«Mon acte est innommable»

| ven, 07. déc. 2012
Place aux plaidoiries, vendredi matin, au procès de l'homme qui a tué l'amant de sa femme, à Riaz, en mars 2011. Le procureur a réclamé douze ans de prison. Une peine trop élevée pour la défense, qui estime que six ans seraient suffisants.

«Je me sens honteux de ce que j'ai fait. Je sais très bien que vous aimiez votre fils, que c'était quelqu'un de bien. Mon acte est innommable. J'aimerais sincèrement vous demander pardon.» Près de quatre heures après le début de la séance, la parole est une dernière fois au prévenu. Il s'adresse d'abord à la mère de l'homme de 23 ans qu'il a abattu de huit coups de feu, le 26 mars 2011, à Riaz. Puis à son père: «Je tiens à vous demander pardon aussi. Si je pouvais revenir en arrière, je le ferais. Je vois dans vos yeux beaucoup de haine et je la comprends. Je souhaite que vous puissiez ne pas soigner votre chagrin dans la haine et la vengeance.» Les parents de la victime soutiennent son regard: dignes jusqu'au bout, ils n'auront pas eu un mot de hiane ou de colère vis-à-vis du meurtrier. Juste l'indicible douleur d'avoir perdu un fils, un frère. S. adresse encore des excuses à ses enfants, sa sœur, sa belle-famille, son épouse, dont le victime était l'amant.«Si vraiment F. était l'homme de sa vie, la plus grande preuve d'amour que j'aurais pu lui donner, c'était de m'effacer et de leur souhaiter bonne chance.»

Avant cette conclusion, la matinée a débuté par le réquisitoire du Ministère public, représenté par le procureur Philippe Barboni. Qui a demandé 12 ans de privation de liberté, après avoir retracé précisément les faits. Pour lui, l'article 113 du Code pénal (meutre passionnel) ne peut s'appliquer ici: «Il concerne des cas exceptionnels entourés de circonstances dramatiques. Pas des ruptures mal acceptées.» De même, le «profond désarroi est un état qui couve longtemps jusqu'à ce que l'auteur ne voit plus d'autres possibilités. Ce ne sont pas des impulsions égoïstes ordinaires.» Pour lui, S. est «pleinement responsable de ses actes. Il avait un rival, il l'a éliminé pour son propre confort, par pur égoïsme.»

Représentant la mère de la victime, Maître Sébastien Pedroli nie lui aussi que le prévenu ait pu être sous le coup d'un profond désarroi: «Il n'en a parlé à personne, a continué à travailler, est parti en vacances…» Pour lui, la culpabilité de S. est «particulièrement lourde. Lorsque son ego d'homme narcissique a été blessé, il a décidé d'en finir avec son rival.» Me Pedroli a en outre décrit un «meurtrier calculateur», qui, «pour être sûr de commettre son meurtre» a effectué des tirs d'essai, sur sa terrasse, avant de retourner à Riaz abattre sa victime. «C'est un acte ignoble et quelle a été sa façon d'assumer? Il a pris la fuite, s'est rendu à Saas Fe, sous un faux nom, dans un joli petit hôtel et cet homme qui vient d'en abattre froidement un autre va skier…»

«Une exécution»

Maître Stefan Disch, représentant le père et le frère de la victime, est allé encore plus loin: «Le 26 novembre 2011, 4 h 31 du matin. C'est la date et l'heure de l'exécution de F. Huit balles tirées à bout portant sur un homme assis, sans un mot, qui n'avait pas plus de chance de s'en sortir que s'il avait été dans le couloir de la mort au pénitientier de Huntsville au Texas.» Et il ajoute: «Quelle était sa faute pour avoir été condamné à mort? D'avoir une relation avec une femme mariée. Un comportement dont S. ne s'est jamais privé.» Il est revenu ensuite sur «la vision incroyablement égocentrée, unilatérale», du prévenu. Pour Me Disch, la clé se trouve dans sa «fragilité narcissique: c'est un crime de l'amour-propre, d'une frustration face à une mise en échec.»

Cette «plaidoirie moraliste et lapidaire est en décalage complet avec ce que le dossier révèle» a rétorqué Maître Bruno Charrière, avocat de la défense. Il a rappelé que tous les témoins ont décrit S. comme une «personne affable, gentille, calme, raisonnable» et que «personne n'aurait pu imaginer que cela se produise. Je ne peux pas croire que, du jour au lendemain, à 54 ans, sans aucun écart de violence précédent, ce monsieur se révèle d'un égoïsme crasse.»

S., a poursuivi Me Charrière, a toujours affirmé qu'au moment des faits, il n'était plus lui-même, qu'il avait agi comme un robot, de manière automatique. Pour lui, il s'agit d'une «affaire de souffrance, qui s'est construite petit à petit durant de longs mois». Quand S. découvre les fameux messages à caractère érotique (signés F., cuisinier de l'établissement que gérait le couple) sur le portable de son épouse, en juin 2010, il connaît une «première émotion forte. Parce qu'il était extrêmement amoureux de sa femme. Il en était frappadingue.» A la relation extraconjugale s'ajoute le sentiment de trahison. «Le premier d'une longue série de vexations, de mensonges…»

«Il mérite une indulgence»

La situation n'a fait qu'empirer, jusqu'en février: à ce moment-là, S. «accepte la rupture, redonne la liberté à son épouse, mais elle lui répond de ne pas précipiter les choses, qu'elle ne sait pas où elle en est…» Suivent des vacances à Zermatt, où la jeune femme se rapproche de son mari. Pour Bruno Charrière, le prévenu vit alors en état d'euphorie: «Tous les feux étaient au vert.» Jusqu'à la fameuse soirée du 25 mars.

«Il doit être reconnu comme meurtrier par passion, parce qu'il a essayé des choses pour sortir de cette situation», selon l'avocat de la défense. «Il n'a pas eu le comportement de quelqu'un d'égoïste qui ne pense qu'à lui. Il est un homme ordinaire, pris dans une situation extrême. Après de longs mois de trahisons, il a vécu un cataclysme quand E. lui a dit que tout était fini. Son acte est grave, reste impardonnable, mais il mérite une indulgence.»

Le verdict est attendu à partir de 18 h.

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