Poya gruérienne en terres québécoises

| mar, 06. aoû. 2013
Près de 2800 personnes se sont réunies au Mont-Sutton pour célébrer le 1er Août. Le district était l’invité d’honneur de l’édition 2013. Onze holstein, un barlatè et un train de chalet ont défilé lors d’un cortège unique.

PAR ANGELIQUE RIME, MONT-SUTTON

«Nous sommes à dix minutes du départ!» Noël Dupasquier, l’œil rivé sur sa montre, veille au bon déroulement de ce qui s’annonce comme «le clou» de la 37e Fête nationale suisse au Canada: la poya organisée samedi sur les flancs du Mont-Sutton. Une idée que le Gruérien d’origine, installé au Québec depuis plus de trente ans, a soufflée à Raphaël Delacombaz, président de la Fédération des sociétés suisses de l’est du Canada, organisatrice de la
manifestation. Une proposition ambitieuse qui n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd: «Avec la Gruyère comme invitée d’honneur pour 2013, une poya s’imposait!» commente le président, qui a fait ses études à Bulle.
Sur la place où sont réunies les onze holstein qui s’apprêtent à défiler, la tension monte. «Ici, les bêtes n’y sont pas habituées», commente Béat Jaquet. Avec son frère aîné Benoît, ils ont donc «dressé» leurs vaches spécialement pour la poya. «Sa ferme se situe à un kilomètre de la mienne. Nous avons donc fait l’aller-retour à plusieurs reprises.» Les vaches ont également dû se familiariser au port des cloches. «Au début, elles se tapaient les genoux!» Et Noël Dupasquier d’oser la comparaison: «Faire défiler une douzaine de vaches au Québec, c’est comme le faire avec une centaine en Suisse.»


«Cela me donne les frissons»
La pluie qui s’est abattue sur le Mont-Sutton en fin de matinée n’a pas facilité la préparation des bêtes. Aidés par leurs fils, Benoît et Béat commencent pourtant à accrocher les cloches, brodées avec leurs initiales. «Lorsque nous sommes partis d’Estavannens, nous en avons amené une vingtaine», se rappelle Benoît. S’ils ne les ont jamais utilisées, les deux frères savent encore exactement quelle cloche, selon son poids et sa grandeur, est adaptée à quelle vache. «Nous avons ça dans le sang, monter à l’alpage a été et reste une partie de notre vie.» Attacher les fleurs en papier crêpe s’est toutefois révélé plus difficile. «Si j’avais su que je referais ça un jour, j’aurais laissé des cornes à quelques bêtes», plaisante le plus âgé des frères.
Le coup d’envoi de la poya est donné à 14 h 10, sous un ciel plus clément. Vêtu d’un bredzon qu’il a emprunté à la famille Bapst, Jean-Daniel Jaquet est un peu stressé. «J’espère que tout va bien se passer. Mon père m’a appris à orienter les vaches et surtout comment les appeler, mais je n’y arrive pas aussi bien que lui.» Le début du cortège est un peu chaotique. Les bêtes courent de gauche à droite et tentent de se faufiler entre les véhicules qui arrivent en sens inverse. Béat Jaquet les ayobe. Dans les montagnes canadien-nes, ces mots en patois gruérien résonnent de manière particulière. Quelques mètres devant lui, Delphine Bapst ouvre le cortège, habillée d’un beau dzaquillon rouge: «Quand j’étais petite, je le faisais déjà en Suisse. Le revivre ici, ça me donne la chair de poule.» Elle est accompagnée par Claude Romanens, frère du célèbre chanteur Bernard Romanens, qui porte l’oji.


Des vaches suisses?
Près de la place de fête, les badauds se sont massés au bord  de la route. En passant, Béat Jaquet affiche un large sourire et soulève son capet pour saluer la foule. «C’est incroyable, je n’ai jamais vu ça, lance Jocelyne, Québécoise de 39 ans. C’est bizarre de voir des vaches avec des cloches. ça a l’air pesant.» A côté d’elle, une de ses compatriotes se demande à quoi sert «ce cheval, mené par un homme, qui porte deux rectangles en bois».
La réponse viendra d’un Gruérien qui évoque le travail du barlatè, l’armailli qui transportait les fromages depuis le chalet jusque dans la vallée. Les questions fusent. Un exemple: «Est-ce que les vaches sont venues directement de Suisse? On transporte bien les chevaux en avion…».


