L'avenir de Montbarry paraît compromis

| mar, 27. nov. 2012
Lieu de retraite réputé, Montbarry voit son avenir sérieusement compromis. L'endroit doit fermer le 1er décembre pour une remise aux normes et le projet de rachat par l'évêché reste incertain. Un crève-cœur pour le couple qui a redonné vie au site.

PAR JERÔME GACHET

Montbarry: un endroit idyllique où se dresse, fier et fascinant, un bâtiment construit selon les préceptes du Schweizer Holzstil. Que d’histoire depuis la découverte, en 1784, d’une source d’eau sulfureuse, sur la commune du Pâquier. L’endroit a eu ses heures de gloire à la fin du XIXe siècle, avec la construction de l’Hôtel du Moléson et bains de Montbarry, en 1892. Il connaît même un deuxième souffle avec l’arrivée, en 1928, des Sœurs de la retraite chrétienne. Cette congrégation en fait un lieu de méditation et de paix connu loin à la ronde.


Tout cela est du passé. Aujourd’hui, l’avenir de Montbarry est sérieusement compromis. Pourtant, au départ des dernières sœurs, en septembre 2010, la famille Zamofing reprenait le flambeau pour une période de deux ans avec une option pour la suite. André et Imelda Zamofing, accompagnés de deux de leurs trois enfants, redonnent vie à Montbarry. Lui quitte son travail d’enseignant et d’aumônier au CO de La Tour-de-Trême, elle son emploi à la Croix-Rouge.


Le succès est au rendez-vous: des 54 nuitées par mois enregistrées dans les dernières années des sœurs, les Zamofing passent à 575! Ils accueillent des groupes pastoraux ou laïcs, des touristes ou des retraitants, mais aussi quelques locataires à l’année. Ils ont des projets plein la tête, dont celui de réutiliser la fameuse source réparatrice.


Montbarry reste la propriété des sœurs. Nommés directeurs-gérants, les Zamofing reçoivent un salaire mensuel (150%) et ont pour fonction de poursuivre la mission d’accueil et de retraite initiée par la congrégation. Tout le monde loue leur travail. Jusque-là, tout va pour le mieux. Mais le bâtiment (50 chambres, 60 lits) a besoin d’un sérieux lifting. Pire, il doit se mettre aux normes de sécurité, principalement contre les risques d’incendie. Le délai est connu depuis belle lurette: dès le 1er décembre 2012, Montbarry ne pourra plus accueillir de clients et devra fermer.


Un franc symbolique
Qui va payer les travaux? Pas les sœurs, en tout cas, qui n’en ont pas la volonté. En avril dernier, les religieuses font néanmoins savoir qu’elles sont prêtes à céder le tout pour un franc symbolique à la condition que l’esprit de Montbarry perdure. L’acheteur est tout trouvé: l’évêché, à travers une fondation à créer. Les premiers contacts sont prometteurs.


Mais les choses se compliquent. Plusieurs expertises font état d’une somme allant de 3,3 à 10 millions pour réhabiliter le lieu. Entre-temps, une fondation privée est sollicitée, mais l’affaire n’aboutit pas. Les sœurs souhaitent en effet que le patrimoine reste dans les mains de l’Eglise. Ladite fondation se rend aussi compte que les travaux s’annoncent plus coûteux que prévu.


A cinq jours du couperet, les Zamofing ne sont toujours pas fixés, l’évêché ne leur ayant pas rendu une réponse définitive pour ce qui est du rachat. En revanche, la demande du couple d’obtenir un salaire de 30% pour entretenir le site durant les travaux est refusée. «C’est pourtant quelque chose d’indispensable, car si on ne fait rien, l’endroit va rapidement tomber en ruine», précise André Zamofing, dépité. «L’évêché souhaite-t-il que nous quittions Montbarry? N’a-t-il pas les moyens de faire face à cette acquisition?» s’interroge-t-il dans une lettre adressée à l’évêque, Mgr Morerod, le 10 novembre. En vain.


Manque de communication
André Zamofing sait qu’il sera pratiquement impossible de rentabiliser une telle affaire, mais il voit aussi le bénéfice que l’Eglise pourrait tirer d’un tel projet en termes d’image. «Ce n’est pas tellement notre avenir personnel qui nous inquiète, mais celui du site. Je pense aussi à notre personnel qui a été incroyable jusqu’au bout et que nous avons dû licencier.» André Zamofing se désole aussi du manque de communication dont fait preuve l’évêché dans ce dossier.


Syndique du Pâquier, Antoinette Badoud est triste à double titre: pour la famille, qu’on laisse languir depuis tout ce temps, et pour Montbarry: «Je ne veux pas voir cet endroit laissé à l’abandon. Il est important pour le village et pour la région.» Elle se dit également déçue de ne pas avoir été contactée par l’évêché ou par la congrégation des sœurs. Elle se dit en revanche prête à entrer en matière «avec les moyens de la commune» en cas de nouveau projet.


D’accord sur un point
Aujourd’hui, tout est bloqué et les Zamofing risquent de faire leur valise dans les jours qui viennent. Avec le cœur gros. Les sœurs, l’évêché, le couple Zamofing et la commune du Pâquier, tout le monde est pourtant d’accord sur un point: le lieu doit garder son âme et ne pas devenir un bien immobilier comme n’importe quel autre. Mais si aucune solution ne se dessine, c’est bien ce qui va arriver.

 

 

«Fragile sur le plan financier»
Contacté pour donner sa version des faits, l’évêché ne tarit pas d’éloges sur le couple Zamofing. «Ils exploitent la maison de Montbarry depuis deux ans avec beaucoup de talent et d’enthousiasme. Ils sont la pièce maîtresse du projet», relève Laure-Christine Grandjean, qui juge leur travail «exceptionnel». La chargée de communication du diocèse ne conteste pas non plus le rôle que joue le site pour la région et pour le diocèse.
Il y a cependant un mais: «Il faut bien reconnaître qu’il s’agit d’un projet fragile sur le plan financier.» Selon Laure-Christine Grandjean, ce projet nécessite plus de temps que prévu et il a dû être redimensionné: «Cela a contribué à mettre la famille Zamofing dans une situation pénible», regrette-t-elle. Sans pouvoir dire si l’évêché va s’engager ou non, elle espère que cela sera le cas. Et que cet avenir s’écrira avec les Zamofing. «On a besoin de gens comme eux.» JG

Commentaires

Je connais bien cet endroit magnifique, la beauté des lieux, la tranquilité, une vue sur la Gruyère exceptionnelle, ca me désole de lire ces lignes, je souhaite vraiment que les personnes concernées de l'évêché qui vont certainement aquérir ces lieux ne vont pas les laisser à l'abandon tel que la Petite Riedera à Montévraz (que je connais bien aussi). C'était un lieu magnifique également, mais quand on voit l'état de désolation des bâtiments actuellement, une honte, espéront vivement que Montbarry garde sa chaleur et que ces exploitants, La Famille Zamofing, puisse poursuivre le magnifique travail qui a redonné vie à ces lieux. Espéront que cet article réveille la prise de conscience de nos autorités afin que ce lieu ne perde pas son âme et qu'il continue comme un rayon de soleil à illuminer la Gruyère. Ouvrez les yeux sur cet endroit! ca en vaut la peine.
Pourquoi Monseigneur Morerod ne répond pas lui meme ,

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