le remplacement des lignes ferroviaires trop déficitaires par des bus. Et s’étonne encore que Berne ait pu imaginer une telle ineptie.

Par Jean Godel

«Non, nein, no, niet, nada!» Hier matin en conférence de presse, la fermeté l’a disputé à l’incompréhension voire à l’agacement chez Maurice Ropraz, directeur de l’Aménagement, de l’environnement et des constructions (DAEC). Fribourg rejette donc la proposition de l’Office fédéral des transforts (OFT) de remplacer les lignes ferroviaires les plus déficitaires par des bus. Une proposition (une «provocation?», s’est même demandé le ministre) qui fait partie d’un paquet bien plus large, la réforme des chemins de fer 2, en consultation jusqu’au 7 décembre.


Douze lignes sur quatorze
Mais c’est surtout cette mesure dite de transfert du rail au bus, jugée «inacceptable» par le canton, qui fait parler d’elle. Arrêtée en septembre 2010 par le Conseil fédéral, elle risque bien de faire l’unanimité contre elle. Fribourg est le premier à ferrailler, lui qui serait particulièrement touché. Mais au sein de la Conférence des transports de la Suisse occidentale (CTSO), les avis sont les mêmes et on s’apprête à sortir les gros calibres.

Dans les faits, la mesure combattue pousserait dans les bus les passagers de toutes les lignes ferroviaires régionales dont le taux de couverture des coûts par les usagers (vente de billets) serait inférieur à 50%. Soit 175 des 300 lignes suisses concernées et la quasi-totalité des fribourgeoises: douze sur quatorze.

Parmi celles-ci, on trouve toutes les voies étroites du sud (Palézieux-Bulle-Montbovon et Bulle-Broc), le train régional Romont-Palézieux (le moins rentable du canton avec moins de 20% de taux de couverture), mais aussi, et c’est plus surprenant, le RER Bulle-Fribourg-Berne, tout beau tout neuf, et le S-Bahn entre Fribourg et Berne. «Nous ne voulons pas entendre parler de ce taux de 50%, disproportionné et déraisonnable», a martelé Maurice Ropraz. Tel Cyrano raillant le pâle Christian - le fameux «C’est un peu court, jeune homme!» - Fribourg oppose à ce critère purement financier un chapelet d’autres qu’il s’agit de prendre en compte pour juger de la viabilité d’une ligne ferroviaire. En vrac: confort, ponctualité, rapidité. Mais aussi qualité de la desserte des régions, contraintes liées à l’aménagement du territoire et à l’environnement.


«Remplacer des trains par des bus entraînerait un report modal sur les routes qui va à l’encontre de la politique du canton», résume le Gouvernement dans son communiqué. En fait, Fribourg, sidéré, se demande comment la Confédération a pu seulement imaginer substituer ce «du rail au bus» au «de la route au rail» prôné depuis des décennies et avec succès auprès du peuple et des cantons. «La ficelle est un peu grosse», constate, dépité, Maurice Ropraz.

D’ailleurs, les infrastructures manqueraient pour encaisser tant de bus supplémentaires, a rappelé Martin Tinguely, chef du Service de la mobilité. Il faudrait construire des gares routières et aménager le réseau de routes, voire l’étendre. Autant d’investissements à la charge du seul canton - ceci expliquant sans doute cela. Sans oublier l’engorgement du trafic ni la démographie du canton, autant d’arguments en faveur du rail.

Fribourg n’a pas attendu
Et puis le canton ne se contente pas de payer sans broncher les déficits du rail. «Nous n’avons pas attendu la Confédération pour rechercher en permanence l’efficience maximale dans le cadre des conventions de prestations signées avec les trans-
porteurs», a rappelé le chef de la DAEC. Même les investissements des entreprises partenaires sont passés au crible par les commanditaires et doivent prouver leur cohérence au moindre coût, a ajouté Martin Tinguely.


Au final, pour Maurice Ropraz, cette consultation est, par son contenu, «particulièrement déplacée et de mauvais goût». De même, il est «inimaginable» de faire payer 50% des coûts par les usagers (en moyenne, ils en sont aujourd’hui à un tiers, contre deux tiers par les collectivités publiques). Il attend serein la prise de position de la CTSO puis de la Conférence des directeurs cantonaux des transports publics de toute la Suisse. Un niet massif et global est donc sur les rails.

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