Anne-Claude Demierre en femme forte du Conseil d’Etat

| jeu, 03. Jan. 2013
Anne-Claude Demierre succède à Georges Godel à la tête du Gouvernement. En 2013, la réorganisation de l’HFR et un plan d’économies occuperont les ministres. La Gruérienne se réjouit d’entendre les bonheurs et les craintes des Fribourgeois.

PAR DOMINIQUE MEYLAN


Georges Godel avait savouré son année de présidence en 2012. Anne-Claude Demierre ne lui a pas laissé l’occasion de poursuivre cette tâche. La Gruérienne occupe, depuis mardi, la tête du Conseil d’Etat. Entre réorganisation des hôpitaux et redressement des finances, les décisions du Gouvernement en 2013 s’annoncent capitales pour l’avenir du canton. Ce qui ne semble pas effrayer la libraire de la Tour-de-Trême.

Que signifie pour vous le fait de diriger le Conseil d’Etat?
Pour moi, la priorité sera de gérer les séances du Conseil d’Etat et de m’assurer que chacun puisse donner sa position en toute liberté et en toute transparence, que nous arrivions finalement à prendre les bonnes décisions dans l’intérêt des Fribourgeois. Il s’agira également d’assurer la cohésion du collège gouvernemental.
Mon second objectif sera d’aller à la rencontre de la population. Cette proximité m’a toujours paru importante: cette année de présidence me donne l’occasion d’être à l’écoute des instants de bonheur, mais aussi des moments difficiles, des craintes et des questionnements de la population.

Vu de l’extérieur, le Gouvernement issu des élections de 2011 semble moins soudé que le précédent. Est-ce le cas?
Une équipe recomposée s’est mise en place. Nous avons dû réapprendre à travailler ensemble. Quand de nouvelles personnes sont intégrées, les interactions changent, les modes de fonctionnement aussi. Tout cela nécessite des réglages. Au terme de l’année 2012, je trouve l’équipe soudée. Nous partageons le même souci de prendre les bonnes décisions pour le canton.

Vous avez été assez mal élue par le Grand Conseil (60 voix sur 94 bulletins rentrés). Comment analysez-vous ce score?
Je pense qu’il s’agit d’abord d’un signe de mauvaise humeur de certains députés par rapport au dossier des hôpitaux. Ensuite, j’ai l’impression que cela a été un jeu, un prêté pour un rendu. La première élection a donné le ton aux suivantes. De manière générale, les scores n’ont pas été très élevés. Le président du Grand Conseil a recueilli 66 voix, avec un nombre supérieur de bulletins rentrés.

Globalement, est-ce difficile de s’imposer en tant que femme, de gauche, dont la profession n’est ni avocate, ni économiste?
Non, je ne trouve pas. Je m’engage beaucoup à la tête de la Direction de la santé et des affaires sociales. J’ai un énorme plaisir à faire avancer mes dossiers, qui touchent les gens.
J’ai aussi une certaine fierté face au chemin parcouru. Femme de gauche, libraire, maman de trois enfants, je suis parvenue à occuper cette fonction. Pour en arriver là, j’ai dû faire des choix tout au long de mes années d’engagement politique.

Les finances de l’Etat entrent dans une phase difficile. Le Gouvernement s’apprête à prendre des mesures. Quel esprit voulez-vous insuffler aux débats?
Un esprit de discussion et de dialogue. Nous avons déjà mis en place des groupes de travail. Une série de mesures ont été proposées par les directions. Nous devons maintenant les examiner. Lors des séances du Conseil d’Etat, mon rôle sera de trouver un chemin afin que les décisions puissent être prises dans la plus grande sérénité possible.

En tant que directrice de la Santé, vous risquez d’être victime des velléités de la droite de couper dans le social. Etes-vous prête à vous défendre?
Oui, je suis prête à me battre bec et ongles pour mes projets. Mais je ne vais pas imposer mon point de vue, en jouant sur mon statut de présidente. Je n’ai aucune velléité d’affirmer que la santé est une direction plus importante que les autres. Même si je suis consciente que ce domaine absorbe un tiers du budget de l’Etat et qu’il représente une part importante de l’augmentation des charges.
Nous devons nous mettre d’accord sur des priorités, priorités qui nous sont notamment dictées par l’augmentation de la population et son vieillissement. ll existe toute une série d’enjeux en termes de formation, d’aménagement du territoire, de politique énergétique et de développement économique. Il faudra effectuer un savant dosage de ces priorités.

