Le Super Puma peut détecter une aiguille dans une botte de foin

| mar, 20. aoû. 2013
Equipé du système de détection FLIR, l’hélicoptère devient une bête de recherche. Un Super Puma est en permanence de piquet pour trouver des disparus ou pour épauler la police. Le capitaine Mathieu Seydoux nous emmène pour un vol d’exercice.

PAR YANN GUERCHANIK


Les ombres dansent de plus en plus vite sur le tarmac. Depuis le hublot, on observe ces fantômes longilignes projetés par les pales, avant de quitter la terre dans une bouffée de kérosène et de métal. Le Super Puma bondit dans le ciel et la base aérienne de Payerne n’est bientôt plus qu’un point minuscule à travers la vitre.
A bord, les membres du service de recherche et de sauvetage (SAR) sont concentrés. Un pilote, un copilote, un mécanicien-treuilliste, un assistant médical de vol et un opérateur FLIR prêts à intervenir 24 h sur 24. Après les pilotes, leur «cool attitude» et leur jargon qui composent des répliques lapidaires parsemées d’anglicismes, c’est l’opérateur FLIR qui attire l’attention.
Dans la cabine de l’hélico, ce dernier possède une place de travail à part entière, une console pourvue de trois moniteurs. On dirait qu’il joue à des jeux vidéo. Mais c’est bien la réalité qui s’incruste sur ses écrans. La vie en bas telle qu’elle lui est retransmise par le FLIR, autrement dit les systèmes Forward Looking Infrared… En d’autres termes encore, une sphère bourrée de détecteurs suspendue à l’hélico et stabilisée par gyroscope.


Silhouettes découpées
Les détecteurs sont sensibles à la région spectrale de l’infrarouge lointain, ce qui permet d’obtenir une image du rayonnement thermique. Le FLIR détecte les sources de chaleur de jour comme de nuit. Sur l’écran, il livre des prises de vue détaillées. Des écarts de température de l’ordre de 0,2°C sont représentés, si bien que les silhouettes humaines apparaissent parfaitement découpées.
«Quand on cherche une personne dans un secteur déterminé, on la trouve. Sinon, c’est qu’elle ne dégage plus de chaleur, qu’elle est malheureusement morte», relève le copilote Mathieu Seydoux, qui expérimente cette pointe de la technologie depuis son utilisation par l’armée en 2009. Le jour de notre vol, le Gruérien âgé de  32 ans (lire ci-dessous) est sous les ordres du commandant de bord Patrick Voutaz. En l’absence d’urgence, l’équipage entreprend une série d’exercices sur la montagne de Lussy.
Au programme: détecter une balise, monter à bord un blessé simulé et rechercher un véhicule en mouvement. L’avionique de pointe s’active, le Super Puma est à l’affût et ne tarde pas à remplir ses objectifs les uns après les autres.
«Une grande partie de nos missions consiste à rechercher des personnes disparues, explique Mathieu Seydoux. Des randonneurs qui se perdent, des personnes atteintes d’Alzheimer qui s’égarent.»
Les hélicos de la REGA, qui ne possèdent pas le système FLIR, interviennent en priorité. Si les recherches visuelles ne donnent rien, on appelle le Super Puma à la rescousse. «Nous remplissons aussi des engagements pour la police, explique le lieutenant-colonel Patrick Voutaz. Lors de cambriolages ou durant des manifestations de grande envergure.  Nous agissons encore à la demande du Corps des gardes frontière. Grâce à la vision nocturne, la grande distance d’observation et la réactivité, le FLIR peut servir dans de nombreux secteurs d’engagement.»


Inutile pour les avalanches
Il a même fait ses preuves dans la détection de foyers d’incendie. En revanche, le système est inutile pour retrouver les victimes d’une avalanche, les rayons infrarouges étant absorbés par les molécules d’eau.
A bord, on a l’impression d’un immense pouvoir. La voiture qu’il faut traquer depuis le plancher des vaches ressemble à une aiguille dans une botte de foin. Depuis le «Supercopter» en revanche, c’est le nez au milieu de la figure.
Sur les moniteurs, la cible est verrouillée. Le véhicule apparaît en deux exemplaires, une fois grâce aux images thermiques, une seconde fois grâce à des images conventionnelles. Un troisième écran présente, lui, la position de l’hélicoptère et de l’objectif sur la carte à l’aide du GPS et d’un modèle numérique de terrain. Le Super Puma possède une corde supplémentaire à son arc: un puissant projecteur qui met au jour tout ce qui est tapi dans l’ombre.


Système redoutable
Sachant qu’en plus les images produites peuvent être transmises en temps réel à une centrale pleine de décideurs, on se dit que décidément ce système est redoutable. Et que son utilisation «au service de la population» est une bonne chose.

 

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Un Gruérien aux commandes
Sur son épaule, l’écusson ne laisse pas de place au doute. Une grue qui déploie ses ailes sur un fond rouge: l’homme est l’un de ces Gruériens qui convoitent le ciel malgré l’enracinement au plancher des vaches.
A 32 ans, Mathieu Seydoux a réussi à mettre sa tête dans les nuages sans quitter le sol des yeux. Pilote au sein du Service de recherche et de sauvetage (SAR), il fait voler des Super Puma pour mieux voir ce qui se passe sous ses pieds.
Originaire de Vaulruz, ce capitaine est aujourd’hui établi à Neyruz. Enfant, il a grandi entre l’aérodrome d’Ecuvillens et celui d’Epagny, de quoi se sentir pousser des ailes. Depuis 2008, il est aux commandes des plus redoutables appareils. «Un jeune pilote qui arrive sur ce type de Super Puma passe d’abord trois ans à gauche.» Autrement dit, il est d’abord copilote avant de devenir commandant de bord. De l’expérience, Mathieu Seydoux en a emmagasiné de toutes sortes depuis qu’il a intégré le SAR.
«Recourir à des systèmes aussi performants que le FLIR est une satisfaction en soi. Très peu d’hélicos sont aussi modernes. Sinon, c’est la multiplicité des missions qui fait tout l’intérêt.» Il faut savoir que dans l’armée suisse, un pilote d'hélicoptère ne s’entraîne jamais à faire feu. Le pays ne possède tout simplement pas de machine vouée à l’attaque. «Notre job consistera par exemple à rechercher des disparus. En montagne, on travaille en étroite collaboration avec les colonnes de secours. Souvent, un guide qui aura déjà œuvré au sol monte à bord. On fait également du transport de personnes,qu’il s’agisse de soldats ou de conseillers fédéraux. On peut équiper un Super Puma de réservoir, le bambi bucket, pour combattre les incendies. En cas de catastrophe naturelle, on intervient pour le ravitaillement et l’acheminement de matériel. Au-dessus de Grandvillard, on joue les cibles pour les exercices de la DCA. On s’engage auprès de la police également. Quoi qu’il arrive on est toujours prêts!» YG

 

Voir aussi notre galerie de photos sur www.lagruyere.ch/galerie.html

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