Quand trois enfants naissent en une fois

| mar, 27. nov. 2012
Lilian, Samy et Robin sont entrés inséparables, le 5 mars, dans la vie de Sylvie et Steve Uebelhart. Des parents heureux, au sens aigu des priorités, qui ont pris le temps de pleurer un jour chacun à l’annonce de cette grossesse multiple.

PAR PRISKA RAUBER
Un nourrisson. Sa peau douce. Attachant, déconcertant et si épuisant. Fois deux, c’est phénoménal. Fois trois, faramineux. Alors, à l’annonce d’une grossesse multiple, ceux qui savent la torpeur dans laquelle un seul nourrisson peut plonger ses parents ne sauraient retenir un juron. Un rire hystérique, des torrents de larmes. Sylvie et Steve Uebelhart l’avouent: «Quand ma gynécologue m’a annoncé, de but en blanc, que j’avais trois bébés dans mon ventre, ce fut un choc. J’ai pleuré la journée entière.»
Elle était seule pour ce premier contrôle, en septembre, dont le but était de simplement vérifier si elle était bien enceinte. Alors, quand son époux tente de l’appeler, elle préfère ne pas répondre. «Impossible de lui parler comme ça. Je lui ai envoyé un message pour lui dire que tout allait bien et que je lui raconterais le soir.» Quand elle lui dit, il éclate de rire. Le lendemain, il pleure.
Si toutes les grossesses s’accompagnent de la crainte de ne pas être à la hauteur, cette angoisse est décuplée chez les parents de triplés, expliquent les spécialistes. «Et puis, on martèle que les grossesses multiples sont des grossesses à risque, ajoute Sylvie Uebelhart Mory. Que les futures mamans sont quasiment toujours alitées dès le troisième ou quatrième mois de grossesse. Et qu’à la naissance, les bébés sont dans un triste état, poursuit Steve. Qu’ils font un long séjour en couveuse.»
Le couple passe deux nuits blanches, à imaginer qu’il n’aura plus de vie. A imaginer un tas colossal de pampers, un tas monumental de biberons (ils n’avaient pas tort: le premiers mois, des triplés représentent 500 biberons par mois et autant de couches à changer). Mais voilà, dès que ces futurs parents ont vu les «trois petits haricots», ils les ont aimés, tous, tout de suite. «Et puis on en a parlé tôt à nos familles. Ça a été mieux ensuite. Elles nous ont assuré qu’elles seraient là pour nous aider.»


Repousser la poisse
Demander du soutien est «essentiel», préconisent les associations concernées. Anticiper aussi. Faire en sorte que tout soit prêt à l’arrivée des bébés. Sauf que Sylvie et Steve Uebelhart, 28 et 36 ans, ont préféré avancer pas à pas. «On avait peur que tout préparer à l’avance nous porte la poisse! Pour l’instant on en a trois mais la prochaine fois? Alors, à chaque contrôle gynécologique, on concrétisait quelque chose: d’abord les relax, puis la poussette triple, la voiture… Car, malheureusement, dans les cas de grossesse multiple, en l’occurrence de triplés monozygotes (un cas sur 200 millions!), le décès de l’un ou de l’autre était une sombre et sérieuse possibilité», confie Sylvie. Leur stratégie a fonctionné, la poisse a été maintenue à distance.
Le 5 mars, à la 35e semaine, Lilian vient au monde, suivi de Samy et de Robin. Trois beaux bébés de respectivement 1,985 kg, 1,980 kg et 2,240 kg. Seul Robin passera une nuit en couveuse. Tout rentre dans l’ordre dès le lendemain. Mais c’est ensuite que les choses se compliquent. La poisse avait reculé pour mieux sauter. Les bébés vont bien, pas d’inquiétude. Mais alors qu’ils étaient prêts à rentrer à la maison, leur maman se casse une vertèbre. Urgences, deux jours d’hôpital et dix de lit strict. «Que j’ai pu effectuer à la maison quand même. Mais j’étais très frustrée, je ne pouvais rien faire, pas m’occuper de mes enfants…»
Papa s’en est chargé, et puis sa sœur, les grands-parents, les beaux-frères, belles-sœurs, des amis, des voisins… «Il y avait six biberons par jour à donner à chaque enfant, dont un à une heure et un à cinq heures du matin», se souvient Steve. Un planning a été établi, pour qu’il y ait toujours une personne en renfort. La maison de Domdidier ne connaissait aucun répit. Les hôtes se sont succédé. Si les jeunes parents sont infiniment reconnaissants à tout ce bataillon, ils avouent qu’avoir sans cesse du monde chez eux ne fut pas tous les jours facile.
«Avec la fatigue qui s’accumule, le moral vacille», confie Sylvie. Les biberons à préparer, à donner, à laver, à préparer encore. Essayer de manger. Ne pas oublier de mettre le réveil. Elle se souvient d’une nuit où en allant se recoucher, elle voit que la prochaine sonnerie allait retentir dans «1 h 38»! «Le temps filait. Tout à coup il était 23 h et on n’avait pas dormi, pas mangé. Entre l’un et l’autre, il ne nous restait plus qu’à faire un choix!» Il faut en effet avoir le sens des priorités pour élever des triplés!


«Le bébé pour les nuls»
Par chance, ces bébés n’ont pas eu de coliques et ils ont passé leurs premières nuits à deux mois seulement! Aujourd’hui, Lilian «le grand sensible», Samy «le petit clown» et Robin «le bébé pour les nuls – au début, il dormait et mangeait!» –  ont huit mois et pèsent autant de kilos. Ils font le bonheur de leurs parents qui ne souhaiteraient pour rien au monde une famille différente. Elle est complète. «On en voulait deux, on en a trois. C’est parfait comme ça.»
Sauf quand il faut assumer le regard des autres. L’insistant, le malpoli. «Quand on se promène, certains nous arrêtent carrément en disant “montrez-les”, comme du bétail. Ils ne disent même pas bonjour. Juste: “On peut les voir?” Dans ces moments-là je passe pour un asocial car je fonce», confie Steve. Le bonheur perle tout de même. Lors de notre visite, on s’attendait au chaos, tout au mieux au désordre. Normal. Mais c’est dans la quiétude que nous avons débarqué, chez des parents détendus et chez trois mêmes petites personnes décontractées.
 

Commentaires

Magnifique leçon de vie. Bravo!

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