Molière se plie en quatre au château de Vuippens

| sam, 10. aoû. 2013
La dernière création de Jean Winiger, jouée jusqu’au 25 août à Vuippens, raconte Molière et son œuvre. Un spectacle qui trouve son public malgré une trame alexandrine.

PAR YANN GUERCHANIK

«Le cinéma a présenté la vie de Molière. Jamais le théâtre. C’est dire le caractère exceptionnel de notre projet.» C’est un papillon de propagande qui l’annonce. C’est dire le toupet des auteurs. Le pluriel sert d’ailleurs à parer de modestie un seul et unique conducteur: Jean Winiger à la manœuvre.
Le franc-tireur de la scène théâtrale fribourgeoises (une pétition circule les soirs de représentation qui dénonce les critères selon lesquels le Conseil d’Etat délivre les subventions) propose un rendez-vous estival qui n’a pourtant rien d’exceptionnel. Avec ce Molière toujours, L’Aire du Théâtre présente son 14e spectacle d’été. C’est dire la ténacité de la troupe.
Ce qui tient de l’exception en revanche est l’ampleur du travail fourni par Jean Winiger. Mettre en scène Molière tout entier, c’est courir le risque de le mettre en pièces. Le Fribourgeois fournit un admirable travail de compilation et d’écriture. Sur les planches, le résultat est néanmoins inégal.
Art du montage, le cinéma a pour lui tout un arsenal de techniques qui lui sert à découper un récit de façon à bien en faire comprendre la trame. La chose n’est pas impossible au théâtre. Mais elle est une gageure quand les moyens sont réduits. Et ils le sont visiblement à Vuippens. Le décor n’offre pas les artifices qui permettraient de mieux scinder les péripéties.
Le spectateur a du mal à suivre le fil de la pièce, entre évocations de faits réels et extraits de scènes originales. Ceci d’autant plus que les évocations de son cru, Jean Winiger les compose en imitant l’écriture de l’époque. Si l’exercice de style est plaisant, il donne du fil à retordre au public. Ce dernier n’a pas la même oreille que son homologue du XVIIe. Le langage châtié devient un châtiment dès lors qu’on se met en tête de coudre plusieurs intrigues de la même veine.
Et puis, l’alexandrin ne supporte guère l’amateurisme. Dans Molière toujours, plus d’un comédien s’y casse les dents. Le spectateur picore. Il prend du plaisir de-ci de-là quand bien même il se perd dans l’ensemble. Tout ce qui présente un frein à la compréhension donne au moins l’impression d’une énergie incontrôlable. On pourra ainsi arguer que Molière toujours s’applique à restituer une vitalité propre au jeu de l’époque.
Un mot de plus sur le décor: à quoi bon se trouver au pied du château si c’est pour l’utiliser si peu? Ses pierres, pour certaines contemporaines de Molière, sont reléguées dans le lointain. Et encore, dans un demi-fond de la scène.


La pièce sur ses épaules
Jean Winiger a sans doute autant travaillé à l’écriture de la pièce qu’il n’y apparaît peu. En retrait sur son trône de Louis XIV, presque un strapontin, il n’intervient qu’à quelques reprises en commentateur. Davantage d’interventions auraient sans doute donné plus de liant à la pièce, en même temps que sa puissante énonciation aurait fait du bien au milieu des voix souvent fluettes.
Reste que l’auteur ne ménage pas son monde. Les rôles de comédiens qui jouent la comédie sont difficiles. Dans Molière toujours, certains s’en sortent bien (notamment Christophe Schuwey en jeune premier, Daniel Schröpfer en vieillard ou en valet, Denise Aron-Schröpfer en Madeleine Béjart) tandis que d’autre se prennent les pieds dans le tapis du surjeu (tout aussi notamment, James Dietsche en bourgeois, Lorianne Cherpillod en Mlle du Parc et en coquette).
Le plus admirable dans Molière toujours, c’est Molière. Jean-Baptiste Poquelin d’abord, dont on savoure les vers originaux dans des segments qu’on voudrait moins segmentés. Renato Delnon ensuite, qui incarne un Molière à la fois bondissant et pondéré, suivant qu’il l’interprète acteur, auteur ou metteur en scène.
Le comédien porte le spectacle sur ses épaules. Un spectacle honnête, mais laborieux. Le théâtre n’a jamais présenté la vie de Molière? C’est peut-être qu’au théâtre Molière avait tout dit.


