«Le monde est trop petit si je me restreins à la Suisse»

| jeu, 10. oct. 2013
Anne Lugon-Moulin a été nommée cheffe de la division Afrique subsaharienne et Francophonie à la Confédération. Retour sur le parcours de cette Valaisanne d’origine qui a grandi en Veveyse.

PAR ANGELIQUE RIME

Situé dans l’aile ouest du Palais fédéral, le bureau d’Anne Lugon-Moulin est encore un peu austère. Seule touche personnelle: deux cartes de géographie accrochées au mur, une représentant l’Afrique et l’autre la Francophonie. «Je suis entrée en fonction le 1er octobre, je dois encore prendre mes marques», confie la Valaisanne d’origine, qui a grandi à Granges. Sa fonction: cheffe de la division Afrique subsaharienne et Francophonie auprès de la Direction politique, une entité du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).
«La division gère toutes les relations bilatérales avec les pays d’Afrique subsaharienne afin de mettre en œuvre la politique étrangère suisse. A Berne, nous sommes douze collaborateurs et nous avons quinze ambassades en Afrique.» Le secteur couvert par la division est donc énorme. «Les grands défis à venir concernent la sécurité au Sahel, mais aussi la corne de l’Afrique, où la Suisse veut s’engager davantage, ou encore la négociation de certains accords avec l’Afrique du Sud, un partenaire économique important de notre pays.»
Dans le cadre de sa fonction, Anne Lugon-Moulin sera amenée à voyager «quatre à cinq fois par année», notamment pour accompagner le conseiller fédéral Didier Burkhalter, à la tête du DFAE, lors de ses déplacements en Afrique. «J’ai tout un réseau à soigner ici, notamment les ambassades africaines en Suisse.»


Envie d’ailleurs
A 42 ans, Anne Lugon-Moulin a été nommée ambassadeur. «Le titre va avec mon poste, précise-t-elle immédiatement. Je n’ai pas fait de carrière diplomatique et je ne pensais pas obtenir ce titre un jour. Je suis ce qu’on appelle une “Quereinsteiger”, soit une personne qui a suivi une filière différente.»
Après une licence universitaire en sciences économiques et sociales à  l’Université de Fribourg, elle entame un master en économie du développement en Grande-Bretagne. Puis, elle est engagée à l’Office fédéral des questions conjoncturelles, l’actuel Seco. «C’était une bonne expérience, mais c’était trop suisso-suisse. J’avais besoin de l’international.»
Une envie d’ailleurs due à sa personnalité curieuse: «Le monde est trop petit si je me restreins à ce qui est discuté en Suisse. J’aime mon pays. Mais il faut que mon cadre mental puisse s’ouvrir sur l’extérieur. Ici, nous n’avons pas trop de problèmes. Ils sont ailleurs.»
En 2001, elle part donc pour trois ans au Rwanda en tant que chargée du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies. «Je voulais absolument aller en Afrique pour une expérience de longue durée. C’était un truc qui vient des tripes. Il fallait que je parte.» Elle y découvre des gens psychologiquement très marqués par le génocide de 1994. Là-bas, elle se marie avec un Rwandais. «Nous sommes aujourd’hui divorcés, mais grâce à lui, j’ai eu un accès à la vie locale que les “expats” n’ont généralement pas. J’ai vécu des moments de joie, de fête qui contrebalançaient avec la tension qu’on ressentait parfois au travail.»


Des images qu’on n’oublie pas
De cette expérience africaine, Anne Lugon-Moulin conserve des moments marquants, par exemple l’irruption du volcan Nyiragongo à Goma, en 2002. «La ville était coupée en deux par la lave et 200000 réfugiés congolais sont arrivés au Rwanda. Nous devions coordonner la distribution de nourriture. J’ai vu des files de gens qui marchaient avec leur baluchon sur l’épaule, puis attendaient pour recevoir un sac de haricots. Ce sont des images que je n’oublie pas.»
A son retour en Suisse, elle garde un pied en Afrique avec le poste qu’elle décroche à la Direction du développement et de la coordination (DDC) de la Confédération. S’ensuit un crochet de deux ans dans un institut para-universitaire, avant de revenir à la DDC où elle devient cocheffe de la Division communauté des Etats indépendants, soit les pays de l’ex-URSS et de l’Asie centrale.
«J’étais dans l’opérationnel et je gérais un budget annuel de 52 millions de francs. Je m’occupais de projets en rapport avec la santé, l’eau ou le développement rural. Obtenir des résultats dans certains domaines est difficile. ça prend du temps, par exemple dans la gestion de l’eau en Asie centrale.»


Leçon d’humilité
Des postes qu’elle a occupés, des différents projets qu’elle a chapeautés, mais aussi des personnes qu’elle a rencontrées lors de ses voya-ges, Anne Lugon-Moulin tire une leçon d’humilité. «Je garde les pieds sur terre, mais j’essaie de ne pas trop me prendre au sérieux. Il y a tellement de choses qu’on ne maîtrise pas. On n’amène qu’une petite pierre à l’édifice.»

 

-----------------

 

Ecrivain et peintre
Arrivée à Granges en 1982, Anne Lugon-Moulin a effectué la fin de son école primaire dans le village veveysan, puis son école secondaire à Châtel-Saint-Denis. Elle a ensuite continué ses études au Collège du Sud, à Bulle. «Je garde un très bon souvenir de cette période. L’enseignement était excellent. J’ai apprécié la rigueur, mais aussi l’ouverture d’esprit de l’établissement.» Aujourd’hui, Anne Lugon-Moulin habite à Fribourg. «Mes parents résident toujours à Granges. J’ai encore quelques amis en Veveyse, un district que j’aime beaucoup, surtout pour sa proximité avec le lac! Quant à la Gruyère, j’adore marcher ou faire de la raquette dans les Préalpes.»
Artiste, Anne Lugon-Moulin apprécie la peinture. Elle a également publié un livre intitulé Le puits. «L’écriture me tient à cœur, même si je n’ai plus le temps de m’y consacrer. Je mets toutefois des limites. Et me réserve des moments pour ma vie privée. Le travail perd du sens s’il n’y a plus que le travail. Il en garde s’il est intégré à d’autres composantes de la vie qui lui donnent sa richesse.» AR
 

Ajouter un commentaire

CAPTCHA
Cette question est pour tester si vous êtes un visiteur humain et pour éviter les soumissions automatisées spam.

Annonces Emploi

Annonces Événements

Annonces Immobilier

Annonces diverses

Trending

1

Chez la famille Gremaud, un quotidien digne d’une colo

Christelle et Laurent Gremaud viennent d’accueillir leur quatorzième enfant.

L’une des plus grandes familles de la Gruyère vit dans sa maison de Marsens une existence presque tranquille.

L’organisation familiale repose en partie sur la collaboration des plus grands qui se chargent avec plaisir de la garde des petits.

CLAIRE PASQUIER

FAMILLE NOMBREUSE. «Certains disent qu’on ne fait pas assez d’enfants en Suisse. D’autres qu’on est t...