Le repaire de Plonk & Replonk, studieux cabinet de curiosités

| jeu, 22. aoû. 2013
L’exposition de Plonk & Replonk court jusqu’au 1er septembre au château de Gruyères. Une expo née dans un bureau à l’image de ses occupants. Immersion.

PAR YANN GUERCHANIk

Le 22 de la rue Serre, à La Chaux-de-Fonds, ne ressemble à rien, c’est-à-dire qu’il ressemble à n’importe quel numéro de n’importe quelle rue du centre de La Chaux-de-Fonds. On s’attendait pourtant à du curieux en arrivant aux portes de Plonk & Replonk. Même pas une enseigne à se mettre dans l’œil. Une bâtisse certes un brin auguste, mais qui ne sort pas du lot a priori. De l’anodin en entrée. Le remarquable est servi en plat de résistance, une fois admis à l’intérieur.


A mi-chemin d’un couloir sombre, on arrive au seuil. A en croire les «colleries autocollantes» qui plastifient les lieux, il faut «utiliser exclusivement la porte pour entrer», ce qui revient à s’engager par une «entrée de secours». Une heure plus tard, on remarquera néanmoins un autre accès: une porte-fenêtre qui donne sur le trottoir. Mais alors il aurait fallu enjamber une alignée de nains de jardin bétonnés, qu’on peut acheter en passant par là, ne serait-ce que pour débarrasser le plancher.


On trouvait l’endroit ordinaire, il se révèle pas piqué des vers. On prend sa raison à deux mains et l’on franchit le pas de la porte. Martine Moor, qui nous réceptionne, se présente comme secrétaire officielle et gouvernante officieuse. On sirote un café en attendant le rendez-vous que l’on a fixé avec Jacques Froidevaux, unique représentant ce jour-là du tandem qui pédale dans l’humour noir et grinçant.


Son frère Hubert est en vacances. Une fois, au Vietnam, il avait fini par se faire faire une raquette de ping-pong en porcelaine et la balle qui va avec. Mais c’est une autre histoire, qui dépasse d’une étagère au fond de la pièce. Dans cette pièce précisément, on n’est pas fâché d’attendre celui à propos duquel on peut lire: «En cas d’absence, je ne suis pas là. Si vous n’êtes pas là non plus, il n’y a personne.» Ici, les murs parlent: «Adaptez votre vitesse de pensée aux conditions intellectuelles locales!» Décélérer serait une erreur.


Déraisonner sérieusement
On se régale dans ce cabinet de curiosités. Entre une godasse démesurée, des tongs en bronze et la pinaillette qui sert exclusivement à couper les cheveux en quatre, des milliers d’images sont disséminées dans le bureau, plus fascinantes les unes que les autres.


Dans un coin, Simon Petignat fait chauffer le scanner. Photographies sur plaques de verre, vieilles pellicules de famille, diapositives d’époque, tout y passe. Un nombre faramineux d’images alimente ainsi une banque de données qui se déverse aux quatre coins de l’atelier. Plonk & Replonk y puisent à loisir pour concevoir leurs photomontages et faire d’une carte postale un cliché estampillé.


A force de tomber sur une incongruité à chaque regard, on oublie qu’ici on abat le travail sans pitié. «A mort les zombies!» Pour sortir une image de leur cru, il ne faut pas moins de trois jours selon Plonk, voire plus selon Replonk. Dans cette jungle curieuse, seuls les iMac 27 pouces font penser à un bureau de graphistes. Pas moins de six personnes s’y relaient.
Derrière son écran, Mireille Stämpfi procède justement à de la retouche photo: «Travailler ici, c’est une aventure en quatre dimensions», lance-t-elle sans en dire plus sur la nature sensationnelle de cette quatrième composante. «Mais ça ne rigole pas», ajoute-t-elle sur un ton si péremptoire qu’on hésite à la prendre trop au sérieux.


Un message, pas forcément
Jacques Froidevaux arrive et ne tarde pas à se montrer moins causant que les murs. De toute façon, tout ce qu’il a envie de dire est écrit dessus. Il grille plus de cigarettes que de phrases, mais il sait se faire comprendre. Un ours de douceur avec de la timidité dans le ventre.


Quand Ruquier avait invité les Plonk dans son émission On n’est pas couché, l’épreuve avait été rude: «Un cauchemar! Le maquillage qui coule, quelques secondes de silence qui paraissent une éternité… plus jamais!» A la télé, ça faisait pourtant du bien de voir des personnes fidèles à elles-mêmes. «Et puis, les gens se disent “ça y est, il a la clé de la Porsche”.» En réalité, les ventes n’avaient pas fait un saut monumental pour autant.


«C’est un malentendu récurrent: étant donné ce que l’on fait, on est censés être drôles sur un plateau. Moi, je peux trouver des bons gags, mais il me faut peut-être trois heures.» Plus loquace, son frère Hubert s’était fendu d’une réplique piquante lorsqu’on lui demandait un jour quel était leur message: «Si les gens veulent un message, ils n’ont qu’à s’écrire une lettre.» On ne résiste pas à l’envie de poser la même question à Jacques: «Parfois, ça peut être juste poétique. On a le droit.»


Au fur et à mesure, la langue se retient moins. On évoque le prochain livre, une future expo dont il ne faut pas piper mot et le marché français qui s’est ouvert aux Chaux-de-Fonniers depuis quelques années. Et puis, une Rolex en bronze indique qu’il est temps de laisser Jacques à ses occupations. On quitte le repaire des Plonk léger, en prenant soin de respecter la consigne à la lettre: «Veuillez laisser cet endroit-là où vous l’avez trouvé.»

Toutes les «colleries autocollantes» cités dans cet article sont disponibles auprès du département des tampons & autres colleries de précision à l’adresse www.plonkreplonk.ch

 

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Au château de Gruyères
Inaugurée au début de l’année, l’exposition de Plonk & Replonk Chroniques du comte Arebourg est encore visible jusqu’au 1er septembre au castel de la cité comtale. Le conservateur Raoul Blanchard et sa collaboratrice Anita Petrovsky ont donné carte blanche aux frères neuchâtelois. Jacques et Hubert Froidevaux ont revisité le patrimoine visuel de la Gruyère. Ils s’en font une montagne, un monde où il fait bon déraisonner. En plus des œuvres inédites à la salle voûtée, on peut découvrir dans l’arsenal une importante sélection d’illustrations déjà existantes. De quoi se faire une juste idée du travail foisonnant de ces cuirassiers de l’humour. YG

Château de Gruyères, tous les jours jusqu’au 1er septembre, de 9 h à 18 h















 

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