Mousses, écorces et brindilles sous le trait de Claude Genoud

| sam, 17. nov. 2012
Dix ans après Sarine d’eau et de lumière, Claude Genoud expose sa série Pour un arbre au Musée gruérien. Des Préalpes à la Provence en passant par la Toscane, l’artiste de Neirivue s’est attaché à la sculpturalité des arbres.

Par Christophe Dutoit

Depuis quelques jours, l’entrée du Musée gruérien, à Bulle, s’est peu à peu transformée en forêt magique, peuplée d’arbres biscornus, de mousses verdoyantes, de feuilles mor-dorées et de racines échevelées. A quelques heures du vernissage de l’exposition Pour un arbre, ce samedi à 18 h, il ne manquait plus que l’odeur ravigotante de champignons pour que le visiteur se croie définitivement transporté dans un pays de trolls et d’elfes.


Avec sa barbe blanche et son flegme bon enfant, Claude Genoud s’affaire comme un lutin méticuleux au milieu de ses bois. Dix ans après Sarine d’eau et de lumière, l’artiste peintre montre une nonantaine d’œuvres récentes, réunies autour de la thématique de l’arbre. Des acryls sur papier ou sur bois, des aquarelles, des esquisses au crayon, des dessins à la plume ou au fusain, des huiles. «C’est souvent le sujet qui dicte la technique. Tel arbre, je le vois en aquarelle, raconte Claude Genoud. Et, au bout d’un certain temps, il faut que je change, car ça devient presque trop facile…»


A côté de rares esquisses à la pierre lithographique, réalisées sur le terrain, le visiteur retrouve des acryls aux mille détails, des souches enchevêtrées d’un olivier millénaire aux innombrables volutes. «C’est vrai que je suis un sacré pinailleur!» avoue-t-il sans qu’on le torture.


Habitué par le passé au dessin animalier, Claude Genoud a conservé ses réflexes de fin observateur de la nature. Toujours attentif à la qualité de la lumière – superbe sur Le tilleul un soir d’hiver – et à la subtilité de ses réflexions, il aime à rendre sur le papier la douceur d’un dégradé de brun, le fourmillement des mousses dans des verts toujours aussi intenses, l’effet de flou d’un arrière-plan presque estompé.


Agé aujourd’hui de 66 ans, Claude Genoud n’a pas son pareil pour redonner toute leur splendeur à ces amandiers vermoulus perdus au cœur de la Provence ou pour simuler une brume matinale dans laquelle des sapins se transforment en fantôme. Car il y a quelque chose de merveilleux dans ses bois à la limite de l’imaginaire. «L’an dernier, j’ai découvert la forêt du Lapé, dans le Petit-Mont. Quel-qu’un m’a dit que, lorsqu’il dormit une nuit dans la clairière, il y vit des elfes…»

Rien d’étonnant donc que Claude Genoud la peigne baignée d’une lueur presque irréelle, avec ses arolles sauvages tout en majesté, ses blocs erratiques comme issus du chaos et ses premières neiges aux teintes bleutées. Un chef-d’œuvre.
 

Toscane et Provence
La balade se poursuit entre les cimaises du Musée gruérien. Ici, on croise les ocres terre de Sienne d’une Soirée toscane. Plus loin, on s’arrêterait volontiers boire un pastis A l’ombre des platanes en Provence, un acryl qui fleure bon les vacances de notre enfance.
Depuis une vingtaine d’années, le peintre se rend en effet régulièrement dans la région du mont Ventoux. Au fil de ses pérégrinations, il a repéré ses oliviers qui semblent avoir vécu le Golgotha. «Certains, je les ai dessinés par 37° C en été et –7° C en hiver!» Des arbres tortueux, qui ressemblent parfois à des sculptures de ferraille et de rouille. «Je ne suis pas intéressé par les arbres tout droits. C’est comme pour les humains. Je préfère ceux qui ont des défauts.»


Bulle, Musée gruérien, jusqu’au 27 janvier 2013. Infos et programme des animations sur www.musee-gruerien.ch
 

Claude Genoud, Pour un arbre, Editions Urogalle. En vente au Musée gruérien ou à l’adresse editionsurogalle@bluewin.ch
 

Commentaires

Je trouve vos arbres merveilleux que, pour moi, j'ai l'impression qu'il parle encore. Cette racine raconte toute une vie et on peut y voir toute une imagination. Merci pour ce beau rêve. Je ne peu me déplacer etde voir cela me fait plaisir. Merci.

Ajouter un commentaire

CAPTCHA
Cette question est pour tester si vous êtes un visiteur humain et pour éviter les soumissions automatisées spam.

Annonces Emploi

Annonces Événements

Annonces Immobilier

Annonces diverses

Trending

1

Le club où cohabitent rock, électro, théâtre…

L’Américaine Anna Burch lance ce samedi la saison des concerts d’Ebullition. Tour d’horizon avec le programmateur Thomas Van Daele, qui s’apprête à vivre sa deuxième année à la rue de Vevey.

ÉRIC BULLIARD

Après un premier week-end où se sont succédé une party et une soirée d’improvisation théâtrale, Ebullition retrouve le goût de la musique live ce samedi. «En septembre et en octobr...