Toute une vie à développer des remèdes naturels

| jeu, 20. juin. 2013
Après quarante-cinq ans d’activité, la droguerie-herboristerie Raboud ferme ses portes à Broc. Ses spécialités de comptoir, connues loin à la ronde, seront transférées à la pharmacie du village.

PAR ANGELIQUE RIME


«C’était un vendredi et il neigeait. Les conditions n’étaient pas idéales, mais il y a tout de même eu du monde.» Installé entre les flacons de parfum, les gouttes et les sachets de tisane, Bernard Raboud, fondateur de la droguerie-herboristerie éponyme, se souvient du jour de l’ouverture du commerce, en février 1968.
Après quarante-cinq ans, le Glânois d’origine et son épouse Marguerite tireront leur révérence samedi 29 juin. «Il faut bien arrêter un jour», relève la native de Châtel-Saint-Denis, qui a secondé son mari durant près d’un demi-siècle. Notre dix-huitième apprenti termine sa formation cet été. Nous ne l’aurions pas laissé tomber.» A 70, respectivement 69 ans, Bernard et Marguerite Raboud évoquent également le rythme parfois lourd des journées de travail.
Mais que leurs clients se rassurent, ils continueront à trouver les fameuses spécialités de comptoir à base de plantes développées par le droguiste. «C’était notre priorité numéro un. Nous avons signé une convention avec la pharmacie Benu, à Broc. Nos remèdes maison, ainsi que la majorité de notre assortiment, seront transférés dès le 1er juillet dans l’officine brocoise, explique Bernard Raboud. De plus, une de nos anciennes apprenties, l’antépénultième, a été engagée pour s’occuper spécialement du secteur droguerie.»


Pas de remèdes miracles
De la tisane digestive aux gouttes basées sur les huiles essentielles en passant par les granules homéopathiques, Bernard Raboud a mis au point quelque 150 spécialités de comptoir. «Les gens m’ont demandé des choses inouïes dans le but de soigner des pathologies diverses et variées. Je répète bien sûr aux clients qu’ils doivent continuer à suivre leur traitement médical. Je suis d’ailleurs occasionnellement en contact avec des médecins.»
Curieux, l’ancien syndic de Broc s’est très vite intéressé à toutes sortes de méthodes naturelles, homéopathie, phytothérapie, mais aussi sympathicothérapie, gemmothérapie, iridologie, biothérapie, pour répondre au mieux aux demandes de ses clients. Des connaissances qu’il a notamment acquises lors de stages au Collège européen d’hygiène et de médecine naturelle. La préparation qui a donné les meilleurs résultats? Difficile pour Bernard Raboud de répondre, lui qui n’aime pas présenter ses produits comme des «remèdes miracles».
Après réflexion, il mentionnera tout de même le Pulmogem, des gouttes destinées à améliorer le fonctionnement du système respiratoire. «C’était stupéfiant. Un client qui portait un respirateur est venu me demander de l’aide. Il est revenu quelquefois, puis un jour, il ne portait plus son appareil. Il n’en avait plus besoin», raconte le droguiste titulaire d’une maîtrise fédérale, qui précise qu’avec toute préparation «six personnes seront enchantées, deux moyennement satisfaites et une autre n’aura aucun résultat».
Chercheur-né, le Gruérien d’adoption aime «fabriquer, boutiquer». «A part le contact avec la clientèle, la manipulation des matières premières végétales, minérales ou animales, qu’on appelle les (bonnes) drogues, va me manquer.» Et son épouse de préciser que transmettre ses cartons à tisane, estampillés d’une étiquette manuscrite parfois de travers, «sera certainement la chose la plus difficile pour son mari».


Retraite bien remplie
Les spécialités maison de Bernard Raboud ont fait la réputation du commerce. «Notre clientèle sort des frontières de la Suisse romande», souffle sa femme. Elles ont aussi permis au couple de maintenir les affaires à flot. «A l’époque, la vente de certains produits était réservée aux drogueries. Aujourd’hui, on trouve les produits phytosanitaires, de nettoyage, la peinture ou les cosmétiques dans presque toutes les grandes surfaces, résume Bernard Raboud. Pourtant, au fil des ans, notre assortiment est resté presque inchangé. Seuls les services relatifs à la photographie ont disparu.»
Pour l’heure, le couple Raboud, propriétaire des lieux, n’a pas encore réfléchi à l’utilisation future des locaux. Pour leur retraite en revanche, ils sont déjà déterminés. Madame en profitera pour pratiquer la marche, le ski, partir en voyage et passer du temps avec ses petits-enfants. Pour Monsieur, avide de littérature depuis l’âge de 40 ans, il s’agira de ranger, répertorier et classer ses plus de 20000 ouvrages, répartis pour l’heure dans quatre «pièces à livres».

 

-----------------------

 

Manque de successeurs
Bernard Raboud, qui a signé une convention avec la pharmacie Benu, à Broc (lire ci-dessus), a pourtant essayé de chercher un remplaçant parmi ses pairs, sans succès. En cause notamment, le manque de successeurs potentiels. Sur 34 élèves inscrits en première année à l’Ecole supérieure de droguerie (ESD) de Neuchâtel, dont le diplôme est nécessaire pour reprendre une droguerie, quatre sont romands. Tandis qu’en deuxième année la proportion est de trois Romands pour 33 Alémaniques. Les deux tiers des cours sont donc dispensés dans la langue de Gœthe.«Cela peut décourager les candidats romands», avance Bernard Raboud. Beat Günther, directeur de l’ESD, répond toutefois que «au lieu de baisser les bras, les étudiants romands devraient plutôt voir cela comme une occasion».
Si les élèves suisses alémaniques sont plus nombreux, c’est que le nombre de drogueries est aussi beaucoup plus important outre-Sarine qu’en Suisse romande. «Là-bas, les médecins délivrent le plus souvent eux-mêmes les médicaments. Il y a donc moins de pharmacies, ce qui a favorisé le développement des drogueries», décrit Bernard Raboud. AR



 

Ajouter un commentaire

CAPTCHA
Cette question est pour tester si vous êtes un visiteur humain et pour éviter les soumissions automatisées spam.

Annonces Emploi

Annonces Événements

Annonces Immobilier

Annonces diverses

Trending

1

Au volant d'une voiture volée, il s'enfuit par les rails

A Bulle, mercredi après-midi, le conducteur d'un véhicule volé a pris la fuite au moment où la police a voulu l'intercepter. Au volant, il n'a pas hésité à emprunter les voies de chemin de fer sur plusieurs centaines de mètres. Il a finalement été interpellé quelques instants plus tard.