Son renoncement suscite une admiration unanime

| lun, 11. fév. 2013
Stupeur. Le pape Benoît XVI a annoncé hier sa démission. Il invoque sa vigueur qui s’est amenuisée. Réactions à chaud.

PAR PRISKA RAUBER ET ERIC BULLIARD


Un sentiment général, hier, quand le pape Benoît XVI a annoncé sa démission (ou plutôt sa renonciation) pour le 28 février: la surprise. A bientôt 86 ans, il a déclaré que «dans le monde d’aujourd’hui, sujet à de rapides changements,  la vigueur du corps et de l’esprit est aussi nécessaire». Et que cette vigueur, «ces derniers mois, s’est amoindrie en moi d’une telle manière que je dois reconnaître mon incapacité à bien administrer le ministère qui m’a été confié». Réactions glanées à chaud.

L’évêque
Celle de Mgr Charles Morerod d’abord, évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg: «J’ai été très surpris, au point que j’ai cru, au début, qu’on me faisait une farce. Mais au fond, j’avais tort d’être surpris, parce qu’après son élection, le pape avait déclaré que si un jour ses forces ne lui permettaient plus d’exercer cette fonction, il renoncerait.»
C’est en août dernier qu’il a remarqué sa fatigue: «Il avait quelques difficultés à monter des escaliers et ça m’a frappé. Il ne faut pas oublier que diriger l’Eglise est un travail très lourd pour un homme de 86 ans.» Sur ses huit années de pontificat, Mgr Morerod relève son côté «théologien et mystique. C’est quelqu’un qui s’est beaucoup préoccupé de la question de comment se référer à Dieu dans la société contemporaine. Plus que les structures, c’est vraiment la question de Dieu qui l’intéressait.»

L’historien
Bien qu’il ne soit pas «dans le secret de la Curie», le professeur émérite Francis Python livre ses premières réflexions. «Le pape Benoît XVI est un grand intellectuel, un esprit fin. Il a peut-être ressenti une certaine dégradation de sa vivacité d’esprit. Donc, par honnêteté intellectuelle, il a choisi de se retirer.» Un acte qui contraste avec la fin du pontificat de Jean Paul II, «dont l’Eglise a fait l’apologie à l’époque, évoquant sa persévérance à rester à la tête de l’Eglise comme exemple de respect  des personnes âgées et malades. Mais cette fin de pontificat a gêné beaucoup de monde.»
C’est en effet la Curie qui gouvernait l’Eglise, et non plus le pape. «A ce moment-là, Joseph Ratzinger était responsable de la Congrégation pour la doctrine de la foi (la plus ancienne des neuf congrégations de la Curie romaine, n.d.l.r.)», précise ce spécialiste de l’histoire politique et religieuse. Le cardinal Ratzinger a donc pu observer de près la relation entre les bureaux  du Vatican et le pouvoir pontifical.
Quant au bilan du pontificat de Benoît XVI, Francis Python estime qu’il doit lui laisser un goût d’inachevé. «Je pense à une chose, mais il y en a sans doute  d’autres chantiers inaboutis. L’an passé, une réconciliation avec la fraternité d’Ecône était, semble-t-il, programmée. Une volonté papale de réconciliation marquée sans doute par l’histoire de la Réforme allemande de Luther. Le théologien Ratzinger estimait que l’Eglise n’avait alors pas su, à temps, se rapprocher des réformateurs pour les ramener à elle. C’est une hypothèse qui demande à être vérifiée plus avant, mais je crois que l’enlisement de ce rapprochement – je ne sais pas d’où vient l’échec, de Rome ou d’Ecône? – a provoqué de la lassitude.»
Ce qui est certain, de l’avis général, c’est que son successeur devra être un peu plus jeune lors de sa nomination – Joseph Ratzinger avait 78 ans. Pour que le pape ait au moins le temps de mener la barque de saint Pierre au large. «Pensera-t-on à un dignitaire  porteur d’une stratégie d’ouverture interne? Je n’en suis pas certain, confie Francis Python. Ou à quelqu’un en prise sur des réalités non européennes? L’historien n’est pas un prophète si ce n’est… du passé.»

Le diplomate
Pour Paul Grossrieder, ancien directeur du CICR, ancien diplomate au Vatican, cette décision est «lucide et courageuse». En analysant le pontificat de Benoît XVI, le Charmeysan estime «qu’il a donné de Vatican II une version qui va à l’encontre des intentions premières. En particulier pour ce qui concerne l’ouverture, la présence au monde, qui était un des grands axes du concile. J’ai l’impression que son souci principal a été de garder un noyau de catholiques très fidèles, au détriment d’une ouverture vers des gens plus marginaux dans l’Eglise.»
Paul Grossrieder regrette sa position concernant l’œcuménisme, envers les protestants notamment. «Il y a eu là un frein, voire un blocage qui est, à mes yeux, regrettable. Dans ses encycliques, je n’ai pas retrouvé le souffle de celles de Paul VI, de Jean XXIII ou de Jean Paul II. Sa grande préoccupation était de ne pas avoir de schisme et il a déployé une énergie démesurée pour tenter de ramener Ecône dans le sérail, quitte à faire certaines concessions à Vatican II. Alors qu’il y aurait énormément à faire avec des Eglises vivantes d’aujourd’hui, en Amérique latine, par exemple. J’espère que le nouveau pontificat sera marqué par plus d’enthousiasme et d’ouverture à la jeunesse.»

Le laïc
Raphaël Pasquier, journaliste au service des émissions religieuses à la RTS: «Je ne m’attendais pas du tout à cette démission, mais en même temps, cette décision ne me surprend pas. J’aurais souhaité que son prédécesseur en fasse autant, au moment où, à l’évidence, il n’était plus capable de conduire la barque. C’est une décision pleine d’humilité, de responsabilité, que je respecte et que je salue. Sans connaître ses raisons profondes, je peux comprendre qu’à 85 ans on commence à avoir quelques soucis de santé et de fatigue… Il a été élu à 78 ans, trois ans après l’âge auquel les évêques doivent donner leur démission. Mais après un accueil assez froid, j’ai été surpris en bien par ce pontificat. Benoît XVI est resté un bon théologien, ses livres l’ont démontré. Il n’a pas eu non plus des attitudes de superstar: avec lui, l’Eglise a retrouvé une position d’humilité.»

Le prévôt
Claude Ducarroz, prévôt de la cathédrale Saint-Nicolas confie être très impressionné par l’humilité du geste. «J’y vois le signe d’un grand serviteur et un exemple fort, qui accentue l’impression que c’est un saint homme: sentir que les forces manquent, le reconnaître et passer la main a de quoi nous faire réfléchir.»
Même s’il est «encore trop tôt pour tirer un vrai bilan» de son pontificat, Claude Ducarroz relève que le pape a «recentré l’Eglise sur l’essentiel, sur le religieux, en étant très soucieux de la rectitude de la foi et de l’unité de l’Eglise.»

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