Du rêve de gosse à la réalité de la police lausannoise

| mar, 12. mar. 2013
Frédéric Pilloud vit en Veveyse depuis toujours. Depuis quelques mois, il est l’adjoint du commandant de la Police municipale de Lausanne. Rencontre.

par Sophie Murith

Le major Frédéric Pilloud n’a jamais pu quitter Châtel-Saint-Denis. «Je suis indéracinable.» Malgré un attachement fort à sa famille et à ses origines qui participent, selon lui, à son équilibre, le policier de 40 ans ne s’est jamais limité aux frontières cantonales. «Ce n’est pas parce que l’on ne quitte pas sa ville que l’on manque d’ouverture sur le monde.» Depuis plusieurs années, il travaille au sein de la Police municipale de Lausanne et, fin 2012, il est devenu l’adjoint du commandant.

A 13 ans, il avait déjà une idée précise sur la forme que son avenir professionnel allait prendre. «Flic ou pompier.» S’il a voulu embrasser cette profession, c’est par amour des gens. «Mais encore faut-il les comprendre», ajoute-t-il immédiatement.

Après un apprentissage d’électronicien en audio et vidéo à Châtel-Saint-Denis et un passage éclair sous les drapeaux – «je ne me voyais pas toute une vie en gris-vert» – Frédéric Pilloud entre à l’école de police. Sûr de son choix, c’est pourtant le père d’une camarade d’école qui prendra l’initiative de l’inscrire. Ses attentes ne sont pas déçues. « Je me suis rapidement identifié aux valeurs et aux missions de la Police cantonale fribourgeoise.»

Profiter des occasions
A tel point qu’il y passera quinze ans au service de la population. Entre gendarmerie et ressources humaines. «J’ai commencé dans la structure des districts, en Veveyse, puis au poste d’intervention et à la circulation à Granges-Paccot.» Après un détour par le centre de formation, il devient chef de la section police de proximité.

Un passage dans les différents départements qui provient d’une réelle détermination de sa part. «Il y a une telle richesse dans la police. Il faut saisir les occasions d’acquérir de l’expérience.»
Au cours des années, les expériences douloureuses ne lui ont pas été épargnées. Frédéric Pilloud est encore aspirant lorsqu’il est appelé sur l’affaire du Temple solaire, en 1994. «Nous avions été mobilisés pour des recherches à Cheiry.» Un moment difficile partagé avec tous les intervenants. «Il y a vingt ans, le soutien psychologique en était à ses balbutiements, c’était presque un tabou d’y avoir recours», regrette-t-il.

En sens inverse
Heureux dans le corps de Fribourg, il le quitte tout de même pour un défi: «Reprendre la division police-secours» de la Police municipale lausannoise. Fier d’avoir été choisi? «Il y a une part de fierté, mais surtout la conscience des responsabilités à venir. L’effet de la patelette est éphémère.»

En 2009, Frédéric Pilloud prend donc le chemin inverse à la majorité des gendarmes fribourgeois, formés dans les cantons romands puis intégrés dans le corps de leur région d’origine. Après une période d’intégration et de mise en œuvre de projets, il s’adapte rapidement et prend la tête de la direction opérationnelle en 2011. Il participe à la réorganisation du corps de police et, fin 2012, il devient adjoint du commandant. Un rôle qui ne lui a pas enlevé son humour: «Mon cahier des charges? Assister le commandant.» Plus précisément, il gère administrativement le corps. Une fonction dans laquelle il se sent à l’aise, même si le terrain lui manque parfois. «J’ai encore l’occasion d’y retourner lors des permanences d’officier. C’est l’âme même du métier. Je viens de là.»

Une structure sous pression
Depuis plusieurs mois, la police lausannoise se retrouve sur le devant de la scène. Délinquance, incivilités et vente de drogue en pleine rue font, plus que jamais, les gros titres. «Au-delà de la pression politico-médiatique, l’effort est toujours présent, assure Frédéric Pilloud, adjoint du commandant de la Police municipale de Lausanne. La sécurité est une question très complexe. L’évolution de l’environnement a été très importante ces derniers temps.»

Et d’en énumérer les raisons: la mise en place du nouveau Code de procédure pénale, la vague de migration due au Printemps arabe, la montée du club phare de football de la ville en Super League, la mobilité de la criminalité et sa concentration sur les centres urbains. Cette constellation d’événements connaît un alignement dû au hasard, selon le major Pilloud. «Si on enregistre une hausse de 420% des interventions entre 1990 et 2012, l’effectif policier a, de son côté, augmenté de 19%.» La police municipale pourra bientôt compter sur 30 nouveaux policiers et douze assistants de sécurité publique pour mettre en place son plan d’action sécuritaire. Son but: réinvestir l’espace public et renforcer tout le dispositif, pour lutter contre le trafic de stupéfiants et les vols, pacifier les nuits lausannoises et encadrer la mendicité. «La stratégie globale devrait être coordonnée au niveau communal, cantonal et fédéral. Ce n’est pas seulement un problème de sécurité, mais bien de société.»

Un cocktail détonant
Le lien avec la population est déterminant, selon le policier. «Le partenariat avec les travailleurs sociaux et les acteurs de la prévention est primordial. La police ne peut pas tout faire toute seule.» Frédéric Pilloud considère le multiculturalisme de Lausanne comme un autre élément de complexité. «La ville est composée de 38% de population étrangère. Sa police ne peut en être que très peu représentative, puisqu’il faut être citoyen suisse pour en faire partie. La vie nocturne et la cohabitation sur l’espace public de ces différentes cultures peuvent devenir un cocktail détonant si on y ajoute la violence, l’alcool et les stupéfiants.»

Situation d’autant plus chaude que les «acteurs de l’urgence sont de jeunes policiers pour la plupart. L’expérience est en main des aînés, mais il existe une difficulté à rester sur le terrain à cause de l’accumulation de stress et de la pénibilité. Très forte en milieu urbain. Il faut s’appuyer sur la formation, même si elle ne permet pas de pallier l’expérience.»

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