Une prestigieuse uni américaine recrute le Romontois Langura

| jeu, 16. mai. 2013
A 20 ans, Dusan Langura intègre l’équipe de l’Université de Géorgie, dans un des meilleurs championnats des Etats-Unis. Le Romontois raconte comment il est sorti du lot. Dusan Langura croit en Dieu, en lui et que tout est possible.

par Karine Allemann

Au départ, il ne sera que red short (n.d.l.r.: traduction mail­lot rouge). C’est-à-dire qu’il ne jouera pas, mais qu’il participera à tous les entraînements. «Les matches, je les suivrai en costard, sur le banc de l’équi­pe.» Mais pas n’importe quelle équipe, puisque le Romontois Dusan Langura, 20 ans, va intégrer début juin l’Université de Géorgie, aux Etats-Unis. Avant d’entamer son cursus de quatre ans en 2014, l’ailier-shooter va commencer par s’adapter à sa nouvelle vie, à un niveau de jeu très relevé. Car, parmi les 350 formations de première division que compte le championnat universitaire NCAA, les Bulldogs d’UGA (University of Georgia) figurent dans le top 50. «Ces deux dernières années, trois joueurs ont signé en NBA.» Voilà pour les présentations. Comment un jeune de Romont a-t-il pu s’extrai­re du lot dans un système américain hyper sélectif? Dusan Langura raconte.

Départ pour Atlanta
Après des débuts à Romont et à Fribourg Olympic, à 16 ans le basketteur intègre le Centre de sport-études de Lausanne, où il évolue avec l’équipe de LNA. Peu de temps de jeu, mais une grosse envie de bien faire. «Les joueurs américains de l’équipe m’ont encouragé à partir aux Etats-Unis. J’ai fait une vidéo, que l’un d’eux a envoyée à son ancien coach en high school (n.d.l.r.: école de niveau secondaire) qui l’a appréciée. J’ai un peu hésité, mais, comme je suis quelqu’un de sérieux et humble, je savais que ça se passerait bien.» Destination le sud des Etats-Unis, à Atlanta, pour rejoindre l’école privée Furtah Prep.

Débuts prometteurs
La première saison 2010-2011 se conclut avec 17 points de moyenne et une finale d’Etat, soit le meilleur résultat de l’école. Mais le jeune homme se déchire les ligaments du genou dans la foulée.
L’année suivante, il marque 13 points par match, dans «une équipe fabuleuse», qui enregistre 32 victoires pour une seule défaite. On le surnomme Rolex. «A l’école, ils voulaient m’appeler Swiss Chocolate. Parce que, de la Suisse, les Américains ne connaissent que le chocolat et les montres. J’ai dit que Rolex, ça sonnait mieux.» Les coéquipiers adoptent. Surtout que le jeune homme s’offre le record de l’école au niveau des paniers à trois points: 72 sur la saison et 9 dans un seul match.

Au printemps 2012, les propositions de plusieurs universités affluent. Une première offre, déjà, arrive d’UGA. «Ils avaient perdu deux joueurs, passés professionnels. Mais je trouvais que c’était trop grand pour moi. On parle d’une très bonne équipe de première division. Pour situer, la plupart des Américains de Fribourg Olympic viennent de deuxiè­me division.» Comme pour tous les Européens, le dossier du Romontois doit passer par la NCAA Clearing House, qui étudie le parcours des joueurs pour être sûre qu’ils remplissent les critères scolaires et qu’ils n’ont jamais été professionnels. Son dossier traîne, il décide de rejoindre une autre école privée préparatoire à Los Angeles, Future Prep. «Sur le plan du basket, c’était un nouveau palier, avec une équipe de morts de faim! La concurrence était rude, c’était très physique. Mais une belle expérience. Deux de nos matches sont passés sur ESPN.»

Georgia, hors norme
Ce printemps, l’Université de Géorgie cherchait toujours un shooteur. Dusan Langura y est recruté. Le campus compte 36000 étudiants et les matches de basket attirent 9000 spectateurs. Qu’est-ce qui lui a permis de sortir du lot? «Il faut être assez intelligent pour avoir les notes suffisantes pour aller à l’uni. Ensuite, il y a mes qualités de shoot et mon éthique de travail. Je vais à l’entraînement une heure avant les autres pour faire des tirs. Enfin, j’ai presque toujours été capitaine des équipes où j’évoluais. Je suis ce qu’on appelle un leader vocal.»