Vuippens, château, jusqu’au 25 août. www.aire-du-theatre.ch

Commentaires

J ai passé un moment de bonheur rare, en voyant cette pièce, sous cette tente, après avoir mangé dans ce restaurant qui nous plonge dans un temps révolu ou, semble t il, on savait avec plus de facilité, savourer les bons moments et rigoler de bon coeur ;) Bravo et merci a l auteur et aux acteurs, excellents. Pour ce qui en est d une meilleure comprehension, a moi de pallier a mes lacunes culturelles, et de me plonger dans la belle écriture de Molière. Cette pièce, pour les profanes, est une belle invitation. Merci !
Mais pourquoi les journalistes devraient eux-mêmes jouer au théâtre pour avoir le droit d'écrire sur d'autres spectacles? Ce n'est pas leur rôle, ni leur métier. Et oui, c'est le risque encouru, quand on s'expose... d'autant plus que le spectacle coûte -si j'ai bien compris - 30 francs, ce qui n'est pas rien. personnellement, en payant 30 francs, je m'attends à qq chose de vraiment pro.
Ce commentaire est celui de quelqu'un peu au courant des vrais valeurs du théâtre, la principale étant le plaisir que prend un public à regarder une pièce. L'auteur se perd dans une analyse hors de propos dans la mesure où elle fait référence à des normes qui, si elles peuvent impressionner dans un cocktail, n'ont pas leur place ici. Si voir un spectacle c'est se masturber l'esprit pour pouvoir critiquer négativement l'auteur n'a pas sa place dans cette rubrique. Navré. Je suis metteur en scène, comédien depuis plus de 50 ans et je sais de quoi je parle. Si l'on connait la vie de Molière et son oeuvre, il n'y a aucune difficulté à suivre Jean Winiger dans sa démarche. Chacun a son univers et ses idées que je respecte mais je n'ai guère de tolérance quand une personne s'exprime sans qu'il y ait un droit de réponse.
Ha j'allais oublié pour les modérateurs ou le modérateur... qui ne doit être personne d'autre que Yann lui même... Si vous avez un minimum de bien séance, et de correction, vous devriez laisser paraître ces articles, ne serait-ce que pour rétablir l'équilibre et ne pas laisser une trop mauvaise impression aux lecteurs...
Quel splendide critique, et tellement plein de "c'est dire" ... "c'est dire" ... et pour un homme qui manie si bien la plume, qui a lui-même brillé de mille feux dans de nombreuses pièces, de nombreux spectacles, d'été ou d'hiver... c'est dire la valeur que l'on peut attribuer à une telle critique. Qui commence par l'aspect financier ? Ha bon ? quel est l'intérêt ? vengeance personnelle ? (...) Je ne connais aucun des comédiens personnellement mais j'ai vu la pièce, j'ai même eu l'occasion de discuter avec eux d'entre eux qui n'étaient pas épuisés. (...) Ses critiques ressemblent plus à SES critiques, son ressentiment. Outre le fait que cela porte préjudice aux comédiens cités, cet avis indique clairement que le critique lui-même s'est perdu dans le méandre des ses pensées et n'a pas compris que le "surjeu" faisait partie de la double mise en abyme... (...) J'ai trouvé le jeu de la pièce, et le théâtre des "morceaux" de pièces dans la pièce fort bien pratiqués, de manière justement à pouvoir permettre au novice que je suis de comprendre la trame globale. Peut être que Mr. Guerchanik est finalement trop intelligent pour nous, pauvres ou simples quidams... ABE
Assez d'accord avec cet avis, particulièrement sur le fait que le moyen utilisé, dans la pièce, pour créer un distinguo entre vers de Molière et ajouts de l'auteur est justement le surjeu des comédiens dans les passages les plus célèbres des pièces de Molière.

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