La commune n’a pas d’argent, mais elle a du vent

| mar, 28. mai. 2013
Pauvre et endettée, la commu-ne a accroché sa charrue à l’étoile du vent. Le projet de parc éolien au Gibloux semble être la seule solution pour augmenter ses revenus et conserver son autonomie. Etat des lieux.

PAR MARIE-PAULE ANGEL

«C’était un dimanche. On passait par là. On a été éblouis. L’après-midi même, on a laissé un message à la commune pour savoir s’il y avait du terrain à vendre. Une demi-heure plus tard, la secrétaire nous répondait!" Voilà par quel prodige David Fattebert a atterri au Châtelard. «Je suis un peu un extraterrestre, je viens du canton de Vaud et je suis protestant!» sourit ce père de famille de 34 ans, responsable de planification aux CFF. Intégré au village grâce aux pompiers, David Fattebert est appelé, trois ans après son arrivée, à occuper un siège vacant au Conseil communal. Depuis 2010, il est le souriant syndic du Châtelard, l’une des communes les plus pauvres du canton.      

Un vrai village
Situé à une altitude de 925 à 1100 mètres, Le Châtelard offre l’un des plus beaux panoramas de la Glâne. Par temps clair, on y voit scintiller le lac de Neuchâtel. Réputé pour son air pur, le village a du cachet et du caractère, avec ses belles fermes, son auberge, son épicerie, ses deux fromageries, son école, son église, une riche vie associative et des éleveurs qui se mettent en quatre pour leur bétail. «Les gens se connaissent tous, ou presque, et les nouveaux venus, qui arrivent au compte-gouttes, s’intègrent facilement. Organise-t-on une fête des musiques ou des jeunesses qu’il accourt 800 bénévoles dans ce village de 350 habitants! N’est-ce pas merveilleux!» Voilà pour la carte postale.

Démographie
En 1950, le village comptait 452 habitants et encore 373 en 1970. Ils ne sont plus que 350 aujourd’hui. Exode rural? Paysanne en majorité, la population compte pas mal d’enfants et de personnes âgées, et les jeunes partent, c’est vrai. «La commune n’a pas de zones à bâtir. Les terrains disponibles (11000 mètres carrés) sont à des privés. Dans le cadre de la révision du plan d’aménagement, on aimerait dégager 5000 à 6000 mètres carrés qui permettraient, grâce à des échanges de terrain, de développer des zones à bâtir», explique David Fattebert. Car pour l’heure, sans ce levier, la commune voit mal comment elle pourrait attirer de nouveaux contribuables.  

Finances
Avec une moyenne de 1636 francs par habitant, Le Châtelard est, après Jaun (1536 francs) et Zumholz (1608 francs), la commune fribourgeoise où le rendement de l’impôt est le plus bas – la moyenne cantonale se situant à 2696 francs (chiffres de 2010). Le manque à gagner pour Le Châtelard est estimé à 315000 francs par an! Impressionnant, quand on sait que la dette nette flirte dangereusement avec les
2 mio et, plus grave, que la commune n’a plus de crédit et ne peut donc plus emprunter un centime.
Durant la semaine passée (La Gruyère de samedi), les citoyens ont voté une hausse de l’impôt, qui passe de 91,5 centimes à un franc. Diablement plus élevé que prévu (2275 francs), le déficit des comptes 2012 (78230 fr. sur des charges de 1,19 mio, soit 6,5%), ne laissait guère le choix. Cet effort rapportera, certes, un peu plus de 40000 francs dans la caisse communale, de quoi tenir un bout de temps, mais pas de quoi attirer de nouveaux contribuables…

