Roger Jaquet, le «Monsieur solutions» de la Poya 2013

| sam, 23. fév. 2013
Du 8 au 12 mai, la Poya d’Estavannens devrait accueillir 60000 visiteurs. Ancien syndic, homme clé de l’organisation, Roger Jaquet explique sa mission. L’occasion pour lui de faire le point sur la situation.

PAR JEAN GODEL


Il serait la cheville ouvrière des Poyas d’Estavannens de 1989, 2000 et 2013, celui sans qui rien ne serait possible. Roger Jaquet, l’un des vice-présidents du comité directeur, mais surtout le responsable de la commission exploitation, réfute en bloc: «Sans les dizaines de bénévoles qui travaillent depuis des mois au sein des diverses commissions et sous-commissions, il n’y aurait pas de Poya!» Tout juste reconnaît-il être l’homme de l’ombre.
Son rôle? Trouver des solutions. Et les problèmes étant nombreux, l’homme ne manque pas de travail. Chef de section au Service financier cantonal, Roger Jaquet, 58 ans, aurait logiquement dû se retrouver à gérer l’imposant budget de 1,5 million de francs de la Poya 2013. Voire à la place de Raymond Gremaud, président des éditions de 1989 et 2000 dont il était le bras droit. Mais non: lui préfère rassembler les hommes plutôt que les sous.
«C’est vrai qu’à Estavannens, je connais tout le monde», lâche-t-il du bout des lèvres. On le croit volontiers: longtemps secrétaire-caisssier de la société de laiterie et membre de la société de musique, membre actuel du chœur mixte, mais surtout conseiller communal d’Estavannens durant vingt-trois ans dont treize comme syndic jusqu’à la fusion en 2004, Roger Jaquet est l’homme de terrain providentiel. «Vu mon passé, j’ai quelques filons avec les différents acteurs.»
Il fait aussi le pont entre l’Association gruérienne pour le costume et les coutumes (AGCC), dépositaire et organisatrice de l’événement depuis sa création en 1956, et les troupes sur le terrain. Ce qui fait du monde: en plus de l’équipe organisatrice d’une centaine de personnes, entre 1000 et 1200 bénévoles s’activeront durant les festivités. Roger Jaquet est donc au centre de nombreux rouages, à s’assurer qu’ils tournent bien.


Parfois dire stop au comité
D’autant plus que le rôle de l’AGCC est plutôt stratégique: concept, budget, communication… Avec ses équipes, Roger Jaquet doit penser à tous les détails qui découlent de telles options. «Parfois, je dois dire stop au comité.» Un comité pas toujours assez terre à terre, comprend-on entre les lignes.
Les défis ne manquent pas: hygiène, urgences médicales, sécurité, gestion des déchets, autant de domaines où les prescriptions se sont durcies depuis l’édition de 2000. Mais la gageure sera à coup sûr le ravitaillement dans un village de 400 âmes qui, durant cinq jours, accueillera 60000 personnes. Comme il connaît tout le monde, Roger Jaquet a déjà réglé certains points à sa façon: «J’ai réuni quelques fromagers de la région qui se sont mis d’accord sur une assiette de fromages locaux. Même chose avec les boulangers: je veux travailler avec les artisans de la Gruyère.»
N’empêche: 2013 pourrait bien être l’édition de la taille limite. «Les visiteurs voient en cette fête un retour aux sources. Ils veulent donc qu’elle reste simple», juge Roger Jaquet. Une chose est sûre: la Poya ne sera jamais une foire marchande. Tout juste y trouvera-t-on des produits du terroir. «Il n’est pas question que l’on se vende!»


