Un hiver long de près de six mois

| sam, 06. avr. 2013
On n’en peut plus de cet hiver qui n’en finit pas. Tout est en retard: la construction, l’agriculture, la faune, la flore, le lac de la Gruyère… En cas de brusque redoux, de nouveaux problèmes risquent de surgir…

PAR JEROME GACHET, JEAN GODEL, YANN GUERCHANIK

En Bretagne, on dit qu’il y a deux saisons: l’hiver et l’après-midi du 23 juillet… Une plaisanterie qui, cette année, trouve écho jusque dans nos contrées. Plus du tout cantonné aux seuls mois de décembre, janvier et février, l’hiver est interminable. Il a commencé le 28 octobre avec d’impressionnantes chutes de neige et ne veut plus se terminer. Neige, pluie, froid, brouillard, boue: un quintet infernal qui sape le moral de tous les êtres – humains, animaux ou végétaux – depuis près de six mois. Bref, ça bougonne au lieu de bourgeonner.


Neige à 900 mètres!
Et ce n’est pas terminé. La neige est encore annoncée ce samedi jusqu’à 900 mètres… Cette impression que l’hiver n’en finit pas n’est pas seulement une vue de l’esprit. MétéoSuisse parle du mois de mars le plus froid depuis 1950 (La Gruyère du 28 mars). Il s’avère même que la dernière décade de mars fut la plus rude de ces cent dernières années! Même la Chia est encore sous la neige en avril. C’est dire…
On commence aussi à mesurer les conséquences de cette situation exceptionnelle. A part les stations de ski, qui se frottent les mains, personne ne rigole vraiment.
Le secteur de la construction, par exemple, fait grise mine. C’est bien simple: JPF Constructions SA enregistre à ce jour entre cinq et huit semaines de retard selon les chantiers, estime Laurent Pasquier, responsable des services généraux du Groupe JPF. La faute, d’abord, au froid exceptionnel de décembre 2012 qui a perturbé bien des chantiers: toujours selon MétéoSuisse, la station de mesure de Château-d’Œx, par exemple, a enregistré durant la première quinzaine de décembre des températures entre 5 et 7 degrés plus basses que la moyenne des années 1981 à 2010.
Pour la même raison, les chantiers ont de nouveau été interrompus en février (températures inférieures de 5 à 10 degrés à la moyenne toujours à Château-d’Œx). Mais aussi, et c’est inhabituel, en mars.
«On ne peut ni bétonner ni poser d’enrobés bitumineux par trop grand froid», explique Laurent Pasquier. Autant d’opérations sensibles au gel de l’eau. Autre problème: avec la neige abondante, les sols sont aujourd’hui gorgés d’une eau qui les fait gonfler. Il faut donc attendre qu’ils se tassent un peu. Enfin, les gels et dégels successifs rendent les fouilles dangereuses.
En gros, la moitié des chantiers des secteurs génie civil et bâtiment ont été touchés. JPF Constructions a dû recourir au chômage technique pour approximativement la moitié de ses 500 employés, et ce durant environ une semaine en février et une autre en mars.


Avec des intérimaires
L’entreprise tentera de rattraper le temps perdu, notamment par l’embauche de travailleurs intérimaires. «Mais nous ne pourrons sans doute pas combler tout notre retard», estime Laurent Pasquier. D’où de probables pertes de rendement, pour l’heure impossibles à chiffrer.
Cette tendance est confirmée par les chiffres, encore provisoires, du Service public de l’emploi (SPE). Si, en décembre 2012, celui-ci a enregistré une demi-douzaine de demandes d’indemnité en cas d’intempéries, ce nombre est monté à 95 en janvier 2013, malgré les habituelles vacances du bâtiment qui durent, grosso modo, jusqu’au 20 du mois.
En février, les demandes ont bondi à 254. Pour mars, les données manquent encore puisque les demandes peuvent être adressées jusqu’au 5 du mois suivant, le cachet de la poste faisant foi (la plupart devraient donc arriver ces prochains jours). Mais selon les premières estimations du SPE (à confirmer), mars devrait représenter un nombre significatif de demandes, certes en dessous de février, mais inhabituel à une période où les entreprises travaillent à plein régime en année normale.
Pour comparaison, le SPE avait reçu l’an dernier un total de 686 demandes d’indemnité en cas d’intempéries, dont 612 pour le seul mois de février! Tout le monde se rappelle de la vague d’air froid qui avait envahi la Suisse au début de ce mois-là, la plus importante depuis 27 ans selon MétéoSuisse. Mais mars avait suivi avec une douceur extrême (le deuxième mois de mars le plus chaud depuis le début des mesures en 1864).
Enfin, en 2011, le SPE n’avait reçu que 57 demandes d’indemnité sur toute l’année. Mais les quatre premiers mois avaient été exceptionnellement doux et extrêmement secs. Le printemps 2011 avait même été le plus chaud depuis le début des mesures de MétéoSuisse et les entreprises avaient pu travailler à plein régime.
En résumé, il ressort de l’analyse croisée des chiffres du SPE et de MétéoSuisse que la période hivernale a été particulièrement douce en 2011, particulièrement froide sur une brève période en 2012  et particulièrement longue en 2013.

