«Un adieu à la politique active, mais pas au service à la cité»

| sam, 11. mai. 2013
Nommée à la tête de l’Office fédéral de la culture, Isabelle Chassot revient sur les raisons de ce changement de voie.

PAR JEROME GACHET

Ce n’est pas faute d’avoir cherché dans chaque recoin du bureau d’Isabelle Chassot, mais on n’y a trouvé aucun carton… A 48 ans, la directrice de l’Instruction publique, de la culture et du sport (DICS) a été nommée mercredi à la tête de l’Office fédéral de la culture. La démocrate-chrétienne entrera en fonction le 1er novembre.

L’annonce mercredi, suivie de la vague médiatique jeudi. Vendredi, retour aux réalités?
Je suis effectivement de retour à mon poste et je le serai pleinement jusqu’au 31 octobre. Mercredi, j’étais contente que le temps du silence se termine. Cela faisait une dizaine de jours que je savais qu’Alain Berset allait proposer ma candidature au Conseil fédéral. Tant que ce dernier n’avait pas pris la décision formellement, je devais attendre et me taire. Je n’ai donc pas pu informer mes collègues d’Etat lors de notre séance du mardi ni même mes collaborateurs. Heureusement, il n’y a pas eu de fuite et les choses ont été faites comme elles devaient l’être.

Pourquoi avoir fait candidature, alors que vous vous y étiez refusée pour le secrétariat d’Etat?
Il y a trois éléments. Premièrement, c’est que ce n’était pas le moment puisque la législature venait de commencer. Deuxièmement, Johann Schneider-Ammann ne recherchait pas un profil comme le mien. Troisièmement, Alain Berset m’a proposé de faire acte de candidature dans un domaine qui me passionne: la culture. Sachant qu’il entendait en faire une priorité, ce poste devenait irrésistible pour moi.

Vous avez dit que ce n’était pas le bon moment il y a un an. On pourrait comprendre que, depuis là, vous avez vécu des situations difficiles au Conseil d’Etat…
Non. J’ai d’ailleurs annoncé à mon parti que, si une nouvelle offre intéressante m’était faite en cours de législature, je ne la refuserais pas forcément. Maintenant, et cela n’a joué aucun rôle dans ma décision, un nouveau Gouvernement est en place. Les discussions sont parfois disputées, certainement plus que par le passé, d’autant que la situation du canton est plus difficile sur le plan financier. J’ai cependant coutume de dire que la collégialité se réinvente tous les mardis. Cela n’enlève rien à la qualité des relations interpersonnelles entre les membres du Conseil d’Etat.

Vous vous êtes toujours imposée comme un leader du Gouvernement. Voir les HES vous échapper n’a-t-il pas été dur à avaler?
Il faut savoir perdre et respecter la collégialité. Si ce choix m’a vraiment travaillée pendant un certain temps, ce n’est pas pour des raisons personnelles, mais parce que je m’inquiétais de la défense des HES sur le plan national. Je travaille toujours de concert avec le directeur de l’Economie pour que la transition se passe bien.

Tout le monde dit à votre sujet que vous éprouvez de la lassitude. Et vous, qu’en dites-vous?
(Rires). Je veux rassurer tous ceux qui s’inquiètent pour moi. Je vais bien et ma santé est bonne. J’ai eu, il est vrai, une phase de fatigue importante avant Pâques, due aussi à une charge de travail très importante à la DICS. J’ai pris des vacances et je me sens beaucoup mieux.

Depuis mercredi, les louanges se succèdent. Le seul inconvénient, c’est que l’espoir placé en vous est énorme…
Il y en a beaucoup trop… A ceux qui parlent de mon travail actuel, j’ai envie de dire que je suis encore là jusqu’à la fin octobre, car j’ai parfois l’impression d’assister à mon éloge funèbre. En même temps, c’est bien sûr très touchant de lire les messages personnels qui arrivent en nombre. Pareil pour les louanges venant des futurs partenaires. Il vaut évidemment mieux être accueillie ainsi plutôt que par la critique, mais lorsque cet accueil est lié à des attentes exprimées de manière précise en termes de moyens financiers, je suis consciente que je ne pourrai que décevoir. Et, dans le domaine de la culture, les attentes sont plus grandes que les moyens, quand bien même ils devraient augmenter.

Est-ce la fin de votre vie politique?
Oui, c’est un adieu à la politique active, mais pas un adieu au service à la cité. En fait, j’ai essayé de m’y préparer dès mon entrée en fonction. La particularité, quand on est élue jeune au Conseil d’Etat (N.d.l.r.: Isabelle Chassot avait 36 ans), c’est qu’il y a une vie après la politique. Pour ne pas tomber dans le syndrome de la page d’agenda blanche, j’essayais par moments de me projeter à la fin de mon mandat. Je constatais que j’avais des envies d’exercer une activité dans différents domaines. Des envies de continuer à travailler pour la collectivité publique plutôt que de briguer un mandat politique fédéral ou de me mettre au service d’une entreprise. L’automne dernier, j’ai ainsi indiqué à mon parti qu’un éventuel mandat au Conseil des Etats ne m’intéresserait pas forcément.

