Fin de l’association de parents, ces «enquiquineurs»

| mar, 19. mar. 2013
L’Association gruérienne de parents a été dissoute hier soir, après plus de trente ans d’existence. Depuis deux ans, en vain, elle cherchait de la relève. L’école primaire bulloise lui doit notamment l’accueil de midi, mis en place en 2004.

PAR PRISKA RAUBER


Important changement en vue, dans le monde éducatif gruérien. Hier soir en effet, l’Association gruérienne de parents (AGP) a été dissoute, après avoir été quasiment trente-cinq ans durant le porte-voix des familles au sein des écoles. C’est «la boule à l’estomac» que sa présidente, Patricia Keller Hoffer, a inscrit ce point final. La faute au manque de relève.

N’auriez-vous pas dû attendre encore avant de dissoudre l’AGP, vu l’essor démographique important à Bulle notamment, avec ses quelque 500 nouveaux élèves inscrits? Un bassin tout frais de parents…
Cela fait deux ans qu’on essaie de trouver du monde. Que nous tenons en stand-by. On gardait la structure pour répondre aux sollicitations importantes, mais on ne peut pas tenir comme ça indéfiniment. Ça me coûte beaucoup vous savez, de lâcher cette association. J’ai la boule à l’estomac, voyant toutes les choses pour lesquelles on devrait encore se battre.

Par exemple?
On avait bataillé pour que l’Office du matériel scolaire – qui est 30% meilleur marché qu’en magasin et qui ne sert qu’aux enseignants – soit aussi à disposition des enfants. Ce matériel, pour certaines familles, représente beaucoup d’argent. Là-dessus, l’administration scolaire n’est pas entrée en matière. Nous avons tout de même réussi à obtenir que le dictionnaire soit pris en charge! C’est déjà ça!
Et puis, il y a un chantier encore: la maturité. Harmos a été mis en place, d’accord. Mais sur Fribourg, les élèves font quatre ans de collège pour obtenir leur maturité. Sur Vaud, trois. Ils ont pourtant le même papier au final, qui ouvre les mêmes portes. Mais les parents et les jeunes Fribourgeois paient pour qui? Ce n’est pas très juste, il me semble. Ou bien c’est une maturité fédérale, ou ce n’en est pas une.

Etiez-vous consultés sur l’organisation scolaire (règlements, projets pédagogiques) ou uniquement sur l’organisation périscolaire (transports, loisirs)?
En tant qu’association de parents, on est consultés par le canton, mais via l’Association de parents du canton de Fribourg. Cela dit, le domaine pédagogique est un domaine où les parents ne peuvent pas mettre les pieds. Il faut dire qu’il y a déjà assez à faire dans le domaine périscolaire. Nous étions intervenus pour demander à la direction d’une école d’agir concernant le cas d’enseignants qui étaient de vraies catastrophes. Les enfants devaient prendre des cours complémentaires pour avoir le niveau requis, pour vous dire! Mais il est difficile de remettre en question un enseignant! Et vu les problèmes de recrutement, ça ne va pas aller en s’améliorant…

Les parents sont pourtant reconnus en tant que membres de la communauté éducative. Vous vous sentiez entendus par les administrations scolaires ou aviez-vous l’impression de n’être que des enquiquineurs?
(Silence, et moue!) Ça s’est amélioré ces dernières années, quand même! Mais bien sûr, les associations de parents ont encore cette aura d’enquiquineurs. On ne peut pas mettre les pieds partout, il faut caresser les gens dans le sens du poil. Ça demande pas mal de diplomatie et de pugnacité! Cela dit, nous ne sommes pas contre les administrations ou les commissions scolaires, mais il faut dire que, si l’on n’est pas parents, si l’on n’est pas impliqué avec un enfant, on ne peut pas se rendre compte que certaines situations sont problématiques. A l’image du trajet des enfants de La Tour-de-Trême.

Comment expliquez-vous ce manque de relève? Est-ce l’expression d’une désillusion, par rapport à ce manque de poids?
Les parents osent davantage s’imposer aujourd’hui. Il fut un temps où on ne touchait pas aux «régents»! L’enseignant était celui qui savait. Maintenant, certains parents ont des niveaux de formation plus élevés que ceux des enseignants. Par contre, agir sur le long terme, quand il s’agit de réfléchir à ce qui pourrait être amélioré, de frapper aux portes, c’est plus difficile. Je peux comprendre, il est déjà difficile de concilier vie professionnelle et familiale, alors trouver du temps pour faire vivre une association…

Sans représentants, quelle place auront les parents désormais?
Ils vont agir ponctuellement quand ils auront un souci avec leur enfant. Mais ce qui est certain, c’est que lorsque vous appelez un endroit et que vous dites «je vous appelle au nom de l’association de parents», le message porte différemment que si vous dites «je suis M. X et j’ai un problème avec mon enfant».

Alors s’il n’y a plus de structure officielle, vers qui vont se tourner les parents qui ont besoin de conseils, de poids?
J’espère vraiment que cette dissolution provoquera un électrochoc et que des parents vont relancer l’histoire. A un niveau plus local peut-être. Ce qui me rassure un peu, c’est que, dans la nouvelle loi scolaire en discussion, il est prévu de mettre sur pied des conseils d’établissement, qui comprendraient des parents.
Le problème en attendant, c’est que, sans structure, les parents qui n’ont pas le bagout pour s’imposer, pour faire des demandes pour que leur enfant qui est dyscalculique par exemple obtienne ce dont il a besoin, vont laisser couler. Ceux qui ont la pugnacité se battront. Ce qui est dommage quelque part. Une association ne se bat pas pour son comité, mais pour ceux qui en ont besoin. Quand on a mis sur pied l’accueil de midi, aucun de nous n’en avait personnellement besoin. Mais on l’a fait parce qu’on s’était rendu compte que de nombreux enfants avaient la clé autour du cou.

Commentaires

Dommage que les parents ne s'investissent plus autant pour leurs enfants... Bravo à Mme Keller Hoffer pour son travail et sa tenacité. Chapeau...

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