«Personne ne nous force à faire le ramadan»

| jeu, 25. jui. 2013
La période du ramadan tombe cette année du 10 juillet au 7 août. Rencontre avec Xhelal et Sherif, deux employés du domaine de la construction qui pratiquent ce jeûne et qui conservent néanmoins le même rythme de travail.

PAR ANGELIQUE RIME

Alors que les ouvriers qui travaillent sur le chantier de la nouvelle école de La Tour-de-Trême déballent leurs casse-croûte, Xhelal et Sherif s’asseyent tranquillement à l’ombre. Il est midi. Mais pour ces deux Bullois originaires du Kosovo, pas de repas en vue. Ils font le ramadan depuis le 10 juillet et donc ne mangent ni ne boivent de l’aube au coucher du soleil, soit environ de 6 h à 21 h (lire encadré). «On souhaite bon appétit à nos collègues. Souvent, on les accompagne même lors des neuf heures pour discuter un peu», explique Xhelal, 32 ans, coresponsable d’une entreprise de construction de la région.
Cette année, le ramadan  tombe en été. Une période tout sauf optimale pour les deux employés de la construction. «C’est plus dur lorsqu’il fait chaud. Mais nous sommes habitués à ce tournus dans les saisons, commente Xhelal, qui pratique le ramadan depuis plus de vingt ans. Avant de commencer, on se prépare mentalement, un peu comme si on partait en vacances!» Et pas question de faire une entorse aux règles, par exemple en s’humectant les lèvres avec de l’eau.
«Personne ne nous force, lance Sherif, 31 ans, un des employés de Xhelal. Les deux ou trois premiers jours sont les plus durs. On maigrit un peu et on se sent plus fatigué. Mais on reprend vite le poids perdu et notre corps s’habitue. Dans les moments plus difficiles, notre foi en Dieu nous aide énormément. On ne se fait pas mal, j’ai plutôt l’impression que l’organisme élimine les toxines pendant cette période.» Et si, au fil de la journée, le ventre se met à faire quelques «gargouillis et la sensation de soif à devenir plus intense, c’est normal et ça s’estompe», ajoute Xhelal.


Même rythme de travail
Les deux ouvriers se permettent toutefois d’adapter les indications à leur contexte professionnel. «Je ne fais pas les cinq  prières quotidiennes. Je ne voudrais pas me faire remarquer ou me mettre à l’écart», relève Sherif. Il essaie toutefois de les rattraper pendant son temps libre et se rend le vendredi et le samedi  pour prier au Centre culturel islamique albanais, à Bulle.
Membre de ce centre, Llokman Sadiku explique que le ramadan peut être «cassé» pour plusieurs raisons, notamment si le fidèle accomplit une tâche physique. «Mon cousin, qui travaille également dans le milieu de la construction, a renoncé à jeûner un jour où la température était trop élevée. Il a pu le compenser après le ramadan. Chacun doit prendre ses responsabilités. S’il voit que c’est dangereux pour sa santé, il peut faire une exception.»  
Leur travail sur les chantiers, Xhelal et Sherif disent l’accomplir «au même rythme que le reste de l’année». «J’ai été salarié dans une autre entreprise de construction pendant quinze ans. Mon supérieur ne m’a jamais dit que je ne travaillais pas assez bien ou assez vite», relève Xhelal. Selon Sherif, certains patrons essaient cependant de «dissuader leurs employés. Parfois, il y a également certaines critiques ou incompréhensions de la part de nos collègues, mais nous n’y portons pas trop attention. Faire le ramadan au Kosovo serait cependant plus facile. Au niveau de l’intégration en tout cas. Mais là-bas, il fait plus chaud en été!»


Football après le chantier
Pour se reposer, Xhelal essaie si possible de faire une sieste avant le repas du soir. «Je mange léger. L’estomac ne supporte pas de trop grandes quantités de nourriture. Par contre, avant l’aube, je mange un peu plus et je bois deux, trois, parfois quatre verres d’eau.» Le matin, Sherif boit généralement un litre d’eau. Après sa journée sur les chantiers, il se rend encore deux ou trois fois par semaine à son entraînement de football. «Je me suis senti mal une seule fois alors que je courais. J’ai dû arrêter les exercices. En général, je les effectue comme les autres.»

 

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Tarawih, la prière du soir
Le ramadan fait partie des cinq piliers de l’islam, aux côtés de l’attestation par la parole de la foi, de la prière rituelle, de l’aumône et du pèlerinage à la Mecque. Dès la puberté, tout musulman – sauf les malades, les femmes enceintes et les voyageurs notamment – doit s’abstenir de boire, de manger, de fumer et d'entretenir des relations sexuelles de l’aube au coucher du soleil durant la trentaine de jours que dure le ramadan. Cette année, il a commencé le 10 juillet se terminera le 7 août. «Etant basé sur le calendrier lunaire, le ramadan n’a jamais lieu à la même date. Il faut trente-trois ans pour faire un cycle complet», explique Llokman Sadiku, du Centre culturel islamique albanais, situé à la rue de Vevey, à Bulle.
Durant le ramadan, les activités du Centre ne sont pas forcément plus étoffées. Les tarawih, soit les prières du soir, sont toutefois organisées chaque jour durant cette période. «C’est une prière qui n’est pas obligatoire, mais qui se fait en plus des cinq quotidiennes. Elle débute aux alentours de 23 h. En général, il y a une vingtaine de personnes qui y participent. Si le ramadan se déroulait en hiver, les fidèles seraient plus nombreux. Là, beaucoup sont en vacances.» AR.

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