Elle enchaîne les mariages

| sam, 17. aoû. 2013
Avant-dernière page consacrée à la série des activités d’été, avec les mariages qui s’enchaînent à Gruyères, les deuxièmes samedis du mois. Un marathon assuré en ce mois d’août par l’officière d’état civil Lucienne Liard.

PAR PRISKA RAUBER

Se marier en été, c’est plus sûr. Niveau météo. Et se marier à Gruyères, c’est plus grandiose. Niveau décor. C’est du moins l’avis partagé par les cinq couples qui se disent oui chaque deuxième samedi des mois d’été – ils sont moins nombreux en hiver – dans la salle St-Germain de Gruyères. Une particularité du district, qui offre deux salles des mariages. Depuis la fusion des Etats civils du canton en 2003, chaque district ne compte plus qu’une salle officielle dans les chefs-lieux. «Mais vu l’historicité de Gruyères, les autorités communales sont parvenues à faire garder cette salle», précise Lucienne Liard, officière de l’Etat civil de la Gruyère. La voici donc, après avoir célébré deux mariages le matin au château de Bulle, ce samedi 10 août, à enchaîner les cérémonies à Gruyères, de 14 h à 17 h 30.

En entrant dans la ville, nul doute que c’est jour de mariages. Une limousine blanche, majestueuse, trône devant les géraniums de la fontaine. En guise d’invités, autour de la mariée en robe blanche, des touristes du monde entier. Et plus haut dans la ville, Lucienne Liard qui se hâte vers la salle St-Germain. Avant le début du marathon, l’officière d’état civil doit préparer ses fiches, les CD des musiques choisies par les fiancés et déplacer quelques fauteuils.

Des «aaaah» dans la salle

Cinq minutes avant d’accueillir ses premiers promis, Lucienne Liard file se remettre un coup de rouge à lèvres et faire un tour au petit coin – «mais ça vous ne marquez pas!» C’est pourtant un acte essentiel du rituel de préparation. Imaginez: le plus beau jour de votre vie, au moment le plus intense de la cérémonie, l’officier qui suspend la célébration pour se rendre aux toilettes. Pas sublime. C’est que, du début à la fin de l’après-midi, Lucienne Liard n’aura pas une minute de battement. Quand on enchaîne les mariages, les suivants piétinent dans leurs habits de lumière alors que les précédents sont encore à se congratuler. «Je n’hésite donc pas à les mettre dehors! Bien obligée!»

La musique résonne. L’officière cherche les parents, les témoins, et les place (les fiancés, en principe, elle les reconnaît). Moment incontournable avant celui où elle posera la fameuse question, la lecture des six articles de loi du Code civil. «Mais je vous rassure, je n’en ai pas pour deux heures.» Article 159, bla bla. Article 160, nouveau depuis le 1er janvier. Lucienne Liard doit donc encore jeter un œil à ses notes (les autres sont bien ancrés dans sa mémoire): «Chacun des époux conserve son nom. Les fiancés peuvent toutefois déclarer à l’officier de l’état civil vouloir porter un nom de famille commun. Ils peuvent choisir entre le nom de célibataire du fiancé et celui de la fiancée. Madame, vous avez décidé de prendre celui de votre mari.» Plusieurs «aaaah» de satisfaction se font entendre dans la salle…  

Article 166: «Chaque époux représente l’union conjugale pour les besoins courants de la famille pendant la vie commune. Ce qui signifie que vous êtes les deux chefs de famille. J’ai honte de vous le dire, à vous Madame qui êtes Française, mais cet article ne date que de 1988. Avant, c’était le mari qui était le chef de famille, uniquement.» Pas de «aaaah» dans la salle.

Les épaules retombent
Si les mariages se suivent et que les formalités se répètent, les unions ne se ressemblent pas. A chaque cérémonie, Lucienne Liard saura trouver les mots pour détendre, pour aider, pour rire. «J’arrive à sentir avec qui je peux un peu plaisanter, même si le mariage, c’est sérieux. Surtout au moment où on pose la fameuse question!» Elle avoue par contre souvent se tromper sur celui des deux époux qui sera le plus ému. «En disant oui, le crâneur va verser une larme, la stressée va assurer. Mais ce qui est certain, vous regarderez, c’est que toutes les épaules retombent une fois qu’on les déclare mariés!»

Enfin, Lucienne Liard, les fiancés et leurs témoins se lèvent. Avec la même intensité à chaque fois – elle sait la solennité de l’instant, sa place éternelle dans la vie de ces gens – l’officière leur demande s’ils acceptent de se recevoir comme époux. Et c’est vrai, après des oui timides ou hardis, les épaules se décontractent. Alors on rit, on pleure, on se sent même victorieux. Depuis 1997 qu’elle officie, et ne pouvant nier qu’une union qu’elle a scellée sur deux se termine en divorce, son entrain persiste. «J’adore mon boulot, parce que j’aime les gens.»

Lucienne Liard terminera tous ses mariages sur les mêmes mots. «A quel chef je donne l’enveloppe contenant le certificat?» Les jeunes mariés, par contre, répondront à chaque fois différemment. Mais toujours de façon évocatrice. «A moi évidemment.» «A lui.» «Allez, tu peux la prendre.» Le pouvoir à deux têtes, une formule qui semble encore avant-gardiste.

 

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Ne cachez plus ce ventre!
Il n’est pas si loin le temps où naître hors mariage était une infamie. Où le drame des filles-mères et des enfants illégitimes a meurtri de nombreuses vies. Où se marier avant que ne s’épanouisse ce ventre que l’on ne saurait voir a relégué l’exaltation d’une union à une obligation. Heureusement, la société a changé. Selon les dernières statistiques, le nombre de naissances hors mariage a pratiquement doublé en Suisse en dix ans. Un enfant sur cinq naît désormais de parents non mariés dans notre pays. Au total, ils ont été 16600 à naître hors mariage l’an dernier.

Ce n’est pas que le mariage n’ait plus la cote. En 2012, 42700 couples se sont mariés contre 42100 en 2011 (+1,4%). Et puis, aujourd’hui, les mariées affichent fièrement leur ventre rond, sublimé dans de splendides robes, blanches… «Je marie de plus en plus de femmes enceintes, confie l’officière d’Etat civil Lucienne Liard. Les désirs ont changé. Les couples prévoient de se marier lorsqu’ils attendront un enfant.» Vive la liberté et vive les mariés! PRISKA RAUBER

Commentaires

Je ne suis pas certain que le temps mentionné dans votre dernier paragraphe (Il n’est pas si loin le temps où naître hors mariage était une infamie) soit révolu et très loin...

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