Etre hôtesse sans se coucher sur les capots

| mar, 12. mar. 2013
Anaïk Horii travaille comme hôtesse au Salon international de l’automobile de Genève. Un job d’étudiant comme les autres pour cette Gruérienne, qui dit se mettre dans un rôle pendant dix jours.

par Angélique Rime

A peine assise, Anaïk Horii enlève ses chaussures grises à talons, hauts de huit centimètres. «Je saisis chaque occasion pour laisser un peu de répit à mes pieds», lance la Bulloise, hôtesse sur le stand d’une marque de voiture française au Salon international de l’automobile de Genève, qui se tient depuis jeudi et jusqu’à dimanche. Installée sur une chaise pliable dans le vestiaire des filles, entre des casiers en métal bleu et une penderie mobile, Anaïk Horii confie qu’elle n’a pas pour habitude de porter des chaussures surélevées. «Sauf, parfois, lors de sorties.»


Avec ses longs cheveux noir ébène, son maquillage discret, mais présent, et sa robe grise ornée d’une fine ceinture blanche, la Gruérienne incarne pourtant l’image qu’on se fait d’une hôtesse du Salon de l’automobile. «Pendant dix jours, j’entre dans un rôle», rétorque Anaïk Horii, qui précise que sa fonction consiste principalement à mettre à l’aise les clients et à les renseigner sur une voiture.


«Nous ne sommes pas des potiches. Les gens nous confondent souvent avec les mannequins qui viennent poser devant les véhicules lors des journées presse. D’ailleurs, même si ce n’est pas la majorité, il y a aussi des garçons sur le stand.»


Salaire très attractif
Etudiante à la Faculté de traduction et d’interprétation de l’Université de Genève, Anaïk Horii est hôtesse pour la deuxième année consécutive. «C’est une bonne expérience professionnelle. De plus, le salaire est attractif.» En dix jours, elle va ainsi gagner entre 3500 et 4000 francs. «Cela correspond au salaire que je toucherais en travaillant deux mois dans une station-service. Le Salon, c’est ma rentrée d’argent pour l’année.» Quant aux enseignements qu’elle manque, «des amis me prêteront leurs notes».


Ne devient pas hôtesse qui veut. Colette Raffy, directrice de l’agence Compétence Image et responsable des hôtesses sur le stand, explique qu’elle n’engage que des étudiants: «Ils apprennent plus rapidement et sont plus ouverts. La langue est aussi un critère important. Il faut généralement en maîtriser au minimum trois. Sans être l’argument principal, l’apparence extérieure joue également un rôle.»


Après un premier entretien avec la responsable du recrutement, Anaïk Horii s’est présentée devant un comité de quatre personnes, composé, entre autres, du responsable de stand. «J’ai dû parler en allemand et dire pourquoi je souhaitais travailler pour la marque. J’étais assez détendue, car être prise ne me tenait pas forcément à cœur. Pour moi, c’est un job comme les autres.»

En dix jours, je gagne le même salaire que si je travaillais deux mois dans une station-service.


Anaïk Horii a ensuite suivi deux jours et demi de formation. Sur les véhicules et l’esprit de la marque d’une part, mais aussi sur l’aspect relationnel et l’attitude à adopter face à certains clients difficiles. Sans oublier la façon de marcher, de se maquiller et de se tenir. «Nous ne devons pas avoir les bras croisés, car c’est une attitude fermée. Nous devons toujours être ouverts aux clients.»


Travail exigeant
Même si Anaïk Horii décrit son travail au Salon comme une expérience professionnelle intéressante et une rentrée d’argent appréciée, elle relève les conditions pénibles de sa fonction. «Il faut pouvoir résister aux douleurs physiques, notamment les pieds et le dos. L’après-midi, la chaleur sur le stand peut parfois être étouffante. Nous devons sourire en toutes circonstances, même lorsque des clients désagréables nous abordent.»


Des difficultés compensées en partie grâce à la bonne ambiance sur le stand. Et la Bulloise d’expliquer que de nombreuses fêtes sont organisées après le travail. «Le lendemain matin, il faut assumer. Je ne suis pas capable de sortir tous les soirs.»


