Une Québécoise et son drapeau gruérien sur le toit du monde

| jeu, 08. aoû. 2013
Férue de montagne, Catherine Dupasquier a gravi l’Everest en 2012. Gruérienne d’origine, elle a quitté la Suisse à l’âge de 13 ans. Rencontre.

PAR ANGELIQUE RIME, MONTREAL

Dans la rue Guy, au centre de Montréal, les camions de pompiers et les voitures de police roulent toutes sirènes hurlantes. A quelques mètres du café où se trouve Catherine Dupasquier, la chaussée vient de s’effondrer sous le poids d’une pelle mécanique. Mais le bruit extérieur n’altère en rien le récit de la Gruérienne d’origine (lire encadré).
Les yeux brillants, elle raconte son ascension de l’Everest, réalisée en mai 2012. «Lors de la poussée vers le sommet,  j’avais l’impression que je pouvais toucher les étoiles. J’étais si haut que je voyais que la Terre est ronde.»
Cathy, comme l’appellent ses proches, a toujours été attirée par la montagne. «Je suis née près du Moléson et je parcourais les sommets environnants avec mon père. Quand je rencontrais des alpinistes, je trouvais leurs récits magiques. Je me suis toujours dit qu’un jour, ce serait mon tour.»
Après s’être installée au Québec avec sa famille, les montagnes se sont éloignées. Ce n’est qu’en 2009, alors qu’elle avait 43 ans, que l’occasion de réaliser son rêve d’enfant s’est présentée. «Pour ses 50 ans, mon frère Noël voulait gravir le Kilimandjaro et je l’ai accompagné. Cette expérience a confirmé mon attirance envers la montagne.» Ont suivi un trek vers le camp de base de l’Everest et l’ascension de l’Aconcagua, en Amérique du Sud. «Mon corps a très bien supporté l’altitude. Réussir à atteindre le toit du monde me semblait de plus en plus réalisable. Au niveau physique comme au plan financier. Il faut quand même compter environ 40000 dollars canadiens pour organiser cette expédition!»


Frôler la mort
Cathy prend alors des cours d’escalade sur rocher ainsi que sur glace et suit des formations en rapport avec les glaciers. Elle s’impose aussi un entraînement intensif. «Je consacrais entre dix et douze heures par semaine à ma préparation physique. En alternant musculation, vélo, marche, escalade, ski de fond, etc. Je me suis fait mon propre programme, en m’inspirant des conseils donnés sur internet.»
En décembre, elle annonce son départ pour l’Everest à sa famille et à ses amis. «Mon frère Eric m’a dit: “Je savais que tu me dirais ça un jour”. Au fond, il est fier de moi, mais il s’inquiète beaucoup.»
Fin mars, elle s’envole pour Katmandou avec son compagnon de cordée, François Houde. «Le voyage a duré deux mois, durant lesquels nous sommes partis quarante-huit jours en expédition.» Une marche d’acclimatation du camp de base jusqu’à un camp situé à 6000 mètres a bien failli  coûter la vie à Cathy Dupasquier. «J’étais sûre que j’allais mourir. Une avalanche est partie. Heureusement, une grande partie de la neige s’est engouffrée dans les crevasses qui jouxtaient nos tentes!»


4e Québécoise au sommet
Mais il en fallait plus pour décourager cette femme au moral et aux cuisses d’acier. Le 15 mai, le sherpa annonce le départ pour l’ascension. «Ce temps d’attente était stressant. Des rumeurs couraient sur  la météo et les différentes équipes gardaient leurs informations. La concurrence est rude. C’est un peu la face sombre de l’Everest.»
Aidée d’une bouteille d’oxygène, Cathy deviendra la quatrième femme québécoise à atteindre le toit du monde, sur lequel elle a encore trouvé la force de  brandir, fièrement, son drapeau gruérien.  
«Dès 7500 mètres, tu fais environ quatre pas par minute. Mais l’adrénaline est tellement forte que tu continues d’avancer. Au retour, tu sens pourtant que tu as forcé. C’est comme si tu étais passé sous un train!»
En plus d’avoir de méchantes courbatures, Cathy  Dupasquier s’est également gelée les joues et la cornée. «Pendant quelques jours, je voyais un peu trouble.»
 Lorsqu’on l’écoute parler, les efforts fournis par cette mère de deux enfants semblent presque à la portée de tout le monde. Un exemple: «A ce moment-là, il ne faisait pas très froid. Bon, quand même moins 30 degrés!»
Avide de nouveaux défis, Catherine Dupasquier prévoit de gravir tous les plus hauts sommets de chaque continent. Ce qu’elle a déjà en grande partie réalisé. Il ne lui manque plus que le Mont-
Wilson, en Antarctique, et le Carstensz, en Océanie. «La montagne m’apporte une grande sérénité. Je suis en contact avec la terre et j’apprécie l’effort qu’il faut consentir pour pouvoir admirer des paysages uniques. J’aime repousser mes limites.»

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Départ difficile au Québec
Catherine Dupasquier a quitté Vuadens à l’âge de 13 ans, ses parents, agriculteurs, ayant acheté un domaine à Saint-Alexandre, un village à une soixantaine de kilomètres de Montréal. Trente-quatre ans plus tard, elle se souvient d’un départ difficile: «Je ne voulais pas partir et je projetais même de trouver une famille d’adoption. J’ai pleuré de Vuadens à Montréal! Quand nous sommes sortis de l’avion, c’était le 11 novembre, il faisait gris et moche. J’ai alors dit à mon père: “Comment peux-tu me faire ça?”.» Après un premier mois difficile, les choses se sont tassées. «J’ai plaisir à revenir en Suisse, mais je ne pourrais plus y vivre.» AR

 

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Coiffeuse et alpiniste
Catherine Dupasquier a l’air d'une femme bien dans ses baskets. Engageant facilement la conversation, la Québécoise d’origine gruérienne allie un style plutôt sportif et une touche de féminité bien dosée. Que l’on remarque notamment à sa coupe de cheveux, simple mais soignée. Et pour cause, Catherine Dupasquier est coiffeuse. «Mon métier peut paraître complètement décalé avec mes loisirs. Un monde artificiel et un autre naturel. Mais je pense que c’est ce qui me donne mon équilibre. ça fait trente ans que je le pratique. J’aime la proximité avec les gens, les rendre beaux. Ils nous confient leur tête et ce n’est pas rien!» AR




 

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