Nanotechnologies: "Faire sortir la science des laboratoires"

| jeu, 23. mai. 2013
Glânois par son père, Gruérien par sa mère, Aymeric Sallin est une figure mondiale de l’économie des nanotechnologies. Avec sa société, il a réuni plus de 500 millions de dollars, injectés dans des entreprises travaillant dans le très petit.

Par Thibaud Guisan

Profession: nano-capital-risqueur. Depuis la Silicon Valley, aux Etats-Unis, Aymeric Sallin, 39 ans, dirige une entreprise d’envergure mondiale. Sa société, NanoDimension, fondée en 2002, est spécialisée dans les investissements dans les nanotechnologies.
En dix ans, le Fribourgeois – Glânois par son père et Gruérien par sa mère – a réuni («levé» dans le jargon) plus de 500 millions de dollars, injectés dans des firmes travaillant avec l’infiniment petit. Devenu une figure de l’économie des nanotechnologies, il se confie à l’occasion d’un passage dans la région. Entre deux avions.

En quoi consiste votre métierde capital-risqueur?
On investit capital et passion pour aider des scientifiques et des entrepreneurs à amener
une révolution sur le marché. NanoDimension s’est spécialisée dans les nanotechnologies. On prend le risque de financer une technologie très en amont, pour permettre à la science de sortir des laboratoires de recherche. Les fonds publics soutiennent l’éducation et la recherche. Pour la suite, des capi-
taux privés sont indispensables.

Que sont ces fameuses nanotechnologies?
Dans le petit (n.d.l.r.: un nanomètre est un milliard de fois plus petit qu’un mètre), les propriétés physiques de la matière changent. Par exemple, le point de fusion des métaux (n.d.l.r.: passage de l’état solide à l’état liquide) chute de plus de 1000° C à moins de 100° C. Les nanoparticules et les nanostructures font partie de notre monde depuis toujours. Les couleurs des fruits ou des poissons ne sont pas des pigments mais des nanostructures qui diffractent la lumière. Les nanotechnologies sont les technologies qui bénéficient de ces propriétés différentes issues du monde nanométrique.

A quand remontent les premières applications de nanotechnologie?
A des siècles… Sans le savoir, les verriers utilisaient déjà les nanotechnologies pour leurs vitraux. Le bleu est dû
à des nanoparticules d’argent, le rouge à des nanoparticules d’or. Grâce à l’avancée des instruments de mesures, nous avons pu observer et comprendre ce qui se passe à l’échelle nanométrique. En 1981, la mise au point du microscope électronique à Zurich par Heinrich Rohrer (Prix Nobel de physique décédé ce week-end) a été une étape importante. Nous pouvons maintenant contrôler et produire des nanostructures pour une nouvelle dimension d’applications.

Dans quels domaines?
NanoDimension investit dans des sociétés possédant une technologie permettant de résoudre d’importants problè-mes. Elles peuvent dès lors croître très vite. Une entreprise de notre portefeuille produit un verre électrochromique. Il permet un contrôle dynamique de la quantité de lumière et de chaleur qui entrera ou non dans le bâtiment, tout en gardant sa transparence. Il en résulte d’importantes économies d’énergie, avec l’avantage de conserver la vue et la lumière naturelle. Les stores, rideaux et climatisation deviennent obsolètes.
La médecine recourt aussi aux nanotechnologies. Une de nos sociétés travaille dans le traitement des cancers. Le but est de mieux amener le principe actif vers la zone malade. Il en résultera potentiellement des chimiothérapies plus efficaces avec des effets secondaires limités. Les premiers résultats des tests humains sont très encourageants. Des prochaines générations de vaccins sont également en développement.

Comment fonctionne NanoDimension?
J’ai créé la société depuis la Suisse et nous sommes depuis cinq ans aussi présents au cœur de la Silicon Valley. Nous sommes une dizaine d’experts: des chercheurs physiciens, des entrepreneurs spécialistes en production et en commercia-
lisation. Nous parcourons le monde à la recherche de découvertes scientifiques à fort potentiel et travaillons intensément pour les développer et les amener sur les marchés.

Dans combien d’entreprises avez-vous investi?
Notre portefeuille comprend sept sociétés. Une dizaine de nouvelles s’y ajouteront prochainement. Le premier investissement remonte à 2006. Nous analysons plus de 1500 opportunités par an.

Combien d’emplois ont pu être créés?
Plus de 500. Rien que View, l’entreprise qui produit les verres dynamiques, en emploie 250. Il s’agit d’une usine de 30000 m2, au sud de Memphis, aux Etats-Unis. Nous installons ces verres dans des hôpitaux, universités, hôtels, bases de l’armée, résidences privées, etc. Si, à l’avenir, 10% des ver-res extérieurs vendus chaque année dans le monde devaient être dynamiques, nous aurions besoin de construire 500 usines comme celle que nous avons créée. Par ailleurs, plus de 100 personnes travaillent dans le traitement du cancer.

Où trouvez-vous les fonds que vous injectez dans les projets?
Principalement auprès d’investisseurs privés. Des fonds souverains (n.d.l.r.: fonds d’investissement détenus par un Etat) nous rejoignent plus tard lorsque les principaux risques sont passés.

 

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BIO express


Age: 39 ans.
Domicile. Woodside, Californie, entre San José et San Francisco, au nord
de la Silicon Valley.
Formation. Collège Saint-Michel à Fribourg, master en physique à l’EPFL.
Famille. Il grandit à Avry-sur-Matran. Son père Ernest, de Villaz-Saint-Pierre,
et sa mère Liliane, de Bulle, ont créé une agence immobilière à Fribourg.
Ses grands-parents maternels habitent à La Tour-de-Trême. «Dans la Silicon Valley, je dois être le seul à posséder un bredzon. Je suis fier de mes racines. Les valeurs fribourgeoises, terre à terre, m’ont servi dans mon parcours, comme mes proches qui m’ont beaucoup soutenu à mes débuts,
difficiles. De mes parents et grands-parents, j’ai appris qu’il fallait travailler dur pour réussir et ne jamais renoncer.»
Signe particulier (I). En 2010, il est nommé par Arnold Schwarzenegger, alors gouverneur de Californie, au sein d’une délégation de 20 leaders de la Silicon Valley, pour une visite officielle en Russie. «Nous avons rencontré et travaillé avec le président Medvedev et son gouvernement. La Russie dépend trop du pétrole et du gaz. Moderniser son industrie est essentiel, d’où l’intérêt des nanotechnologies. A cet effet, la Russie a créé un fonds souverain de 10 milliards de dollars.» Un mois après cette visite, Aymeric Sallin s’adressait à Washington à des membres influents du Congrès et du Sénat, ainsi qu’à des académiciens, à l’occasion des 10 ans du National Nanotechnology Initiative, un programme de 14 milliards de dollars lancé en 2001 pour supporter les nanotechnologies aux Etats-Unis.
Signe particulier (II). Cette année, il a intégré le Young Global Leaders
du Forum économique mondial (WEF), réunissant des dirigeants de moins
de 40 ans. TG
 

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