Fusion
Chat échaudé craint l’eau froide, dit-on. Les gens du village n’ont pas oublié le «niet» de Massonnens qui, en 2005, envoya promener la fusion avec les communes du Châtelard et de Grangettes qui, elles, avait dit oui…
Maintenant, «un sondage montre que les deux tiers de la population du Châtelard ne veulent pas de fusion. Ou, s’il devait y en avoir une, ce serait, par ordre de préférence, avec Sorens, puis avec Villorsonnens et enfin avec Vuisternens», énumère David Fattebert. Reste le plan de fusion à l’échelle du district, avec des variantes: Grangettes et Vuisternens avec, éventuellement, Le Châtelard. Ou bien Le Châtelard, éventuellement toujours, avec Châtonnaye, La Folliaz, Massonnens, Torny, Villaz-Saint-Pierre et Villorsonnens. Ce qui impliquerait, quelle que soit l’option, la cantonalisation de la route communale Villariaz (ou Massonnens)-Grangettes-Le Châtelard-Sorens.

La route
Un serpent de mer, justement, cette «route de Sorens». Goudronnée en 1963, elle coûte bonbon en entretien de toute sorte au Châtelard qui se bat depuis des lustres pour sa reprise par le canton. En 2004, le conseiller d’Etat Georges Godel, alors député, avait déposé, avec le Sorensois Jean-Louis Romanens, une motion pour la classification de cet axe en route cantonale. Motion rejetée, la route ne rentrant pas dans le cadre de la loi, déplore le syndic. «Cette route, reflet de l’interdépendance des échanges entre la Gruyère et la Glâne, supporte pourtant un trafic croissant. Mais notre commune ne consentira désormais plus aucun investissement sur cet axe: nous n’avons plus d’argent.»

 

"Si ça marche, on est sauvés!"

Et si le salut venait du vent? En 2012, la commune du Chatelard s’est lancée, avec sa voisine Grangettes, dans le projet de parc éolien sur la chaîne du Gibloux, ceci en partenariat avec la société spécialisée Ennova SA au Landeron (NE).
Un grand pas a été franchi, la semaine passée. Les citoyens du Châtelard ont voté l’inscription d’un droit de superficie sur les cinq parcelles communales concernées (trois sont propriété du Châtelard et deux de Grangettes), la promesse de constituer des servitudes permanentes sur les cinq parcelles en question et le principe d’une convention de collaboration entre la société Ennova et la commune.  
Haut de 90 mètres, le mât de mesures du vent a été posé. Si tout se passe bien, vu le temps nécessaire à la prise et à l’analyse des mesures (deux ans environ), ainsi que des plans spéciaux d’affection et de la procédure de mise à l’enquête, ce n’est qu’en 2017 au plus tôt que les éoliennes, hautes de 140 mètres et au nombre de cinq au moins et de sept au plus, pourraient commencer à fournir de l’énergie verte.
David Fattebert insiste bien: «Ce n’est pas le projet du Conseil communal, mais une solution qui profite à tous les citoyens pour conserver notre autonomie, mettre en valeur notre patrimoine et diversifier le revenu agricole. C’est un projet de territoire, une démarche intégrée, pas uniquement une question d’argent», ajoute-t-il, en évoquant le potentiel qui pourrait être développé dans la biomasse, le photovoltaïque, l’agritourisme, l’écotourisme…
Financièrement, l’opération serait loin d’être négligeable. Prudemment, David Fattebert énonce un revenu annuel de l’ordre 200000 francs, voire plus, cela dépendra du nombre d’éoliennes (on parle de 50000 francs par an et par machine). De plus, le projet signifierait la création d’une société locale d’exploitation du parc éolien dont le siège social serait sur place.
«On serait sauvés et plus de souci pour dégager nos routes!» s’exclame le syndic. Et si, sans vouloir jouer les oiseaux de malheur, ça ne marchait pas? «On a pris des décisions, pour aller de l’avant. On n’a pas la science infuse, c’est vrai. Mais, on n’a rien à perdre et cela ne nous coûte rien, l’investissement communal est de zéro franc. C’est, actuellement, la seule solution que nous avons trouvée pour nous en sortir». MPA 

 

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