L’arbre des Romanens mesure 20 m et compte 15 branches

| mer, 17 jui. 2013
Cet été, La Gruyère retrace l’histoire de quelques familles incontournables de la région. Quatrième épisode en compagnie des Romanens, de Sorens.

PAR SOPHIE ROULIN

Il le dit lui-même: il est tombé dans le grand chaudron généalogique à l’âge de 12 ans. Jean-Claude Romanens regardait alors de vieilles photographies avec son père. Pour l’aider à comprendre les liens entre les membres de la famille, ce dernier lui dessine un petit arbre généalogique. Un véritable déclic pour le garçon qui ne savait pas encore que cette passion naissante deviendrait sa profession. Ni qu’il étudierait durant près de quinze ans l’histoire de sa famille pour remonter jusqu’en 1416.
«A cette époque, je n’ai pas eu beaucoup de réponses à mes questions, explique le généalogiste, aujourd’hui âgé de 48 ans. Mon père ne savait pas que nous avions des origines suisses et ma grand-mère croyait que nous venions de Belgique.» Il lui faudra encore quelques années pour en savoir plus. Avant de pouvoir commencer sa propre généalogie, l’adolescent fait ses armes sur celle de la grande noblesse européenne.


Les débuts à bicyclette
A 17 ans, il peut enfin partir à la quête de ses ancêtres. Enfourchant son vélo, il parcourt le Vexin normand, allant de mairie en mairie. Ses recherches sont toutefois bloquées rapidement: les registres d’état civil de la commune de naissance de son arrière-grand-père, Léon Romanens, ont disparu dans un incendie. Et, faute de moyens de transport adaptés, le jeune homme doit renoncer à se rendre aux archives départementales.
Mais il en faudrait plus pour freiner son enthousiasme: il passe en revue l’annuaire du département et entre en contact avec les familles Romanens qui y figurent. Un an après le début de ses recherches, en juin 1983, Jean-Claude Romanens rencontre un cousin de son grand-père. «Il m’apprit quelque chose d’impensable pour moi à l’époque: nous n’étions pas d’origine française, mais suisse.»


«Sorens, mon Everest»
A peine sorti de chez son cousin, il court à la librairie acheter une carte topographique. «J’ai pu découvrir où était niché Sorens, commune de mes ancêtres. Mais aussi, à ma grande surprise, me rendre compte qu’à proximité se trouvait un autre village du nom de Romanens.» Le jeune homme n’a dès lors plus qu’une idée en tête: poursuivre ses recherches en Suisse.
«Je n’oublierai jamais le jour où je mis pour la première fois le pied dans ce village de la Gruyère. Pour moi, je venais de conquérir l’Everest. C’était en 1984», racontera-t-il en 1998, lors d’une conférence donnée dans le cadre de l’assemblée générale de l’Institut d’héraldique et de généalogie de Fribourg.
Jean-Claude Romanens passe alors ses journées aux Archives de l’Etat et à la cure de Vuippens. Et ses nuits à remettre au propre les données collectées. «A la lampe de poche, car je faisais du camping à Sorens.» Après plusieurs séjours, il parvient à remonter jusqu’en 1880, mais peine à trouver des informations plus lointaines.


Un seul couple à l’origine
Pour en savoir plus, il fonde en 1992 l’association généalogique et familiale Les Enfants du Gibloux. Elle compta jusqu’à 95 familles adhérentes, dont certaines au Canada et en Australie. Son but est de recueillir et de publier des renseignements sur la famille. Un logiciel informatique est également mis au point par le père de Jean-Claude Romanens et un de ses amis pour gérer la base de données.
«Au final, tous les Romanens descendent du même couple. Nous sommes donc tous cousins plus ou moins éloignés.» Ses recherches ont permis au généalogiste de dessiner un arbre de 20 mètres de long, comptant quelque 2000 noms. Quinze bran-ches ont été distinguées (lire aussi ci-dessous). «Je suis de la cinquième génération d’une branche installée en France depuis 1862.»
En 1995, le généalogiste propose à l’association d’organiser un grand rassemblement familial, dans le village d’origine. Histoire de partager le fruit de toutes ces recherches. L’accueil est enthousiaste et le jour même un comité d’organisation est constitué. La fête, qui se déroula les 6 et 7 juillet 1996, permit de réunir près de 400 personnes.
Trois ans plus tard, à l’occasion du Giron des musiques gruériennes qui se tenait à Sorens, plus de 2000 invitations sont lancées. Les Enfants du Gibloux montent une exposition généalogique sur vingt familles sorensoises. Le succès est à nouveau au rendez-vous puisque 700 Sorensois de l’extérieur répondent présent.


La nationalité retrouvée
Jean-Claude Romanens l’avoue volontiers, son patronyme l’a beaucoup aidé lors de ses recherches dans le canton de Fribourg. Et, preuves généalogiques à l’appui, le Français a pu obtenir son passeport à croix blanche. «J’ai fait la demande en hommage à mes ancêtres, sans imaginer qu’un jour je m’installerais en Suisse, ni que je deviendrais généalogiste professionnel (www.genealogiesuisse.com).»

 

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«Offrir son être pour que vive la chanson»
Bernard Romanens. Trente-six ans après, la ferveur demeure, «portée par le Liauba qu’il lançait en accentuant le “liau” initial avec une puissance et une vérité inégalées», comme le relève Michel Gremaud, ancien rédacteur en chef de La Gruyère, dans l’édition estivale 2010 de Mars en tous sens. Le bulletin communal de Marsens revenait sur l’inauguration de la place Bernard-Romanens.
Car s’il est un Romanens célèbre, c’est bien lui. Armailli et fromager de profession, il fut le soliste choisi pour interpréter le Ranz des vaches lors de la Fête des vignerons de 1977. L’adhésion du public ne se fit pas attendre. Le chanteur de Marsens devint la représentation du paysan d’alpage dans son idéal. Conservateur au Musée gruérien, Henri Gremaud analysait: «En un temps très court, il avait rempli sa mission, qui était d’offrir son être pour que vive une chanson où s’enclôt l’âme d’un pays.»


L’ouragan de la gloire
Bernard Romanens devint une légende, sans s’inquiéter de l’ampleur du phénomène. Vedette malgré lui, il ne demandait pas de contrepartie. Il chantait. Avant de disparaître brutalement, un matin de janvier, à l’âge de 37 ans. «Emporté par l’ouragan de la gloire», comme l’écrivait Michel Gremaud, qui signait sa nécrologie dans ce journal.
Sa voix, elle, continue de faire vivre la chanson, grâce aux enregistrements. Et la légende se perpétue par les livres, les cartes postales et les références sur internet. SR

Commentaires

Bravo pour ce magnifique travail.

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