Mort de certains commerces de détail au profit du online

| jeu, 18. avr. 2013
Jean-François Zimmermann a été nommé directeur général de Globus et Globus Hommes il y a six mois. Le Veveysan revient sur cette période intense. Les enjeux qui attendent le commerce de détail suisse sont de taille.

PAR ANGELIQUE RIME


Une table haute au centre de l’espace alimentaire du grand magasin Globus de Lausanne. Entre les bouteilles de vin, les bières, les pâtes et les flûtes apéritif, Jean-François Zimmermann boit tranquillement son expresso. Nommé directeur général de Globus et Globus Hommes en septembre 2012, l’habitant de Granges revient sur ses six premiers mois à la tête de cette institution suisse du commerce de détail, fondée en 1896. Interview.

L’entreprise Globus, dont vous êtes le directeur général, a son siège à Zurich. Pourquoi s’établir dans le village veveysan de Granges?
J’ai toujours habité en Veveyse, avec une petite parenthèse dans ma jeunesse sur la Riviera. J’y ai ma famille, mes amis, mes racines. Granges est un havre de paix, un lieu où je me ressource. Du moment que je vois le Moléson, je me sens à nouveau chez moi. Mais rester en Veveyse ne me simplifie pas forcément la vie. Je suis souvent en déplacement.

Comment avez-vous vécu vos six premiers mois à la tête de Globus?
J’ai été pris dans un tourbillon. On m’a sollicité de toutes parts. C’était une période extrêmement intense et je m’attends encore à cette avalanche de demandes pendant au moins six mois. La première année va donc être, bien que fascinante, extrêmement pénible. D’ailleurs, je me consacre presque exclusivement à mon travail. Et c’est un sacrifice que je fais volontiers.
Ma principale difficulté a été de mettre des priorités. Il faut faire très attention à son organisation personnelle, au risque de se perdre dans des détails. Le grand problème, c’est le temps. Il y en a trop peu par rapport à la charge de travail! Mais j’assurais déjà l’intérim à la suite du départ de mon prédécesseur. Je savais à quoi m’attendre.

Le fait d’être romand est-il un avantage?
Je le vois comme tel. Cependant, je ne parle pas suisse allemand et l’allemand n’est pas ma langue maternelle. Lorsque je fais des présentations stratégiques ou financières dans la langue de Gœthe, je fournis un effort supplémentaire. J’ajouterais que le fait qu’un Romand ait été nommé à la tête d’une prestigieuse entreprise de la place zurichoise n’était pas gagné d’avance!

Globus emploie près de 3300 personnes, comment gérer un tel bateau dans le contexte économique actuel?
C’est évident qu’on ne traverse pas la période la plus prospère. Je pense tout d’abord au tourisme d’achat qui représente à l’heure actuelle 9 milliards de francs, mais aussi à l’évolution du commerce online. Aujourd’hui, nous sommes à l’aube d’une révolution qui va bouleverser le commerce stationnaire de détail.
A terme, certains commerces vont disparaître, d’autres vont se redimensionner. J’ai rencontré récemment un gourou du commerce online anglais. D’ici à 2020, il prévoit la disparition de 50% des commerces stationnaires de son pays.

Et Globus prépare cette transition?
Oui. Nous avons déjà une petite partie de l’assortiment accessible en ligne. Début 2014, nous allons lancer un site online. C’est un énorme projet sur lequel nous travaillons intensivement. Nos magasins comptent en effet plus de 500000 références. Nous n’allons pas pouvoir mettre tout l’assortiment d’un coup, même si, à terme, c’est l’objectif. Nous allons donner la priorité aux assortiments textiles.
Grâce à une précédente expérience professionnelle chez Veillon, j’ai déjà été confronté aux problèmes liés à cette méthode: retours et frais postaux notamment. Le e-commerce n’est en effet rien d’autre que de la vente par correspondance, sauf que le support n’est plus le même.

Quel est le plus grand défi dans cette démarche?
C’est de savoir que nous allons perdre des sommes importantes pendant quelques années. Mais notre avenir passe par là. C’est une attente de nos clients ainsi qu’une chance d’obtenir une meilleure couverture du territoire suisse.  Ce bussiness model est extrêmement difficile à rentabiliser. Pour preuve, les résultats des leaders de ce marché, tels que Zalando (n.d.l.r.: vente de chaussures et de vêtements en ligne). Tant qu’ils offriront les frais postaux, ils auront de la peine à rentabiliser leur business model et perdront de l’argent.

En 2012, l’entreprise a dégagé un chiffre d’affaires global net de 779 millions de francs. Un résultat qui vous satisfait, mais qui est 1,1% inférieur à l’année précédente. Qu’est-ce que ce résultat présage pour le futur de Globus?
Il montre que le commerce de détail suisse est un marché saturé. De nouvelles surfaces commerciales continuent toutefois de s’ouvrir. C’est un illogisme. Les années à venir ne seront pas plus faciles. Il faudra gagner des parts de marché par rapport à la concurrence et par chance, c’est ce que nous sommes arrivés à faire ces deux, trois dernières années, tout comme durant les trois premiers mois de 2013.

Vous ne ressentez donc pas la concurrence des discounters?
Non, ils ont un positionnement complètement différent. Nous proposons des marchandises premium, notre clientèle est différente. Je suis d’ailleurs très content de notre positionnement. Nous n’allons pas le changer, en tout cas pas trop.

En 2013, vous souhaitez augmenter le chiffre d’affaires de 2%, comment allez-vous vous y prendre?
Nous avons décidé de ne plus nous concentrer sur les coûts, mais sur la croissance en terme de chiffre d’affaires. Nous sommes des commerçants et nous avons besoin de croissance. Sans cela, à moyen et long terme, c’est extrêmement périlleux pour une entreprise. Pour atteindre nos objectifs, nous avons lancé une grande initiative interne. Elle se divise en dix points. Un exemple: nous allons développer le business to business (B2B), c’est-à-dire la vente directe de certains de nos articles aux entreprises.

Et ce que cela passe aussi par l’augmentation des surfaces commerciales?
Non. C’est une croissance organique, sans expansion. Nous sommes déjà implantés dans les principales villes suisses, nous ne voyons donc pas d’autres ouvertures pour Globus, à part peut-être à Lugano. Nous allons rester avec nos 14 magasins. Il existe toutefois un potentiel au niveau du commerce spécialisé, c’est-à-dire pour Globus Hommes (mode masculine). Nous allons d’ailleurs ouvrir un nouveau magasin à Lausanne, en mai.

Globus n’est pas très présent sur les réseaux sociaux, est-ce un axe que vous voulez développer?
Effectivement, nous n’y sommes pas très actifs. Ce serait nice to have, mais cela ne fait pas partie des priorités. Actuellement, nous sommes extrêmement actifs dans le e-commerce et nous investissons plus de 50 millions dans les transformations de magasins. Mais nous allons certainement nous attaquer à cette problématique.
 

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