«Nous attendons encore des améliorations»

| sam, 09. mar. 2013
Le combat des militantes féministes se tourne vers le respect des droits acquis.

PAR DOMINIQUE MEYLAN


On se souvient des grands combats pour le droit de vote ou le congé maternité. Aujourd’hui, l’égalité entre hommes et femmes est inscrite dans la Constitution fédérale. Y a-t-il encore une raison de militer? La réponse est clairement oui, selon différentes associations fribourgeoises qui ont organisé une série de manifestations hier à l’occasion de la Journée internationale de la femme.
La Gruyère en a profité pour faire le point sur cette flamme militante. Habillées de rose en ce 8 mars, Wyna Giller et Natacha Sanglard sont deux féministes convaincues, membres du collectif Femmes en mouvement. La première est aussi secrétaire syndicale au Syndicat des services publics.  

Que signifie pour vous être féministe aujourd’hui?
Wyna Giller (WG): Pour moi, c’est une personne qui essaie de défendre ses droits, d’obtenir des améliorations et de combattre les inégalités qui touchent notamment les femmes. Mais la définition peut dépendre de la classe sociale. Il existe plusieurs types de féminisme.
Natacha Sanglard (NS): Souvent, ce terme est mal utilisé. Par féministes, on entend des femmes qui sont masculines. C’est dommage, parce que nous voulons simplement défendre nos droits.

Le terme féministe est-il devenu un vilain mot?
NS: Non, mais il est souvent mal interprété. Le féminisme évoque tout de suite un combat antihommes. Ce qui n’est pas du tout notre intention.

Comment jugez-vous l’état du féminisme aujourd’hui?
WG: Il y a effectivement eu des avancées au niveau du droit des femmes ces dernières années. Nous allons dans le bon sens. Tous ces droits ne sont d’ailleurs pas tombés du ciel: ils ont été acquis grâce aux luttes féministes du passé. Mais, de nombreuses inégalités, en particulier salariales, persistent: les statistiques parlent de 18% de différence entre hommes et femmes, à compétences et fonction égales. Nous constatons aussi la remise en cause de certains droits: nous nous opposons au plan Berset sur les retraites.

D’un point de vue purement égalitaire, ne faudrait-il pas prôner la retraite à 65 ans pour tous, comme le propose Alain Berset?
WG: Nous ne voulons pas un nivellement par le bas. Nous sommes favorables au progrès social. Il faudrait une retraite à 64 ans pour tous.
NS: Souvent les femmes ont des rentes plus basses. Un tiers d’entre elles ne touchent que l’AVS. La plupart arrêtent de travailler pour élever leurs enfants. Elles investissent beaucoup  de temps dans les tâches domestiques. Elles font des concessions toute leur vie. C’est la raison de cette retraite à 64 ans.

Doit-on conclure que la condition de la femme est en recul?
WG: Les avancées ont surtout eu lieu au niveau formel. Mais ce cadre légal est relativement difficile à utiliser: par exemple, la discrimination à l’embauche n’est pas facile à faire valoir.
NS: Nous ne comprenons pas que des principes soient inscrits dans les lois ou même dans la Constitution, et qu’il persiste des inégalités. Même dans l’administration publique, il existe des différences de salaires entre les hommes et les femmes. Les améliorations sont très lentes.

Tout a-t-il été accompli au niveau  légal? Ou certaines avancées sont-elles encore nécessaires?
WG: Nous attendons encore des améliorations. Le congé maternité est vraiment très limité. Il faudrait introduire un congé parental à partager entre l’homme et la femme. Cela stigmatiserait moins les mères.

Faut-il interpréter le rejet de l’article constitutionnel sur la famille dimanche dernier comme une attaque contre les femmes?
WG: Cela montre en tout cas la vision que la société a des femmes.
NS: Certains cantons conservent une idéologie de la famille, où la femme doit rester à la maison. Nous votons des lois, mais les structures ne suivent pas. Le manque de places de crèche et d’accueil extrascolaire constitue un scandale. Les femmes n’ont pas la chance de pouvoir évoluer vers l’égalité.  

Comment se fait-il que les manifestations ne remportent pas davantage de succès, alors que la moitié de la population, voire la totalité, est concernée par ce thème?
NS: Toutes les manifestations peinent à attirer les foules. Ce n’est pas dans la mentalité suisse. Toutefois, il y a deux ans, 10000 personnes étaient venues à Berne défendre l’égalité.
WG: Et en 1991, la grève des femmes avait été suivie par un demi-million de personnes.

Les manifestations sont-elles un bon moyen de mobiliser et de faire avancer les choses?
WG: Oui, je pense. Cela nous rend visibles, alors que trop souvent nous sommes invisibles. Il est important d’utiliser les journées comme le 8 mars pour dénoncer les inégalités.

Est-ce que les militantes sont aussi nombreuses et convaincues aujourd’hui que par le passé?
WG: Les militantes sont toujours aussi convaincues. Le défi actuel est d’intéresser la jeune génération à ces questions. La société n’incite pas les gens à s’organiser collectivement pour une cause.
NS: Beaucoup de gens n’ont pas le temps de militer. Nous entendons souvent cet argument.

Cette journée, à Fribourg, est principalement organisée par des associations et des partis de gauche. Le féminisme est-il un combat de gauche?
WG: Absolument pas.
NS: Espace Femmes, par exemple, n’a pas d’appartenance politique.

Mais ne manque-t-il pas une union des femmes de gauche et de droite?
NS: S’entendre avec le PLR ou l’UDC, qui ne voulaient pas l’article constitutionnel sur la famille, n’est pas évident. Mais avec le PDC, nous nous retrouvons sur certains sujets.
WG: Je pense qu’il y a un dénominateur commun. Ensuite, certains thèmes débouchent forcément sur des différences de points de vue, selon l’origine sociale. Certaines femmes trouvent aujourd’hui que l’égalité est acquise, parce qu’elles ont davantage de ressources pour en profiter ou se défendre en cas de discrimination. Une vendeuse n’aura absolument pas le même discours.

Ne manque-t-il pas une grande figure du féminisme?
WG: Il y a les Femen.
NS: Le militantisme prend différentes formes. Les Femen répondent à l’évolution de la société: les jeunes sont davantage dans la provocation et ont une autre manière de faire passer un message.

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