La Poya comme outil de promotion touristique

| sam, 19. Jan. 2013
Enfant de Neirivue, Edgar Schorderet mène la Poya 2013. Sans nostalgie du passé, la fête veut promouvoir la région. Il dépassera le 1,5 million prévu. Le président se dit confiant. Interview.

PAR JEAN GODEL


«Je me suis rendu compte que je restais entrepreneur dans l’âme.» Edgar Schorderet dit cela à propos de l’entreprise qu’il a créée il y a deux ans. Voilà qui explique aussi sa candidature spontanée, en 2010, à la présidence de l’Association gruérienne pour le costume et les coutumes (AGCC), organisatrice de la Poya d’Estavannens depuis sa création en 1956 par Henri Gremaud et André Corboz. Lisant que l’association ne trouvait aucun successeur à Raymond Gremaud, fatigué par les éditions mammouths de 1989 et 2000, Edgar Schorderet a donc levé la main.
A quatre mois de la septième Poya d’Estavannens du 8 au 12 mai, La Gruyère a rencontré cet habitant de Marly qui, pour être le fils de l’ancien chef de gare de Neirivue et né à Montbovon, n’est pas vraiment du sérail: «patron» du costume et des coutumes en Gruyère, cet ingénieur civil n’a même pas encore de bredzon dans son armoire.

Qu’est-ce que la Poya d’Estavannens pour vous?
Pour mes prédécesseurs, c’était la tradition, la culture profonde de la Gruyère, les valeurs du passé. Tout ceci demeure. Mais la Poya doit aussi servir à mettre Estavannens, l’Intyamon et la Gruyère en avant. C’est clairement une occasion de faire de la promotion touristique.

On est loin du message des fondateurs lié à la célébration du patrimoine pastoral confronté au monde moderne…
Non, pas du tout. C’est de là que l’on part, c’est sur ces valeurs que l’on construit. Nous avons d’ailleurs demandé à l’historien François Rime un historique des premières éditions pour en trouver le fil rouge. Mais en 2013, on regarde les temps modernes, sans nostalgie. Il ne s’agira pas de pleurer sur le passé. Et puis, le monde agricole a changé.

Quel est ce fil rouge alors?
C’est la part de notre thème «Sacrées montagnes!» liée à la pénibilité du labeur sur les alpages. Et ces valeurs demeurent, y compris celles du patrimoine immatériel. Mais pour nous, la Poya est aussi un rassemblement pour les familles et les Fribourgeois, y compris ceux de l’extérieur. Dans ce moment sympathique de rencontre, de fête, nous mettrons en avant le chant de chez nous, avec les groupes de l’AGCC, la messe d’Oscar Moret composée pour la Poya, et le spectacle qui célèbre ses fondateurs. Donc un lien étroit nous relie aux autres éditions, tout en évoluant.

Pourquoi se porter candidat?
Au départ, j’ai abordé cette Poya dans l’optique du management d’un projet. Je suis ingénieur, j’ai dirigé de nombreux grands chantiers dans le monde. Pourquoi pas un projet culturel, bénévole, qui mobilise tant de Gruériens? C’était un défi de gestion de projet. Mais très vite, j’ai été saisi par le contenu culturel de la Poya que je ne connaissais pas. Je découvre un monde fabuleux, un défi magnifique.

Avez-vous été accepté par les dépositaires de la Poya?
J’en ai l’impression. Mais il est vrai que j’entends des boutades du genre: «Avec Schorderet, est-ce qu’on aura encore des vaches au cortège?» Alors oui, il y a eu quelques «clashes» au comité, mais on a pour règle de se dire les choses et on s’entend très bien. Et il y en aura encore, mais ce qui compte c’est que le dialogue soit franc et direct.

Vous êtes moins ancré dans la société locale qu’un Raymond Gremaud ou un Jean-Jacques Glasson, président de la Poya de 1976. Chance ou inconvénient?
Ça dépend. Organiser la Poya en 2013 est totalement différent qu’en 1989 ou en 2000. Les fermes qui servaient aux cantines ont disparu ou ont été rénovées. Avant, les parkings concernaient tous les paysans qui fauchaient tous un bout de champ. Aujourd’hui, on en touche deux ou trois qui doivent gérer leur fourrage. Et il y a encore les questions d’hygiène, de sécurité, de protection des animaux. Enfin, la RTS n’est plus la TV Romande…

Est-il vrai que la RTS demandait 140000 francs pour venir?
Elle vient sans autre pour couvrir l’événement aux informations. Mais pour la production d’émissions en direct, elle demandait un montant important. Nous ne pouvions pas nous le permettre. On a donc trouvé un montant, très nettement inférieur, dans le cadre de la Nouvelle politique régionale.

Qu’avez-vous apporté, vous qui venez de l’extérieur?
Cette Poya réserve des surprises qui mêleront les valeurs que des Raymond Gremaud et consorts ont beaucoup mieux cultivées que moi à un côté plus moderne. Ça se voit dans notre volonté d’en faire un événement qui profite au tourisme et à l’économie de la région.

La Poya vous a-t-elle aussi réservé des surprises?
Oui, c’est vrai que la tâche est devenue grandiose. Je ne connaissais pas la ferveur des gens de l’Intyamon autour de l’événement. Je ne m’attendais pas non plus à ce que les communes de la vallée se mobilisent autant. L’Association régionale la Gruyère a aussi joué un rôle. Enfin, les coûts ont fortement évolué par rapport à 2000.

On en est toujours à 1,5 million?
Je pense qu’on va dépasser un peu cette somme, comme les rentrées prévues durant la fête d’ailleurs. Au total, on doit trouver 500000 fr. de sponsoring en cash et en prestations. On en a pour l’heure réuni la moitié. Je suis confiant.

Où en êtes-vous dans le recrutement des bénévoles?
Il nous en faut plus de 1000. Il en manque encore, mais nous avons déjà quelques centaines de personnes qui travaillent. Et les gens s’annoncent au fur et à mesure via le site internet. La Poya pourrait capoter si l’on n’a pas assez de bénévoles. Le recrutement est donc un souci majeur.

Estavannens vous suit-il?
Oui. Au départ, on a entendu des gens se plaindre de ne pas avoir reçu assez d’informations. C’est peut-être vrai, mais nous ne voulions pas communiquer ce qui n’était pas encore arrêté. Il était aussi important que les autorités de la commune de Bas-Intyamon, née après la dernière Poya, soient mobilisées. Il était hors de question de ne discuter qu’avec les gens d’Estavannens: c’est Bas-Intyamon qui est désormais notre territoire. On se demandait même au comité si cette Poya ne pouvait pas être un élément rassembleur pour l’Intyamon.

La Poya n’alimente-t-elle pas aujourd’hui sa propre mythologie, avec, entre autres, un spectacle qui célèbre ses fondateurs?
Peut-être, oui. Mais le plus important c’est le rassemblement. Et puis il faut cultiver ces traditions-là. Déjà parce qu’il y a une demande de la part du public. Notre message n’est pas politique, il ne vise pas à faire renaître quoi que ce soit. C’est un message de fête.

Vous y tenez beaucoup à ce spectacle…
Oui, nous avons voulu quelque chose de plaisant, d’intéressant, qui fasse rêver.

N’exagère-t-on pas cette Poya?
Non! C’est un événement rassembleur dans un lieu lui aussi mythique, avec la mobilisation de toute une population. Selon la RTS, c’est l’événement majeur de 2013 en Suisse Romande!

La Poya fige-t-elle la Gruyère?
Non, elle fera évoluer la perception de ses valeurs profondes.

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