De la Gruyère aux forêts sauvages de Tasmanie

| sam, 05. Jan. 2013
En 1972, René Rime quittait la Gruyère pour l’Australie. Ebéniste, designer, sculpteur, il a collectionné les travaux prestigieux. De passage en Suisse, il évoque son pays d’adoption.

PAR ERIC BULLIARD


A l’époque, il lui a fallu deux mois de voyage, à bord du Galileo Galilei, via le cap de Bonne-Espérance. Nous sommes en 1972. René Rime, 24 ans, quitte Gruyères pour rejoindre l’Australie. Il prévoit d’y rester deux ans. Quatre décennies plus tard, il y vit toujours. De retour en Suisse pour les fêtes, il raconte son parcours d’émigré, de peintre, de designer, de maquettiste… et d’amoureux de son pays d’adoption.
Boucles et barbe blanches, rire prêt à éclater à tout moment, René Rime évoque son départ comme s’il datait de l’année dernière. «Je voyais mes copains qui se mariaient. Moi, je n’avais pas envie de m’installer trop vite…» Un ami de Grandvillard, Meinrad Borcard, le convainc alors de tenter l’aventure, à l’autre bout du monde.
«Il devait partir avec quel-qu’un d’autre, qui a renoncé. Je me suis décidé assez rapidement.» Alors qu’il avait suivi une formation d’ébéniste et de dessinateur, il trouve un premier emploi dans une usine qui rechape les pneus. «On nous a expliqué qu’il fallait faire attention aux redbacks, des araignées qui trouvaient refuge dans les pneus…»
A son arrivée en Australie, René Rime ne parle guère anglais. Il se rend en Tasmanie pour suivre des cours et y rencontre Libby, sa future femme, d’origine chinoise. «Et ça m’a coupé les ailes», lance-t-il en riant. Avant de reprendre: «Je me suis attaché à ce très beau pays.» Il raconte comment un jour, tout au sud, face à la mer, il a cru entendre, dans le fracas de vagues, des échos de Call of the sea, une symphonie d’Eric Ball qu’il avait jouée au sein de la fanfare de Gruyères…


Pour la famille royale
En 1974, René Rime revient en Gruyère avec Libby. Le premier de leurs quatre enfants naît d’ailleurs à Riaz. Deux ans plus tard, la famille retourne à Hobart, capitale de la Tasmanie. Ce sera ensuite Toowoomba, en Australie, pendant une douzaine d’années, avant de s’installer à nouveau à Hobart, en 2006.
Dans son riche parcours professionnel, une constante: son habileté manuelle et son talent de dessinateur. «J’ai toujours aimé ça. Petit déjà, je dessinais tout le temps.» Une passion qu’il partage non seulement avec son frère, Jacques, le célèbre peintre animalier resté en Gruyère, mais aussi avec son épouse, portraitiste exceptionnelle de finesse.
Son art, René Rime l’a mis au service d’activités très diverses, pour une entreprise de textiles, par exemple, ou une autre de meubles haut de gamme, raffinés à l’extrême, avec marqueterie, compartiments secrets et design art déco. «Nous avons fait des meubles pour la famille royale d’Angleterre, pour de riches cheikhs arabes, pour des millionnaires en Australie et en France… Je dessine encore un peu pour cette compagnie. Maintenant, je fais aussi des meubles chez moi, pour le plaisir. Parce qu’on trouve là-bas de très beaux bois.»


Maquettes et monuments
Même avec son C.V. sous les yeux, difficile de suivre les étapes de cette carrière. Avec Libby, ils ont créé leur propre business (Rime Chan Design) et leur école d’art, à Toowoomba. René Rime a aussi été sollicité par le Park and Wildlife Service de Tasmanie, pour réaliser quatre maquettes des forêts humides de l’île. «Elles passaient dans les écoles pour sensibiliser les enfants à ces forêts. Aujourd’hui, elles se trouvent au musée.»
De son côté, la Division Antarctique du Gouvernement australien lui a commandé des modèles réduits, extrêmement précis, de ses quatre stations du pôle Sud. «Ils servent à la préparation des équipes qui se rendent sur place. Elles les aident à mémoriser la disposition des bâtiments, ce qui peut leur éviter de se perdre dans le mauvais temps…» En 1991, René Rime a également conçu un monument de Hobart, l’International wall of friendship, qui comprend une cinquantaine de pierres des différentes communautés d’immigrants. Et, douze ans plus tard, à Toowoomba, le mémorial pour les soldats tombés au Vietnam et en Corée.