Tous ces dossiers ne vous empêcheront pas d’aller à la rencontre des Fribourgeois. Le fait de siéger au Conseil d’Etat vous a-t-il éloigné des gens?
Non, je ne pense pas. J’essaie de garder une certaine proximité dans mon travail au sein de ma direction. Je suis très disponible. Je réponds volontiers aux sollicitations. J’ai entrepris des visites dans les EMS et les institutions spécialisées. J’aime ce contact, parce que nous ne pouvons pas faire des lois, isolés de tous, à la route des Cliniques. J’ai besoin d’aller discuter sur le terrain, de comprendre ce que les gens vivent au quotidien.

 

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Entre hôpitaux et présidence
Le Conseil d’Etat devrait se déterminer en 2013 sur la réorganisation de l’Hôpital fribourgeois (HFR), un dossier que vous supervisez en tant que directrice de la Santé et des affaires sociales. Avec votre mandat de présidente du Gouvernement, l’année s’annonce particulièrement chargée?
Oui, cela va être une grosse année. Ma direction s’occupe de problèmes complexes, notamment celui des hôpitaux. Depuis le début des discussions sur l’introduction du nouveau financement hospitalier, le Conseil d’Etat a la volonté de rester solidaire sur ce dossier. Lorsque nous aurons les résultats de l’étude de faisabilité, nous pourrons arrêter une vision globale. Il faudra ensuite expliquer cette stratégie à la population.
Cette réflexion du Conseil d’Etat s’inscrit clairement dans la perspective d’un positionnement de l’HFR entre l’Inselspital de Berne et le CHUV à Lausanne. Je suis convaincue qu’il est de ma responsabilité politique de faire ces réflexions, pour être sûre que, dans dix ou quinze ans, le canton abrite encore des soins aigus. Il s’agit de construire un système hospitalier performant, qui demeure attractif pour les médecins.

Ces questions sont extrêmement émotionnelles. Les soins aigus dans les hôpitaux régionaux sont notamment menacés. La décision a-t-elle déjà été prise, comme certains le craignent?
Je m’inscris en faux contre cette idée. Il n’y a eu aucune décision, puisque le Conseil d’Etat attend les résultats de l’étude de faisabilité. Aujourd’hui, personne ne peut affirmer qu’il n’y aura, à l’avenir, qu’un centre de soins aigus dans le canton. Je pense que la variante avec deux antennes garde toutes ses chances. Sans compter que, dans des hôpitaux de réadaptation comme à Meyriez, on peut conserver des lits de médecine aiguë, notamment pour les personnes âgées. Evidemment qu’il faut un centre fort, mais cela ne présume pas du reste.

Vous avez été passablement chahutée au Grand Conseil l’été dernier. Comment l’avez-vous vécu?
Tant que les discussions se limitent aux dossiers, je n’ai pas de problème avec cela. Cela fait partie des règles du jeu. Le débat au Grand Conseil ne m’a pas dérangée. Ce que j’ai trouvé difficile, c’est plutôt le communiqué de presse du soir, qui contenait des attaques personnelles.

N’avez-vous jamais été tentée de changer de département et d’abandonner cet épineux problème des hôpitaux?
Quand j’ai pris la Direction de la santé, j’étais très contente, parce qu’il s’agissait des thèmes que je traitais déjà au Grand Conseil. Lorsque nous avons refait la répartition, il n’était pas question pour moi de changer. J’avais envie de mener à bien les projets que j’avais lancés. Cela fait un certain temps que nous préparons l’introduction du nouveau financement hospitalier. Je savais que cette période à la tête de la DSAS ne serait pas facile. Je suis repartie pour cinq ans en toute connaissance de cause. DM
 

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