La sécurité en cognant

| mar, 27. aoû. 2013
Depuis un an, Isabelle Colliard défraie régulièrement la chronique pour dénoncer l’insécurité sur le chemin de l’école à La Tour-de-Trême. Le combat sans répit d’une citoyenne qui a décidé de prendre le taureau bullois par les cornes.

PAR JEAN GODEL

Le premier round a eu lieu à la fin 2009, au moment de l’ouverture de la H189. Une simple lettre au département technique de la ville de Bulle pour savoir si le passage piétons à la sortie de son quartier, à la rue Nicolas-
Chenaux, était aux normes. «En revenant du cirque avec ma fille en poussette et sept autres enfants du quartier, on a failli se faire écraser par un jeune qui roulait trop vite», raconte la Touraine. Elle porte plainte et le chauffard écope d’un retrait de permis et d’une amende avec sursis.
Depuis, cette simple citoyenne multiplie les combats pour la sécurité des enfants sur le chemin de l’école. Par la force des choses, au gré des «mauvaises nouvelles». Sa tactique: solliciter les autorités, et si rien ne bouge, remuer ciel et terre. Notamment les médias – Le Matin, le Blick mais aussi la télévision lui ont consacré des sujets.
Nombreux sont ceux qu’elle a forcés à monter sur le ring: édiles communaux, préfectoraux, cantonaux, responsables des TPF, des services de l’Etat, des cycles d’orientation… Une vraie puncheuse qui, on le devine, agace dans le secret des bureaux. Pourtant, elle assure cogner avec le sourire: «Malgré ce que les gens croient, je suis un esprit positif.» Une autre qualité? «Quand je commence quelque chose, je ne lâche pas.» Un défaut? «Quand je fonce, j’ai du mal à relever la tête. Je suis capricorne.» Kif-kif, non? Mieux vaut ne pas se trouver sur son chemin.


Plongée aux Caraïbes
Pourtant, elle n’a rien d’une fille des banlieues. Son père était mécanicien en machines agricoles à Maules, sa mère tenait le secrétariat. Après un apprentissage d’employée de commerce, elle travaille sept ans à la comptabilité d’un garage. En 1994, à 21 ans, un cours de plongée avec Olivier, son ami devenu depuis son mari, donne un autre souffle à sa vie: de diplôme en brevet de plongée, les voici tous deux moniteurs dans les Antilles néerlandaises en 1999. «Trois ans qui n’ont pas été des vacances!» A la suite d’un accident de plongée qui lui vaudra sept heures dans un caisson de décompression, on lui diagnostique un souffle au cœur.
Après plusieurs deuils familiaux, des séjours consacrés, entre autres, à la méditation avec son mari, en Thaïlande et en Birmanie, lui redonnent un aplomb. Le couple pose alors ses valises à La Tour-de-Trême où il construit une jolie maison en bois, son havre de paix.


«Je ne la sentais pas…»
«Ce que je fais, c’est pour la sécurité des enfants, pas pour ma gloriole personnelle», insiste Isabelle Colliard. Les enfants: avec Olivier, elle en a eu quatre. Dont un perdu dix jours avant terme. «Quand nous nous sommes installés au Grand-Clos, je n’étais pas tranquille quand nos filles étaient sur le chemin de l’école. Je sortais pour les voir traverser. Je ne la sentais pas», explique celle qui détient le secret pour arrêter le sang et contre les brûlures et affirme travailler beaucoup avec les énergies.
Intuitive, sensible, proche de la nature, Isabelle Colliard refoule tant bien que mal ce sentiment d’insécurité. Et puis l’an dernier, il y a eu ce drame à La Tour-de-Trême, cette cycliste tuée sur un trottoir par un tracteur. A quelques mètres du passage piétons d’où les patrouilleurs viennent d’être retirés. En décembre, c’était au tour des TPF de supprimer la dépose au CO des élèves transportés par leurs bus.
Dernière «tuile» en date, la suppression des patrouilleurs scolaires dans les zones 30 km/h de la ville. Et les pots de fleurs placés au milieu de la rue de l’Ancien-Comté pour les remplacer: s’ils ralentissent bel et bien la vitesse des automobilistes, ces pots entravent la visibilité de ceux qui viennent de Bulle, affirme-t-elle: «Ils cachent ma fille, il n’y a même pas d’ilôt central, c’est un piège!»