Les racines en avant
Le cortège est clos par le traditionnel train de chalet. Il est tiré par deux magnifiques percherons, préparés par Bernard Mathieu, un Genevois proche de la famille Dupasquier. Antoine et Liliane Bapst, ainsi que leurs deux petits-fils, sont assis sur le char, rayonnants. «Tout ce qui est sur ce train de chalet, je l’ai utilisé pendant vingt-cinq ans lorsque j’étais au chalet de Vounetz, explique Antoine avec émotion. Chez moi, j’expose ces outils dans mon carnotzet. J’ai comme un petit musée du chalet au Québec.»
Arrivé à la moitié du parcours, certaines vaches font de la résistance et refusent d’avancer. L’une des onze se couche même sur le côté. «C’est sport, lance Samuel Jaquet, venu de Montréal spécialement pour l’occasion. Même si je ne me suis pas entraîné pour mener les vaches, je tenais à participer. Mettre en avant mes racines me tient à cœur.»
Au terme de la boucle de deux kilomètres, tous affichent un large sourire. «Je suis content que ça se soit bien passé. Mais je ne referais pas  un tour», commente Benoît, le visage en sueur. Noël Dupasquier est quant à lui plus que satisfait: «Je capote! (n.d.l.r.: je suis superheureux) Nous avions déjà mis sur pied un cortège en 1991, lors d’une exposition agricole à Bedford. Les gens nous en parlent encore.»

 

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Sutton, suisse le temps d’un jour
Samedi, soit le jour le plus proche du 1er août, près de 2800 Suisses et Québécois se sont réunis au Mont-Sutton pour célébrer la 37e édition de la Fête nationale suisse au Canada. «C’est probablement la plus grande manifestation organisée hors de la Confédération, explique Raphaël Delacombaz, président de la Fédération des sociétés suisses de l’est du Canada. La journée a mal commencé à cause de la pluie, mais le public a répondu présent. Avec la poya, la barre a été placée très haut pour les prochaines années.»
Le site, entouré de monts qui culminent à 900 m, se transforme en station de ski en hiver. «On me dit souvent que le paysage ressemble au Jura», compare Pierre Peland, maire de Sutton. Pour l’élu, accueillir cette fête dans son village de 8000 habitants, à 120 km au sud-est de Montréal, est une aubaine: «Tous les hôtels et les restaurants sont pleins.» Et de préciser en rigolant que Sutton est considérée comme une «commune suisse honoraire» pour le week-end.
Et pour cause: la place de fête s’est transformée pour un jour en un véritable village helvétique. Rares sont ceux qui n’arborent pas un T-shirt, une casquette, un insigne ou un drapeau rouge à croix blanche accroché au sac. Sans oublier le stand de tir au petit calibre ou les ronds de sciure où se déroulent les passes de lutte.
Sous la cantine, la musique est à l’avenant. Un groupe de joueurs de cor des Alpes, Les Coralpestres, a même été créé pour l’occasion. Le quatuor est emmené par Patrick Dupasquier, le fils d’Eric, établi depuis plus de trente ans au Canada. «Les trois autres membres sont québécois, mais les convaincre a été facile. Nous sommes tous déjà musiciens. Trouver des cors des alpes n’a cependant pas été une mince affaire, deux instruments ont été amenés directement de Suisse», indique le musicien.
Le quintet gruérien Plaisir de chanter, composé de Christian Hayoz, Placide Meyer, Marc-Henri Savary, Irénée Braillard et Jean-Pierre Brodard, a également fait le déplacement depuis la Gruyère. «Chanter ici nous a procuré beaucoup d’émotion», résume l’ancien préfet Placide Meyer. Le yodel et les orchestres de schwytzoises sont également à l’honneur. «Environ 60% des Suisses du Canada sont d’origine alémanique. Nous devons en tenir compte», ajoute Raphaël Delacombaz. AR

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