Votre départ met forcément le PDC cantonal dans l’embarras, non?
Non, je pense que les chances de maintenir les trois sièges sont meilleures cette année qu’en 2016. Cette élection se jouera en effet plus sur la personne que sur le seul côté partisan et je n’ai aucun doute sur le fait que le PDC possède des personnalités profilées pour cette mission.

Pouvez-vous nous mentionner un dossier qui vous a particulièrement tenu à cœur durant ces douze dernières années?
Il est trop tôt pour faire le bilan. Si je ne devais retenir qu’une seule chose, c’est le travail au quotidien, avec quelque 9000 collaboratrices et collaborateurs très engagés. Conduire cette Direction en avançant sans provoquer de trop grosses vagues, de grosses confrontations, en essayant de dialoguer, me rend fière et cela, je le dois à toutes celles et à tous ceux qui travaillent à et pour la DICS.

Un dossier qui vous laisse sur votre faim?
Je pourrais dire la Loi scolaire, que je ne pourrai pas terminer, mais c’est dans l’ordre des choses dans une Direction comme la DICS. J’espère cependant terminer les travaux de la commission. Si je devais avoir un regret, c’est de devoir ranger dans un tiroir de beaux projets comme le chèque formation, la médiation culturelle ou le projet de la santé à l’école. Cela sera présenté lundi dans le cadre du plan d’économies. J’espère que la personne qui me succédera aura l’occasion de les mettre en œuvre.

 

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Une élection à haut risque
Isabelle Chassot va laisser un vide au Conseil d’Etat, mais son siège sera rapidement repourvu. Avant même son départ, selon sa volonté. La date la plus logique pour cette élection reste le 22 septembre, jour de scrutin fédéral, mais rien n’est encore fixé. Un premier candidat a exprimé publiquement son intérêt hier: il s’agit du démocrate-chrétien Jean-Pierre Siggen.
L’élection sera disputée, c’est une certitude. Le PDC, en perte de vitesse depuis plusieurs années, devra se battre pour maintenir ses trois sièges. Pour la gauche, cette démission représente une occasion de faire basculer le Conseil d’Etat dans son camp. L’UDC voit dans cette complémentaire une chance de décrocher un siège. Même si les deux partis n’ont pris aucune décision  formelle, il semble probable qu’ils tentent de décrocher le jackpot.
Pour le PDC, l’objectif premier est de trouver le bon candidat. Selon son président Eric Menoud, «il faut impérativement une personnalité qui ratisse large, connue et reconnue dans son activité». Le deuxième défi sera de réunir le parti derrière cette candidature. Eric Menoud voudrait éviter les divisions internes. Une primaire avec des camps qui s’écharpent pourrait rendre cette élection encore plus difficile.
Encore faut-il trouver la perle. Le chef du groupe PDC au Grand Conseil Jean-Pierre Siggen a déclaré publiquement son intérêt. Le conseiller national Dominique de Buman se fait plus discret. Le cérébral face à l’habitué des campagnes, pas sûr que cela évite les débats à l’interne... La chancelière d’Etat Danielle Gagnaux, l’ancienne présidente du Grand Conseil Gabrielle Bourguet, le député Eric Collomb ou la conseillère nationale Christine Bulliard-Marbach offrent d’autres alternatives.


Importance des alliances
Outre le candidat, le PDC devra nouer des alliances. Comme les autres partis, le PLR se dit dans l’expectative. Cependant, il semble peu probable qu’il revendique un second siège. Et pour assurer la réélection de Maurice Ropraz en 2016, les libéraux-radicaux pourraient avoir à nouveau besoin du PDC. Le Parti vert’libéral et le PBD, alliés des démocrates-chrétiens pour l’élection au National, représentent deux autres soutiens de choix. Mais ces formations pourraient préférer profiler une personnalité en vue de 2016.
Jouer la droite unie ne fait pas partie des plans de l’UDC. Le parti est prêt à prendre le risque de voir la majorité basculer. Pour trouver un candidat, l’UDC devrait puiser parmi ses députés: Emanuel Waeber, Michel Losey, Nicolas Kolly, Katharina Thalmann-Bolz, tous ont leurs atouts comme leurs défauts.


Réponse dans quelques mois
Le Parti socialiste ne manque pas de papables, parmi lesquels Carl-Alex Ridoré, Jean-François Steiert, Erika Schnyder, Xavier Ganioz, Pierre Mauron, David Bonny... Ou un autre. A ce stade, aucune préférence ne filtre. Une alliance à gauche semble plus plausible, même si on ne peut totalement exclure une autre candidature, notamment au PCS. Par le passé, les formations ont réussi à s’entendre.  
Qui remplacera Isabelle Chassot à la tête de la Direction de l’instruction publique, de la culture et du sport? Il faudra attendre quelques mois pour connaître la réponse. La provenance géographique et la langue joueront également un rôle. Et cela pourrait être l’un des six autres conseillers d’Etat, désireux de laisser son département. Moins de deux ans après le début de la législature, c’est tôt. Mais toutes les Directions ne jouissent pas de la même cote. L’Aménagement a notamment vu défiler un grand nombre d’élus ces dernières années. DM


 

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