Adepte du forcing
A chaque fois, Isabelle Colliard demande des explications aux édiles, suggère des solutions, rappelle des faits. Comme le passage de 10000 véhicules sur cette route que doivent traverser 200 écoliers quatre fois par jour. Peu lui chaut que la zone soit passée à 30 km/h. «Je me heurte chaque fois à un mur.» Pas sûr qu’en face, on ne dise pas la même chose… Mais elle s’en fiche. Fonceuse, elle n’hésite pas à faire le forcing pour se faire inviter à des séances internes. Elle reconnaît ainsi au préfet Patrice Borcard et au conseiller d’Etat Maurice Ropraz le mérite d’avoir prêté un temps l’oreille à ses doléances: «Eux au moins ont organisé des séances pour échanger nos points de vue.» Pour autant, les résultats concrets, quand il y en a, dépassent rarement le statut de demi-solution à ses yeux.
La réglementation? «On l’interprète comme on veut.» Une question de volonté, en somme. Et de citer le cas du colloque sur la sécurité sur le chemin de l’école que l’ATE a organisé le 5 juin dernier à l’Université de Fribourg avec le parrainage de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique, de l’Office fédéral des routes et du Bureau de prévention des accidents. Bref, du beau monde. Et bien ni le Conseil communal ni le département technique ni la commission scolaire de Bulle n’y ont délégué d’émissaire, déplore-t-elle. Seul un représentant de la police locale était là. «Ces gens sont dans leur tour d’ivoire.»
Un temps dépitée, à deux doigts de renoncer, elle reprend des forces auprès de quelques voisins qui la soutiennent. Et de l’Association transport et environnement (ATE) Fribourg, qui lui propose d’intégrer son comité. «Ils m’ont dit de faire le plus de foin possible!» Voilà qui est fait.

 

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Un combat tous azimuts
Son combat, Isabelle Colliard l’envisage tous azimuts. «J’ai demandé mon intégration à la commission des transports de l’ARG, l’Association régionale la Gruyère, en tant que membre de l’ATE. On m’a répondu que les statuts ne le permettaient pas. Mais des statuts, ça se change! Les autorités nous prennent de haut. Mais elles finiront bien par comprendre qu’il vaut mieux nous avoir avec elles que contre elles. Avec l’ATE, on ira jusqu’au bout.» Mazette! Ne craint-elle pas de desservir sa cause par des propos si tranchés? «Ce dossier m’a appris à me poser, à être moins impulsive», assure-t-elle. Dont acte.


Candidate aux prochaines élections
Avec une autre mère de famille touraine, elle a aussi demandé son intégration à Bulle Sympa. «J’ai plein d’idées pour améliorer la qualité de vie, assure-t-elle, mi-ironique. Ne serait-ce que créer une place de jeux digne de ce nom à La Tour-de-Trême.» Elle envisage même de se présenter aux prochaines élections communales, en indépendante: «Je n’ai plus confiance en mes autorités.»
Un doute s’installe alors: n’en ferait-elle pas trop? «Non. Ce sont les édiles qui sont bornés. Moi, je n’ai rien à perdre, c’est la sécurité des enfants qui est en jeu.» Pas sûr pourtant que le rythme de la démocratie parlementaire la satisfasse: «C’est vrai que c’est long. Et pendant ce temps, nos enfants traversent tous les jours des routes sur des passages piétons sans patrouilleurs. Qui sait si dans six mois il n’y aura pas un accident?»
D’ici là, Isabelle Colliard continuera à focaliser sur elle l’agacement des uns et le soutien des autres. Durant l’interview, une mère inquiète lui a téléphoné pour lui signaler un autre problème de suppression de patrouilleurs scolaires. Cette fois dans le quartier de la Léchère, à Bulle, dans une zone 50 km/h. Le combat continue. JnG

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