 

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Entre la survie et la mort
«J’ai trouvé beaucoup de chevreuils morts cette année.» Un constat que le garde faune Pierre Jordan n’explique pas uniquement par les conditions hivernales. Le problème, c’est que la neige persistante favorise les activités humaines telles que les balades à raquettes, à skis ou à motoneige. Autant de loisirs qui se pratiquent plus longtemps que d’habitude cette année.
Dans ces conditions, les animaux sont souvent perturbés et contraints à la fuite. Une agitation qui peut leur être fatale durant une telle période de froid. Pour résister aux basses températures, ils doivent notamment limiter leurs déplacements afin d’économiser leurs forces.
Un long hiver combiné aux dérangements provoqués par l’homme, voilà qui cause du tort à la faune. «Sous leurs formes actuelles, les animaux existent depuis très longtemps, ils savent parfaitement s’adapter aux seules conditions hivernales», relève le garde faune.
Le manteau neigeux complique également la recherche de nourriture. Dans différents endroits en Suisse, on a vu des animaux se rabattre sur le sel dispersé sur les routes. Bon nombre d’entre eux se sont fait écraser alors qu’ils léchaient la chaussée.
A la Station de soins pour animaux sauvages du Musée d’histoire naturelle de Fribourg, Michel Beaud a recueilli 33 bêtes depuis le début de l’année, notamment neuf buses variables. «Des animaux souvent très amaigris», précise celui qui est également vice-président du Cercle ornithologique de Fribourg. «Un ornithologue m’a signalé huit plumées (n.d.l.r.: restes de plumes après une mort) de chouettes effraies. Il en a même vu voler en plein jour!»
Non seulement la neige rend la quête de nourriture compliquée pour les rapaces, mais cette année est de plus marquée par le manque de rongeurs, selon Michel Beaud. «Il y a beaucoup moins de mulots qu’il y a une année. Il s’agit d’un cycle défavorable, sans doute entre autres parce que les faines (n.d.l.r.: les fruits du hêtre) manquent.» Ceci expliquerait pourquoi on constate actuellement qu’un grand nombre de nichoirs destinés aux chouettes hulottes sont vides.
Fidèles au calendrier des migrations, plusieurs espèces d’oiseaux voyageurs ont, quant à eux, pointé leur bec en Suisse. Les observateurs ont ainsi noté l’arrivée des hirondelles rustiques ou de rocher, des martinets alpins ou noirs. Dans notre région, des étourneaux ont déjà été aperçus.
Mais le retour est rude. Avec des milliers de kilomètres dans les ailes, ces oiseaux trouvent une végétation à peine éveillée qui n’a pas grand-chose à leur offrir. Ils ont ainsi tendance a se regrouper vers les lacs à la recherche d’insectes. Contrairement aux granivores, ils ne se satisfont pas de nourriture artificielle. YG

 

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Heureusement, il y a encore assez de foin
Agriculture. Après un mois de mars très froid et humide, la végétation n’a pas encore vraiment pu démarrer et les sols sont bien souvent impraticables, indique André Chassot, responsable du Service phytosanitaire cantonal à l’Institut agricole de Grangeneuve. Résultat: les grandes cultures de plaine ont un retard d’en tout cas deux semaines. Il faut préciser que les années précédentes étaient assez précoces. En ce qui concerne les cultures maraîchères, la situation est contrastée. Pas de problème sous serres: celles-ci sont simplement plus chauffées. Mais en pleine terre, les sols sont impraticables et il faut souvent recourir à des voiles de protection.
Pour les mêmes raisons, qui s’ajoutent à l’interdiction de puriner aussi longtemps que les conditions ne le permettent pas (interdiction levée à la mi-février), les fosses à lisier étaient bien pleines en début de semaine. «D’autant plus que l’automne a déjà été très pluvieux», fait remarquer André Chassot. Mais le temps sec qui prévaut depuis Pâques a commencé d’essuyer les sols les mieux exposés et les épandages ont débuté cette semaine.


Pâture en net retard
Si la pâture précoce du bétail est recommandée, les vaches n’ont pas encore pu vraiment sortir. C’est bien simple: l’herbe n’a pas encore poussé et les sols sont gorgés d’eau. «Là, le retard est plus net, entre deux et trois semaines», affirme André Chassot. Pour autant, il y a encore assez de réserves dans les granges: «Ça ne bouge pas sur le marché du foin», constate Willy Beaud, gérant de la Landi de Bulle. «Or, le prix est le meilleur indice.» Son explication: les récoltes ont été bonnes les années précédentes et il n’y a pas davantage de bétail dans les étables. «Mais il ne faudrait pas que ça dure!» JnG
 

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