«Liauba» au bout du monde
Ce parcours, ces commandes prestigieuses, René Rime les raconte sans forfanterie, en ponctuant ses phrases d’éclats de rire. Avec cet accent gruérien qu’il a conservé intact. A peine a-t-il parfois une légère hésitation sur un mot, quand il parle des maquettes qui devaient «promote le département»… A l’entendre, on sent que la Suisse ne l’a jamais vraiment quitté, lui qui se dit heureux d’avoir récemment pu chanter la messe avec le chœur de Gruyères.
Parce que la musique fait partie de ces morceaux de la Gruyère qu’il a emmenés à l’autre bout du monde. «Là-bas, j’ai dirigé un chœur suisse pendant quinze ans… On chantait de la youtse.» Il y a deux ans, il a fondé un autre ensemble, Méli-Mélo. Il montre  le programme du dernier concert de Noël, qui se concluait par un Liauba… «J’ai fait un arrangement pour chœur, cors des Alpes, flûte douce et orgue!»

 

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Wombats, wallabies, eucalyptus…
Quand on lui demande ce qui lui manque de la Suisse et de la Gruyère, alors qu’il vit depuis quarante ans en Australie et en Tasmanie, René Rime n’hésite pas une seconde: «Ma famille! Et ça me ferait plaisir, parfois, de rencontrer un copain d’école.» Il faut dire qu’avant de partir, en 1972, il était actif et connu dans la région, ne serait-ce que par son appartenance à la fanfare de Gruyères et au Chœur-Mixte de Bulle. «Les premières fois que je revenais, je ne pouvais pas faire dix mètres dans la rue sans qu’on m’arrête… Mais plus je deviens vieux, moins on me reconnaît.»
La Tasmanie, rappelle volontiers René Rime, compte 500000 habitants («une population très sympathique»), pour un territoire grand comme une fois et demie la Suisse. Dont la moitié vit dans la capitale, Hobart. «Le pays est très sauvage. Dans le sud-ouest, vous avez des rivières qui, de la source à la mer, ne sont pas traversées par un seul pont.» S’y ajoutent «des fruits de mer exceptionnels, d’excellents vins, de bons fromages… Au nord, il y a de grandes fermes avec des étendues de tulipes et de lavande. A l’est, la côte est sèche, alors qu’à l’ouest se trouvent de grandes forêts humides…»
Durant son temps libre, René Rime dessine et peint volontiers la nature et les animaux qui l’entourent. Dans le salon de sa sœur, à Vuadens, il est d’ailleurs assis sous un de ses tableaux, représentant une vue du très sauvage parc national de Kakadu, au nord de l’Australie. Sur un autre mur, un troupeau de moutons, sous la neige, dans une forêt que l’on devine immense. Un berger se fraie un chemin entre des gum swamp, des eucalyptus qui sont «les plantes à fleurs les plus hautes du monde».
Un héritage paternel
Côté faune, il peint volontiers des wombats, ces marsupiaux «placides, solides». Le voici parti dans une description des wallabies, ces petits kangourous qui ont l’art de traverser la route juste devant votre voiture, puis dans des évocations de l’étonnant ornithorynque, de l’opossum, de l’oiseau-lyre, sans oublier le diable de Tasmanie, espèce endémique menacée d’extinction par un cancer contagieux et incurable.
Issu d’une famille de huit frères et sœurs, René Rime a le même accent passionné que son frère Jacques, peintre animalier, quand il évoque la nature, les animaux, les arbres. «Ça doit venir de notre père, qui était forestier, sourit-il. Quand il rentrait, il nous racontait les animaux qu’il avait observés. Et c’est tout juste s’il ne nous disait pas qu’il avait vu des nains…» EB

Commentaires

Ah! quel plaisir de te revoir, malheureusement seulement en photo, ça doit bien faire dix ans. J'habite Avenches, et je ne remonte pas à Gruyères ces prochains jours. Je pense souvent à toi. J'ai vu également un message de Roger, que de souvenirs. À bientôt peut-être. Francis fsudan47@gmail.com
Tous mes voeux,2013,à ta propre famille,ainsi qu'à tes frères et soeurs !Tu te souvient de moi,les années 1955 à 1960,à Gruyères.Voiçi,mon adresse Hotmail.rime_roger@hotmail.com
Salut René, quel plaisir de connaître ton beau parcours. Très souvent, nous nous sommes demandés comment tu allais ainsi que ta famille. Te souviens-tu des beaux moments et surtout de la naissance de nos premiers enfants? J'aimerais bien te rencontrer. Mon adresse gremaud.marie-helene@netplus.ch J'espère à bientôt. Gérald
Salut René, quel plaisir de connaître ton beau parcours. Très souvent, nous nous sommes demandés comment tu allais ainsi que ta famille. Te souviens-tu des beaux moments et surtout de la naissance de nos premiers enfants? J'aimerais bien te rencontrer. Mon adresse gremaud.marie-helene@netplus.ch J'espère à bientôt. Gérald

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