Douze ans de procédure pour avoir le droit de marcher

| mar, 17. sep. 2013
En attente d’une prothèse depuis 2001, Gérald Vouilloz sera bientôt équipé grâce à un orthopédiste lausannois. Il n’a toujours pas été indemnisé pour l’accident dans lequel il a perdu une jambe.

 PAR SOPHIE MURITH


A 50 ans, Gérald Vouilloz aimerait bien retrouver sa vie. Pas la vie d’avant le 1er avril 2001, c’est impossible, mais juste un peu de mobilité. Ce dimanche-là, il avait manqué de mourir dans un accident de moto à Fiaugères.
Fauché par un conducteur dont la responsabilité pleine et entière a depuis été reconnue par la justice, l’habitant de Vauderens se retrouve à l’hôpital avec 128 fractures. Il fait deux arrêts cardiaques lors de sa première nuit au CHUV et passe deux mois dans le coma artificiel. A son réveil, sa jambe gauche est amputée, son bras paralysé. «J’ai des pertes de mémoire fréquentes depuis l’accident à cause du traumatisme crânien, ajoute Gérald Vouilloz. Les 27 narcoses complètes que j’ai subies n’arrangent rien.»
Dans un premier temps, le Glânois bénéficie d’une prothèse de base. Inadaptée, cette dernière l’empêche de se mouvoir correctement. Il tombe fréquemment, son bras paralysé empêche le mouvement de balancier qui lui donnerait plus d’équilibre. Il finit par se décourager, marche le moins possible. Trop douloureux.


Le miracle du C-leg
En 2011, Gérald Vouilloz se voit proposer un appareillage plus moderne, avec un genou robotisé: un C-leg. Dès les premiers tests, il revit. «J’ai marché toute la journée. Pouvoir descendre les escaliers en alternance, c’était une joie qui m’a mis les larmes aux yeux.» La marche plus active et plus équilibrée le délivre de ses maux de dos et de tête. Les médecins donnent leur feu vert. Les critères médicaux sont remplis pour que Gérald Vouilloz puisse bénéficier d’un genou électronique.
Coup de théâtre. Après dix mois d’utilisation, la SUVA refuse de prendre en charge la prothèse. «Selon sa politique, elle investit uniquement lorsque cela permet à l’assuré de reprendre partiellement ou totalement son activité professionnelle, explique Jean-Michel Duc, avocat de Gérald Vouilloz. Cela lui permet ainsi de réduire les rentes versées. Même avec un C-leg, mon client ne pourra jamais retravailler. Il sort donc des critères de prise en charge.»
En octobre 2012, on retire à Gérald Vouilloz sa prothèse. Et on lui réclame le prix de la location du C-leg, soit 10000 francs. Comme la SUVA lui refuse l’accès à un équipement adapté – une procédure est d’ailleurs pendante contre cette décision – Gérald Vouilloz, soutenu très activement par sa femme qui a créé une page Facebook pour faire bouger les choses, se tourne vers l’assurance responsabilité civile du conducteur fautif, qui ne lui a d’ailleurs toujours pas versé de dommages et intérêts.


Perte de temps rentable
Une tentative de conciliation avec l’Allianz ­– qui refuse de s’exprimer sur le sujet en vertu de la «Loi sur la protection des données qui nous oblige de traiter les informations de nos assurés de manière strictement confidentielle» – se tient le 11 juillet 2013 au tribunal de Châtel-Saint-Denis.
La séance dure quinze minutes. L’assurance campe sur ses positions. «Elle a refusé toute transaction en attendant que le juge sur les assurances sociales statue, déclare Jean-Michel Duc Mais cela va prendre encore quatre à cinq ans. Elle joue la montre, elle gagne de l’argent en perdant du temps, économise sur les prothèses qu’elle n’a pas dû payer dans l’intervalle. C’est invraisemblable qu’en Suisse on puisse laisser quelqu’un sans jambe. Dans n’importe quel autre pays, en France, en Espagne, en Autriche, il aurait déjà obtenu le C-leg.»
L’avocat lance donc une nouvelle procédure. Si le préjudice total s’élève à près de trois millions de francs, considérant notamment le tort moral et la perte de gain de Gérald Vouilloz, cette procédure ne s’attarde que sur le montant de 87000 francs nécessaires à l’achat d’un C-leg. Un mode de faire rare en Suisse romande. «Tout ça pour avoir le droit de marcher», soupire Gérald Vouilloz, las.
Pour ne pas perdre plus de temps, le moral de Gérald Vouilloz étant au plus bas, l’avocat propose, cet été, une démarche parallèle: contacter l’entreprise importatrice, Dynortis, pour qu’elle fournisse une prothèse de manière anticipée. «Dans le cas où nous gagnons contre Allianz, l’assurance la remboursera, explique Jean-Michel Duc. Sinon, une reconnaissance de dette a été signée par les Vouilloz.»  Dans un premier temps,  la société accepte à titre exceptionnel avant de se rétracter.  L’orthopédiste lausannois qui s’occupe de Gérald Vouilloz accepte alors un arrangement. Il équipera le Glânois et prend le risque financier pour lui. Le premier rendez-vouz a eu lieu vendredi. Gérald Vouilloz devrait pouvoir revivre un peu. Dès le mois d’octobre 2013.

Commentaires

Merci à tous ceux qui nous soutiennent dans ce combat. Maman et moi (sa soeur) vous sommes reconnaissants. Merci aussi à ma belle-soeur qui se démène sans répit pour obtenir enfin le droit de marcher à quelqu'un qui n'a pas demandé à être handicapé.

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