Avant d’être officiellement admis, le Romontois a dû passer toute une batterie de tests médicaux, même un scanner du crâne! «Ils investissent énormément d’argent sur les athlètes. Une année d’études, c’est 40000 francs. Alors ils veulent être sûrs que tu n’as pas de problème. En tant que sportif, je vais recevoir une bourse, je serai logé avec un coéquipier et on reçoit de quoi vivre. On reçoit même pas mal d’argent. Il faut dire que l’argent ne manque pas. Même la mascotte de l’équipe est professionnelle. Il y a un gars, son métier est d’être mascotte!»

Prestigieuse sur le plan sportif puisqu’elle fait partie de la Southeastern Conference (SEC), l’une des plus relevées du pays, UGA est aussi extrêmement reconnue sur le plan académique. «La première année, je vais m’acclimater à cette nouvelle vie. Et puis, il faut que je progresse et que je prenne de la masse musculaire. Je sais que ce sera dur et que j’aurais pu choisir la facilité en partant pour une plus petite uni. Mais je préfère être le dernier en ville que le premier au village.»

 

Les potes du quartier à Romont, Dieu, les filles faciles...
Dusan Langura a grandi à Romont, dans un immeuble derrière le CO. Son père est serbo-monténégrin, sa mère macédonienne. Vient-il d’une famille de basketteurs? «Pas du tout! Mes parents se sont rencontrés à l’Université de Belgrade, où le basket est très important. Mais, mon père, c’était tout pour les livres. Il est médecin généraliste à Renens.»

1680 City of dreams
Ses potes du quartier, Dusan Langura en est encore très proche. «La plupart ne travaillent pas, ils traînent toute la journée. Je ferais sûrement pareil si je n’avais pas le basket. Et j’aurais fait bien des conneries.» Dire que le jeune homme a Romont dans le cœur n’est pas une image. Pour ses 18 ans, il s’est fait tatouer «1680 City of dreams» sur le torse. Soit le code postal de la ville, suivi de «La cité des rêves». «C’est là que mon rêve a commencé. Ce terrain de basket (n.d.l.r.: où il a posé pour la photo, à côté du CO), c’est chez moi.» Comme les Américains, le jeune homme croit fermement que tout est possible si on le veut vraiment. Mais, selon lui, les Suisses ne savent plus rêver. «Demandez à un gamin qui joue au foot s’il rêve du Barça. Il dira que c’est impossible. Mais Thabo Sefolosha, il vient de Blonay. Et aujourd’hui, il joue en NBA.»

Pour cela, il faut faire les efforts nécessaires. Ce qui semble plus facile dans le système américain. «Ici, je n’ai pas souvenir qu’un gars de ma classe soit venu me voir jouer. Quand je partais trois jours avec l’équipe nationale, ils pensaient que j’étais malade. En Suisse, c’est beaucoup de travail, pour peu de reconnaissance. Aux Etats-Unis, même en high school, les sportifs sont les stars de l’école.»
Du coup, la réalité rattrape la fiction, notamment en ce qui concerne l’attrait des sportifs auprès des jeunes filles… «A l’école, j’avais une petite copine qui s’appelait Rachel, elle était pom-pom girl. C’est cliché, mais les pom-pom girls, c’est les filles faciles pour les athlètes. Même si Rachel l’était un peu moins que les autres…»

Faits particuliers: Dusan Langura ne boit pas d’alcool et il est très croyant. «Je suis orthodoxe. Quand je suis parti à Lausanne, j’ai eu besoin de parler à Dieu. Il est une part de mon succès. Après, je ne fais pas dans la charité. Mon but est d’arriver au sommet.» Le jeune homme rêve de NBA, mais se contenterait d’une carrière en Europe. Dans le pays d’origine de son père, puis pourquoi pas à Fribourg Olympic, son club.

Le basket et l’argent
A seulement 20 ans, celui qui étudiera le business international à l’université a déjà investi dans une entreprise de T-shirt à Genève. Et il veut créer une société pour aider les basketteurs suisses à trouver des écoles aux Etats-Unis.

De retour au pays ce printemps pour faire retirer les vis qu’il avait dans le genou depuis sa blessure, Dusan Langura retourne aux Etats-Unis le 25 mai pour un nouveau départ. Sur son profil
Facebook, ce jeune homme plutôt sympa donne pour centres d’intérêt le basket et l’argent. Ça tombe bien, il s’apprête à faire carrière dans un pays où les deux sont rois.

 

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