Le matin, les hôtes et les hôtesses du stand se retrouvent pour une réunion. «La cheffe des hôtesses nous rappelle notre rôle, mais nous n’avons pas de pression ni de chiffres à atteindre concernant le nombre de voitures vendues.» Chaque employé doit pourtant s’activer à récolter les adresses des visiteurs afin de leur envoyer de la documentation. «La plupart du temps, les gens sont réticents.»


Se laisser photographier
Les hôtesses doivent également se prêter au jeu des photographies. «On a toujours le droit de dire non, mais si on me demande la permission, généralement, j’accepte. Je me mets simplement à côté de la voiture sans me coucher sur le capot! Par contre, je déteste lorsqu’on me photographie sans m’avertir.»
Si, pour l’heure, Anaïk Horii n’a eu que peu de désagréments en rapport avec la gent masculine, elle explique toutefois que certains maris l’ont mise mal à l’aise vis-à-vis de leur épouse. «Nous apprenons à gérer ce genre de situation lors des journées de formation, mais ce n’est pas très agréable.»

 

L’exception machiste du Salon
La combinaison belles femmes et voitures est une constante du Salon international de l’automobile de Genève. «C’est une manière d’attirer les hommes, qui sont le public cible des marques. Selon les stéréotypes de notre société, les femmes sont naturellement plus ouvertes et communicatives. Elles seraient donc plus aptes à créer une émulation qui inciterait l’homme à acheter un véhicule», analyse Sabine Kradolfer Morales, chargée de cours à la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Université de Lausanne et boursière du Fonds national de recherche scientifique. D’après Sandro Cattacin, professeur ordinaire à la Faculté de sociologie de l’Université de Genève, la publicité mise sur cet amalgame depuis les années soixante. «Son message, lié à la liberté qu’octroie la voiture, est mis en parallèle avec la domination masculine sur la femme. Monter dans une voiture est assimilé à l’acte sexuel.»


Un espace hors de la réalité
Dans la vie quotidienne, l’association femme et voiture est pourtant beaucoup moins présente. «Le Salon est une exception. Les marques jouent sur une sorte d’image miroir distordue selon laquelle les voitures, souvent très chères, sont associées à de très belles femmes, choisies selon les critères de beauté nord-européens», décrit Sabine Kradolfer Morales.


Un avis partagé par Sandro Cattacin: «Les publicitaires ont un avis de plus en plus partagé sur le sujet. Mais le Salon est un espace qui n’existe pas dans la réalité. Les visiteurs entrent dans une bulle. Ils sont excités de se rendre à cette foire bizarre, qui est une sorte de petit carnaval, où les stéréotypes machos fonctionnent encore. La femme est prise comme un objet et nombre de clichés resurgissent. Chaque édition est un pas en arrière dans le domaine de l’égalité entre les sexes.»

 

Trois objets pour en dire plus long
Le spray rafraîchissant
Les pieds, mais aussi les jambes des hôtesses, qui se tiennent debout la majeure partie de la journée, sont mis à rude épreuve. Pour éviter que ses jambes ne deviennent trop lour­des, Anaïk Horii les asperge régulièrement à l’aide d’un spray rafraîchissant. Un geste répété par la plupart des hôtesses. Durant les pauses, les vestiaires des filles s’emplissent d’une douce odeur mentholée.


L’iPad mini
Sur le stand, chaque hôtesse tient dans sa main une petite tablette. Cet outil technologique sert d’une part à enregister les adresses des clients, mais contient également de nombreuses informations sur la motorisation, la couleur ou encore les options des véhicules.

 

Le maquillage
Pinceaux de tailles différentes, fond de teint, fard à paupières, voilà une partie du matériel qu’Anaïk Horii utilise pour se maquiller. Chaque matin, la Bulloise compte environ une heure et quart pour se préparer. «C’est un effort. Je suis plutôt habituée à mettre seulement une petite touche de mascara la semaine.» Le matin, elle se lève aux alentours de sept heures moins dix. «J’habite dans une colocation à Genève. Le trajet est donc court et compense le temps que je consacre au maquillage.»

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