Un nouveau «dikchenéro» accessible aux novices

| sam, 23. mar. 2013
Le dictionnaire français-patois et patois-français est enfin sorti de presse. Il est le résultat de quasiment sept ans de labeur. Fort de 50000 mots et de considérations grammaticales, il a l’ambition de «promouvoir le patois».

PAR PRISKA RAUBER


Après des milliers d’heures, presque sept ans de labeur, la Société cantonale des patoisants fribourgeois (SCPF) tient enfin entre les mains le nouveau Dictionnaire français-patois patê-franché. Il a été verni hier soir aux Colombettes, à Vuadens. L’occasion pour le président de la société, Marcel Thürler, de confier que «le travail a été gigantesque, mais la survie des vraies valeurs vaut bien ce prix».
Deux commissions ont œuvré depuis le lancement du projet, en 2007, à la réalisation de cet ouvrage: la commission littéraire, présidée par Jean-Louis Thorimbert, avec Jean-Marie Monnard et Albert Kolly, ainsi que la commission de correction, composée d’Anne Marie Yerly, Placide Meyer et Joseph Comba.
Au final, un dictionnaire comptant quelque 50000 mots répertoriés, orthographiés et classés, des explications linguistiques et grammaticales, des annexes et des expressions. «Il s’agit d’un outil exceptionnel, s’enthousiasme Marcel Thürler. Pour notre patrimoine, pour les novices – puisque, contrairement à d’autres, il y a la traduction du français au patois ainsi que des règles grammaticales – pour la promotion du patois et pour tous les patoisants fribourgeois!» Car, malgré les particularismes des patois régionaux, gruvèrin, kouètsou ou broyâ, la SCPF souhaitait bien un ouvrage inscrit dans tout le canton.


Joutes linguistiques
Nul doute que les joutes linguistiques ont accompagné l’élaboration de ce dictionnaire! Le patois n’est en effet pas une langue homogène et s’écrit phonétiquement. La prononciation, qui différencie les divers patois, peut même varier d’un village à l’autre. «Et parfois au sein d’une même famille, précisent les auteurs dans la préface. L’un d’eux relevait que son père prononçait: tsavanton (bûche de bois) alors que sa mère disait tsavonton.»
Et les auteurs de prévenir: «Il est cependant impossible de tenir compte de toutes les subtilités, de toutes les nuances de la prononciation. Il faut, dans l’intérêt du patois, chercher à unifier, à établir certaines règles générales qui sont utiles aux écrivains comme aux lecteurs, en pensant prioritairement à celles et à ceux qui désirent étudier et apprendre le patois.» Mais, «dans la mesure du possible, ajoutent-ils, le dictionnaire tient compte des particularités linguistiques et régionales de nos patois.» On apprend par exemple que «bêtise» peut se dire bètije, bithètâ, folèrâ, fregâtse, karavanna, nyôkèri ou krèvâye. D’autres mots ne souffrent en revanche d’aucune variante, à l’image de l’épidémie (kouêrla).


Une langue moderne
En outre, les auteurs ont voulu cet outil à l’image de la langue, «dynamique et non statique. Le patois ne peut donc plus être une langue exclusivement rurale, mais doit se faire moderne, actuelle et s’adapter aux exigences de la société contemporaine.» Le dictionnaire comprend donc de nouveaux mots, tels que télévision, portable ou congélateur. Mais la modernité côtoie, comme bien souvent, la tradition. Ainsi, «télévision» se traduit par tèlèvijyon, mais aussi par karon vijyenà, le carreau visuel! Des mots issus du vieux patois. Comme «appelle-moi», tyira-mè, pour «portable», une expression que l’on disait déjà avant son avènement.    
Le dictionnaire sera en vente dès le 25 mars auprès du Musée gruérien notamment et des amicales des patoisants.

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Pas du français corrompu
Le patois souffre parfois de préjugés. Ce dictionnaire entend bien les lever. En préface, Andres Kristol, professeur d’histoire de la langue française et de la dialectologie galloromane à l’Université de Neuchâtel, relève ainsi que les patois fribourgeois «ne sont point du français corrompu dans la bouche des paysans, comme on l’a souvent dit ou cru; ce sont simplement les formes modernes qui se sont développées à partir du latin parlé dans l’espace francoprovençal.»
Et l’universitaire d’ajouter qu’il s’agit bien d’une langue. «On croit souvent que c’est l’existence d’une tradition écrite qui fait d’un “patois” une “langue”. Or de nombreuses langues humaines n’ont jamais été écrites. Dans une optique purement linguistique, il n’y a aucune différence entre une langue et un dialecte ou un patois. La différence réside dans les idées que les gens se font de ces différentes formes linguistiques: c’est le prestige des unes qu’on appelle langues et les préjugés trop répandus contre les autres qu’on appelle dialectes ou patois. Les patois fribourgeois ne sont donc rien d’autre que des formes réelles et concrètes de la langue francoprovençale tout court.» Voilà qui est dit.
Au demeurant, si cette langue naquit dans les milieux populaires, elle n’empêcha nullement un remarquable degré de culture. Par exemple, les patoisants lisaient déjà du Virgile au XVIIIe siècle, grâce à un notaire d’Arconciel qui traduisait les vers du poète latin. Et puis, l’on savait aussi aller à l’essentiel, talent admirable s’il en est. En un seul mot, on pouvait exprimer sa compassion aux futurs mariés: «Kutyà: envahi par les berces. Cette expression signifie qu’une fois marié, les difficultés commencent», rapporte le dictionnaire. Pour peu que le fiancé ressemble à un cul de poule tourné vers le vent (i rèchinbyè a on ku dè dzeniye veri a l’oura), c’est-à-dire qu’il soit ébouriffé, le mariage pouvait vite être compromis! PR

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