«Ce qui s'est passé est impensable»

| jeu, 06. déc. 2012
Défilé d'experts et de témoins,au procès du Gruérien qui a tué l'amant de sa femme, en mars 2011 à Riaz. Si les deux experts psychiatres ont quelques divergences, les proches du prévenu sont unanimes: aucun ne l'aurait imaginé capable d'un tel geste.

«C'est juste impensable d'imaginer ce qui s'est passé.» L'homme connaît le prévenu depuis 25 ans: «Si un gars comme lui peut disjoncter, malheureusement bien d'autres peuvent aussi le faire…» Un autre témoin, ancien associé, précise que S.S. a toujours préféré la discussion à la bagarre. Un troisième, ami du quinquagénaire gruérien depuis l'âge de 16 ans, affirme ne l'avoir «jamais vu violent». De plus, avec son épouse, «ils formaient un couple qui faisait plaisir à voir, toujours souriants, très amoureux l'un de l'autre.» De son côté, sa belle-mère relève que, certes, vu les 27 ans de différence d'âge entre sa fille et son beau-fils, elle s'est un peu inquiétée au début. «Par la suite, j'ai appris à la connaître et j'ai eu l'occasion de l'apprécier. C'est un super mec!»

N'empêche que le 26 mars 2011, S.S. a commis l'irréparable, tuant l'amant de sa femme, plongeant plusieurs familles dans le drame. Un ami de la victime (qui, âgé de 23 ans, était cuisinier dans l'établissement que gérait le couple) est venu déposer un témoignage bouleversant. «Il n'y a pas de mots pour décrire ce qu'ont vécu ses proches», a-t-il lâché, en larmes. Quant à E.S., l'épouse du prévenu, son témoignage, très attendu, est demeuré laconique. Le jeune femme, émue, a précisé qu'à cette époque elle «ne savait pas où elle en était». Et que si elle n'a pas avoué plus tôt sa relation avec le cuisinier, c'était «pour ne pas le faire souffrir plus.» Parce que, depuis plusieurs mois, son mari se doutait de quelque chose. «Mais j'ai toujours nié.» En six mois, il a perdu 18 kilos, à cause, dit-il de cette «boule qui lui bouffait le ventre.» «C'était à cause de moi», lâche la jeune femme.

Le soir du drame, une première altercation a lieu à la terrasse d'un établissement bullois proche de celui que gérait le couple.«Je ne m'entendais pas avec son associée, a expliqué l'épouse. Ça m'a énervée qu'il quitte notre établissement pour aller boire un verre avec elle, alors qu'on passait une bonne soirée.» Des verres giclent. Le ton monte, des coups partent. Une «bagarre mutuelle», précise-t-elle.

E.S. décide alors de passer la nuit chez ses parents, à Riaz. Tard dans la nuit, elle a deux conversations téléphoniques avec son mari. Il n'est aucunement question de sa relation extraconjugale, uniquement du déroulement de cette soirée partie en vrille. Elle lui dit de se calmer, d'aller dormir, qu'ils s'expliqueront le lendemain. Averti de la tournure des choses, l'amant arrive à Riaz. Tout comme S.S., venu s'expliquer et qui, à la vue de son rival, devient fou de rage: il retourne à son domicile, en hurlant dans sa voiture, prend un pistolet et revient à Riaz. Son épouse est en train de discuter avec son amant, dans son véhicule. «Je suis sorti de la voiture, mon mari avançait, je l'ai appelé, il n'a pas répondu. Il avait le regard fixe, il avançait comme un robot.» Huit coups de feu suivront.

«Je ne sais pas comment j'en suis arrivé là», a commenté le prévenu. «J'étais dans un tel désarroi, dans un tel désespoir, dans une émotion violente. Je n'arrivais plus à voir où était le bien et le mal.» Quand le président Philippe Vallet lui demande: «Savez-vous pourquoi vous l'avez tué?» il répond: «Sans doute parce qu'il détruisait ma vie, la vie de mes enfants, de ma famille, de tout ce qui comptait pour moi.» Lui-même n'avait pas toujours été fidèle, lors de relations précédentes. Et, alors que son couple battait de l'aile, début 2011, il «voyait quelqu'un»: «Comment peut-on tuer l'amant de sa femme avec le comportement qui a été le vôtre les années et les mois qui ont précédé le drame?» a demandé le président Vallet. «C'est un enchaînement», lâche S.S., avant de raconter ces messages «bizarres, ambigus», découverts par hasard en juin 2010. «C'était une belle journée, en une fraction de seconde elle est devenue noire. Le ciel m'est tombé sur la tête.»

Les semaines qui ont suivi cette découverte n'ont fait qu'empirer la situation. Son épouse nie sa relation, avant de l'avouer, le 15 février 2011. Mais la situation semble ensuite s'améliorer, le couple part en vacances de ski, début mars, avec ses enfants, prend du bon temps. «C'était comme si je vivais une nouvelle idylle avec mon épouse», relate S.S. «Je me suis dit qu'il fallait que je sois plus sympathique pour ne pas perdre mon mari», a expliqué E.S. Parce qu'elle aimait son jeune amant, mais «aussi mon mari, je crois. Je ne voulais pas le perdre sur un coup de tête. Je me suis rapprochée de lui.»

En début d'après-midi, le Tribunal a passé près de trois heures a entendre deux experts psychiatres. L'un affirmant que même si S.S. était «dans un moment particulier de son existence», il est «exclu d'envisager une diminution de la responsabilité en fonction de pathologie sociale». Pas non plus en fonction de son taux d'alcool, estimé à environ 1,6‰ au moment des faits. «La jurisprudence estime que l'on peut envisager une diminution de la responsabilité en cas de taux entre 2 et 3 ‰», a relevé le premier expert. Pour qui le fait que le prévenu ait affirmé avoir ressenti «une difficulté à s'imaginer être l'auteur d'un tel acte et porteur d'une telle haine» ne doit pas être interprété comme un état dissociatif. «Il est très rare que ceux qui commettent de tels actes aient le sentiment d'être absolument eux-même dans ces moments-là.»

L'état dissociatif (partiel et transitoire), c'est la conclusion à laquelle est arrivé l'autre expert, estimant qu'il y a là une diminution moyenne de la responsabilité. «Un état de détresse émotionnel conjugué à un état d'imprégnation à effet désinhibiteur par l'alcool a provoqué cet état second décrit par l'expertisé.» En clair: il aurait été partiellement déconnecté de la réalité et n'aurait pas perçu les conséquences de ses actes.

Le procès se poursuit vendredi avec les plaidoiries.

Ajouter un commentaire

CAPTCHA
Cette question est pour tester si vous êtes un visiteur humain et pour éviter les soumissions automatisées spam.

Annonces Emploi

Annonces Événements

Annonces Immobilier

Annonces diverses

Trending

1

Chute mortelle dans les Préalpes

Un accident de montagne s’est produit dans la région de la Dent-de-Folliéran, dimanche en fin de matinée. Un homme de 28 ans domicilié dans le canton de Fribourg a fait une chute d’environ 200 mètres et a perdu la vie. Il se trouvait sur l’arête de Galère et cheminait en direction du Vanil-Noir.