La fin d’une ère pour les écoles maternelles

| jeu, 27. déc. 2012
Avec l’introduction de la seconde année enfantine, les écoles maternelles n’accueillent plus les enfants dès 4 ans. Les maîtresses s’adaptent.

PAR SOPHIE MURITH

L’école maternelle est en pleine mutation. L’introduction progressive d’une seconde année enfantine a abaissé l’âge des enfants qui s’y rendent et a, de fait, modifié les activités qui y sont pratiquées. Les effectifs diminuent parfois de façon drastique. Loin de fustiger la concurrence de l’école enfantine, les jardinières d’enfants s’adaptent.
Seuls les enfants âgés de 3 à 4 ans, les natifs de 2009 dès le mois d’août ou les petits dont les parents ont repoussé l’entrée à l’école sont désormais concernés par les services des maîtresses de maternelle. Pour Anne-Christine Kolly, responsable d’une structure à Charmey où la deuxième enfantine est en vigueur depuis un an, et d’une autre au Pâquier, sous le même régime depuis deux ans, «il y a encore beaucoup de brassage. Les communes voisines n’ont pas toutes adopté les deux années enfantines. Comme Bulle», illustre la jardinière d’enfants.
 «On ne sait pas du tout ce que nous allons devenir, reconnaît Chantal Conus, responsable de l’école maternelle Pirouette, à Bulle. Jusqu’à l’année passée nous avions cinq groupes. Pour la rentrée 2013, nous n’en avons qu’un pour l’instant.» Pour l’heure, elle est assistée d’une collègue. En août prochain, elle se retrouvera seule. «Elle a choisi une nouvelle orientation.» Pour Anne-Christine Kolly, la baisse de fréquentation dépend surtout de la natalité. «Cela varie en fonction des années. Cela ira peut-être mieux l’an prochain.»


Pas avant trois ans
Pourquoi ne pas accepter des enfants plus jeunes pour garantir son activité? «Pour accueillir des bébés, il faut plus de personnel», explique Chantal Conus, en charge de l’école bulloise depuis neuf ans. Jusqu’à présent, le nombre d’enfants est toujours allé croissant. «Je ne sais pas si les parents sont prêts à amener leurs enfants avant 3 ans, une ou deux fois par semaine dans notre école.»
Pour en savoir plus, Catherine Bovet, responsable des Lapins Bleus, a demandé à la commune de Sâles de lancer un sondage sur la question. Sur les 43 familles consultées, 29 ont retourné le questionnaire. Les chiffres sont sans appel. Seuls deux couples sont prêts à confier leur progéniture dès 2 ans. Et uniquement un demi-jour par semaine. Concernant les enfants de 3 ans révolus, la tendance s’inverse.
Un résultat qui réjouit Catherine Bovet, peu encline à garder des tout-petits. «La prise en charge avant 3 ans est très différente. On ne peut pas enseigner. Avec le départ des plus grands, de 4 à 6 ans, il n’y a déjà plus de possibilité de transmettre l’apprentissage préscolaire.»
Les maîtresses d’école maternelle affirment offrir une phase d’adaptation nécessaire à certains bambins: un éveil à des concepts, comme l’écoute et la concentration, grâce aux temps d’activité imposés entre les moments de jeu. «Certains enfants ont besoin de plus de temps pour apprendre, relève Chantal Conus. A l’école enfantine, il faut suivre un programme. C’est bien pour ceux qui doivent être stimulés. Mais un enfant qui a des craintes a plus de peine à s’intégrer. Il faut créer un relais de confiance. L’école maternelle peut jouer ce rôle. Chaque structure apporte quelque chose.»


Avenir incertain
L’arrivée d’enfants plus petits limite aussi la durée de la prise en charge et divise dans la même proportion les rentrées d’argent. «De toute façon, ce n’est pas un choix, alors autant continuer avec les petits plutôt que de baisser les bras et arrêter», assure Anne-Christine Kolly. Aucune menace de fermeture ne plane sur ses écoles maternelles. «Ce sont de petites structures, et les villages nous prêtent les locaux. Je ne peux pas sortir un salaire fixe. C’est plus un bonus qui me permet de financer les études de mes enfants.»
La commune de Sâles fait aussi cadeau du loyer à Catherine Bovet. Mais elle doit désormais trouver un local plus grand pour correspondre aux normes exigées par le Service de l’enfance et de la jeunesse. «Avec les plus petits, il y a plus de mouvements. Il faut plus de place.» Cela fait un an que ses démarches restent infructueuses. Elle n’est pour autant pas décider à jeter l’éponge. «S’il n’y avait plus de demande peut-être. Mais les parents ont compris l’importance de l’école maternelle.»
Sans aide de la ville de Bulle, Chantal Conus doit pouvoir compter sur l’écolage de deux groupes de 12 enfants pour couvrir ses frais: assurance, matériel et loyer. «On ne fait pas de bénéfice. Il faut toujours investir dans le matériel.» Le maintien de l’école est aujourd’hui encore incertain. Il dépendra des inscriptions. «Je serai fixée cet été.» A 57 ans, Chantal Cornus garde espoir. «Tant que j’ai le feu sacré, j’aimerais continuer.» Son but: avoir la chance de transmettre le flambeau à la génération suivante de jardinière d’enfants.

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