La fête des retrouvailles
Le prix à payer, si l’on peut dire, pour réunir le budget, c’est la présence (les pressions?) toujours plus forte des sponsors. Et ça, ça le gêne aux entournures, Roger Jaquet: «Le sponsoring apporte beaucoup, bien sûr. Mais il faut faire attention.» Pour cette édition, il ne devrait donc pas y avoir de tribunes ni de toilettes VIP à Estavannens…
Tout devrait être fait pour que la fête soit belle. Même si l’économie alpestre se porte mieux qu’en 1956 (il ne restait alors qu’une poignée de chaudières dans les Préalpes fribourgeoises), même si Estavannens ne compte plus que huit exploitations agricoles, Roger Jaquet tient à cette fête des retrouvailles avec le monde pastoral.
Lui qui n’est pas fils de paysan, il a «couraté» toute son
enfance autour des chalets, comme tous les gamins du village. Aujourd’hui, son beau-fils, agriculteur à Charmey, tient un alpage au Gros-Mont. Et chaque année, Roger Jaquet prend des vacances pour aider à clôturer. Alors même si, pour la plupart, les Gruériens sont devenus des cols bleus et des cols blancs, il comprend qu’ils tiennent à leurs racines: «On a besoin de ressentir cette âme paysanne.»
Une Poya plus destinée à rappeler leurs origines aux Fribourgeois désormais citadins qu’à défendre le monde pastoral? «La Poya n’est pas simplement du folklore, rectifie Roger Jaquet: dans nos montagnes, le monde pastoral reste une réalité qu’il est bon de montrer. C’est toujours bien de soutenir ceux qui travaillent dur dans les alpages. Parce qu’il faut être fou pour faire ce qu’ils font!»

 

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«La fondue est en train de prendre»
«Idéalement, il faudrait que la Poya ait lieu en automne…» La boutade n’amuse qu’à moitié Roger Jaquet, responsable de la commission exploitation de la Poya 2013: en mai, la végétation est en pleine croissance et le passage de milliers de voitures laisse des traces durables dans les champs transformés en parkings. «Mais on s’est mis d’accord sur les indemnisations», rassure le «Monsieur solutions» du dispositif opérationnel.
Quel est le dossier le plus compliqué? «Tout est compliqué!» répond-il du tac au tac. On le croit. Tout a été prévu: un médecin et deux infirmières sur place avec ambulance et place d’atterrissage pour hélicoptère; un plan beau temps et un autre mauvais temps pour les parkings; une desserte massive en transports publics…
Les normes de sécurité, elles, se sont renforcées. Illustration: dès qu’un lieu fermé peut contenir plus de 80 personnes, il faut une deuxième porte. «Mais bon, on ne va pas creuser une porte dans une grange pour ça.» Le cas échéant, la capacité sera adaptée. L’hygiène aussi a ses contraintes: du matériel devra être mis à disposition des travailleurs dans tous les lieux de restauration: gants, tabliers, sabots, eau courante.
Roger Jaquet avoue quand même que le plus gros casse-tête est l’organisation de l’intendance. A mettre en place: 19 points de ravitaillement pour éviter les cohues, un système de bons pour le paiement, un stockage des denrées dans des remorques réfrigérées (à camoufler, les remorques), 200 bonbonnes de gaz à entreposer. La liste n’est pas exhaustive, faut-il le préciser? Quant aux quantités à commander, c’est encore le flou, même si Roger Jaquet a déjà dû donner des estimations aux fournisseurs: cinq tonnes de pain et entre 500 et 750 jambons.


Limites atteintes
Alors, enfer ou paradis pour l’instant? «Purgatoire», botte-t-il en touche. Mais Roger Jaquet sait déjà qu’il ne profitera pas de la fête: «Je serai au PC pour régler les problèmes. Je regarderai le DVD après.»
Pour l’heure, entre 300 et 400 bénévoles sont sûrs. Il en faudra entre 1000 et 1200. «Les gens s’annoncent au dernier moment, quand il y a du concret.» S’il réfute l’impression que la magie n’a pas encore pris dans la vallée, il reconnaît que l’esprit d’engagement de la population a évolué. «Connaissant les gens du coin, je ne me fais pas trop de souci. On est en train de mélanger la fondue et ça prend!»
Pour autant, il reconnaît que la fatigue se fait sentir au sein des équipes déjà à pied d’œuvre. «Je pense qu’on a atteint les limites en termes de travail à fournir.» JnG
Infos et inscriptions des bénévoles sur www.poya2013.ch

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