Se parer de souvenirs pour le carnaval

| jeu, 31. Jan. 2013
A l’aube du 30e Carnaval des enfants qui se déroulera ce week-end, retrouvailles avec quelques irréductibles. Quand les souvenirs partent en confettis.

PAR YANN GUERCHANIK

Frénétiques organisateurs, ils ont des kilomètres de carnaval au compteur. Les réunir, c’est siroter des hectolitres de souvenirs. Le Carnaval des enfants fêtera sa 30e édition ce week-end à Bulle (lire ci-dessous). Sur le gâteau d’anniversaire, on rallume les flammes d’antan.
Autour de la table: l’actuel président Yves Geinoz, Raphaël Boschung (vingt ans de comité), Chantal Bussard (active depuis 1976), Michel Thomet (président des trois premières éditions et «carnavalier» depuis belle lurette), Jean-Luc Thomas (quelque 25 éditions à son actif)… batailles de confettis et d’anecdotes.
C’est parti pour un voyage dans le temps. En 1905, on appelle les festivités La Cavalcade. «L’Harmonie de la ville de Bulle avait organisé cette première édition pour s’offrir le kiosque à musique de la place du Marché, explique Jean-Luc Thomas. L’idée était de populariser la musique en jouant à l’extérieur.»
Un temps d’avant qui dura jusque dans les années 1960. Dès lors, le carnaval mua et se définit principalement par des bals masqués organisés un peu partout en ville. Au revoir le cortège, bonjour les costumes. «Une horreur! ironise Jean-Luc Thomas. Chaque établissement faisait son bal jusqu’au Mardi gras. Des dames achetaient jusqu’à quatre costumes et charriaient les hommes. On a connu des époux qui se draguaient sans le savoir.» A 78 ans, Michel Thomet a vécu cette ère croustillante qui donnait lieu à «bien des scènes de ménage».


Grande parade des chars
Il était aussi de la partie au moment où le FC Bulle reprit les rênes en 1975. «Pendant sept ans, il s’appelait le Grand Carnaval, se remémore le doyen. La ville était pleine de monde et l’on rivalisait alors avec Monthey et les Brandons de Payerne.» L’affaire était financière: le FC Bulle évoluait en ligue nationale et le carnaval devait remplir les caisses.
«Quand les recettes se sont mises à baisser, la manifestation est tombée à l’eau.» Le faste d’alors laisse encore quelques éclats de nostalgie dans les yeux. «En 1980, par exemple, on ne dénombrait pas moins de 13 chars», rappelle Chantal Bussard. Et Jean-Luc Thomas de préciser que, pour fabriquer ces derniers, on se ravitaillait dans la ville transalpine de Viareggio, qui célèbre l’un des plus importants carnavals d’Europe.
Parqués dans un ancien dépôt Glasson – à l’endroit des actuelles cases postales – les chars avaient fini ravagés par les flammes. Un incendie qui aura sans doute précipité la fin de la manifestation. Mais seuls demeurent les bons souvenirs chez nos joyeux drilles. Comme cette édition de 1979, où le comité s’était mis en tête de faire défiler des éléphants.
Une idée saugrenue, mais pas totalement irréaliste grâce à l’entremetteur Joseph Rime, patron de Salami Epagny et sponsor du FC Bulle. «Il nous avait emmenés à Rapperswil pour demander quelques éléphants à la famille Knie», raconte Jean-Luc Thomas. Un voyage plein d’imprévus qui vit la délégation bulloise se rabattre le jour même… sur des dromadaires. Les Bullois les avaient dénichés au milieu des vaches, dans une écurie au bord du lac de Constance.


Les temps changent
Les ambassadeurs du carnaval l’avouent volontiers: l’engouement du public s’est perdu au fil des années. La faute peut-être à une offre d’activités de plus en plus abondante. Un autre point met tout le monde d’accord: les sociétés ont changé. «Aujourd’hui, tu fais de la gym pour faire de la gym, tu fais du foot pour faire du foot», s’exclame Yves Geinoz.
«Les membres d’une société ne se voient plus beaucoup en dehors de leur activité principale, renchérit Jean-Luc Thomas. Sans compter que les sociétés de jeunesse sont très occupées.» Autrement dit, ce ne sont plus elles qui font vivre le carnaval aux côtés des guggenmusiks. Un facteur déterminant au moment où la manifestation devient le Carnaval des enfants.
En 1983, le comité de sauvetage peut s’appuyer sur les piliers que sont la guggenmusik La Ronflante et l’équipe du Char du Crapaud (le char finira brûlé en tant que Bonhomme Hiver), mais il trouve également un nouveau renfort auprès des écoles, notamment auprès de l’instituteur bullois Gérard Uldry.
Depuis trente ans maintenant, le carnaval suit la foulée des enfants. Depuis trente ans, le public y est convié gratuitement. «C’est grâce à la vente du journal Le Qrapaud que nous avions pu financer les premières manifestations», rappelle Michel Thomet. Le journal satirique faisait frémir autant qu’il se vendait. «On en écoulait 5000 exemplaires en tout cas.»
Une situation résume bien la portée du Qrapaud: une année,, les édiles bullois avaient mis la pression pour lire le journal avant sa distribution. Subrepticement, on était parvenu à immortaliser la scène. La photographie s’était retrouvée en couverture de l’édition suivante.
La dernière page du Qrapaud se tourna en 2006, au grand désespoir de Michel Thomet. «Je me refuse à croire qu’il est mort. Comme la Belle au bois dormant, je suis sûr qu’il se réveillera un jour!» Il fut un temps où le carnaval était bien plus populaire et les «carnavaliers» bien moins sages.

 

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Nouvel espace pour le 30e
Le 30e Carnaval des enfants se déplace. Une cantine plus grande que d’habitude occupera la place du Marché, devant l’Institut Sainte-Croix. Pour la première fois, une disco pour les ados y sera organisée vendredi, en fin d’après-midi, par le Centranim. «On voulait s’adresser aussi aux ados, pas uniquement aux plus petits et aux plus grands», explique le président de la manifestation Yves Geinoz.
Dix guggenmusiks animeront le cortège du samedi après-midi. Près de 400 enfants des écoles défileront. Dimanche, le public est convié à un concert gratuit de Sonia Grimm. Le week-end sera également l’occasion de fêter les vingt-cinq ans de la guggenmusik Au Pas de la Boille. Avant que le Bonhomme Hiver ne brûle, le public verra également défiler la véritable diligence du Gothard. «Un véhicule d’époque sur lequel trôneront des pionniers du carnaval»,
se réjouit l’organisateur Raphaël Boschung. YG

Bulle, du 1er au 3 février, programme complet sur www.carnavaldebulle.ch


 

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