«Si nous partons, les gens mourront faute de soins»

| sam, 26. oct. 2013
Xavier Onrubia est responsable de mission en Haïti pour Médecins du monde. De retour d’un voyage de dix jours, il tire le bilan.

PAR ANGELIQUE RIME

«Dans les campagnes, c’est un retour à la case départ. Nous sommes revenus à la situation sanitaire qui prévalait avant le séisme malgré les milliards injectés par la communauté internationale et les organisations non gouvernementales (ONG). Force est de constater que c’est un échec.» Responsable de mission en Haïti pour Médecins du monde (MDM) depuis cinq ans, Xavier Onrubia revient tout juste d’un voyage de dix jours dans ce pays des Antilles, dévasté par un tremblement de terre en mai 2010. Travaillant comme pédiatre dans un cabinet de Châtel-Saint-Denis, l’habitant de Besencens consacre, en plus de son voyage annuel en Haïti, deux demi-journées par semaine à ses engagements humanitaires. Il fait partie du comité de MDM ainsi que de Terre des hommes.
Depuis quinze ans, MDM soutient quatre dispensaires (Dufour, Baudain, Meyer et Dano) dans les Mornes, une région montagneuse située à l’ouest de Port-au-Prince. «L’unique hôpital qui existe dans cette zone se situe à Petit-Goave. C’est le seul pour 300000 habitants.» L’association s’occupe également d’une unité de stabilisation nutritionnelle, qui prend en charge des enfants souffrant de malnutrition sévère. Elle a aussi mis sur pied un travail de sensibilisation sur la santé de la mère et de l’enfant dans les communautés qui bordent les dispensaires.


Soignants pas payés
«Après le séisme, nous avons vécu une sorte “d’âge d’or”. Grâce à l’argent généré par cette catastrophe, notre programme
a été très efficace.» Quelque 120 collaborateurs de MDM travaillaient alors en Haïti, contre 40 actuellement. «Nous assurions quarante consultations par jour dans chacun des quatre dispensaires. Aujourd’hui, nous n’avons plus aucun chiffre concernant leur fréquentation. Les autorités ne sont pas en mesure de nous les donner», déplore le Veveysan de 51 ans.
En peu de temps, la situation s’est donc dégradée. La raison de ce retournement de situation? Une volonté du Ministère de
la santé de reprendre les rênes du système, sans succès. «Il nous a imposé d’arrêter les program-mes mis en place pour lutter contre la malnutrition et le choléra. Cependant, les autorités n’ont mis aucun moyen à disposition des dispensaires pour qu’ils reprennent cette mission! Aujourd’hui, les unités spécialisées que nous avions instaurées sont en ruine. De plus, le personnel soignant n’est plus payé depuis le mois de mai. Ils viennent s’ils veulent...»


Seule ONG à rester
Un des grands défis de MDM, qui fête cette année ces vingt ans (lire encadré), est donc de «soutenir les autorités sanitaires pour leur permettre de reprendre la main». Mais aussi d’améliorer la qualité des soins. «La priorité doit être mise sur la santé de la mère, du nouveau-né et des petits enfants. Les trois quarts des personnes qui viennent au dispensaire sont des femmes enceintes et des enfants de moins de cinq ans. Certaines viennent consulter car elles sont essoufflées et n’arrivent plus à marcher dans les montagnes. Cela simplement parce qu’elles sont anémiques et qu’il faudrait leur donner du fer. Mais il n’y a pas de fer. Parfois, si les médicaments sont à disposition des médecins, les frigos dans lesquels ils devraient être conservés ne fonctionnent pas! C’est un pays très dur où nos idéaux de soignants se cassent vite la figure.»
D’ici à la fin octobre, MDM sera la seule ONG à être active dans la région de Petit-Goave. Après le séisme, il y en avait une vingtaine... «Médecins sans frontières a construit un hôpital avec des blocs opératoires à Léogane, à 30 kilomètres de Petit-Goave. Nous travaillons en étroite collaboration avec eux. Mais ils vont partir d’ici à 2014. On craint le moment où ils partiront.» Rester ou partir, la question se pose pourtant au sein de MDM. «Je vais défendre cette idée au sein du comité. Si nous nous désengageons complètement, il n’y aura pas de soins et les gens mourront. Mais, trouver des fonds est un gros problème. Il y a un désintérêt massif des donateurs et du grand public pour Haïti.»

 

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Henri Dès en concert à La Tour
Fondée à Neuchâtel en 1993, l’association Médecins du monde (MDM) fête ses 20 ans cette année. Pour marquer le coup, elle organise diverses activités: conférences, exposition itinérante, gala et concerts. Dimanche, Henri Dès «chantera pour Médecins du monde» à la salle CO2, à La Tour-de-Trême, à 17 h. «Nous espérons ainsi faire connaître notre action. En effet, nous n’avons pas une aussi grande visibilité que Médecins sans frontières. D’ailleurs, nous ne poursuivons pas le même but. Eux travaillent dans l’urgence alors que notre but est de permettre aux plus vulnérables d’accéder à des soins de santé», explique Xavier Onrubia, membre du comité et responsable de mission en Haïti.
L’association est active en Suisse, où elle travaille avec les sans-papiers et les requérants d’asile dans le canton de Neuchâtel. Mais aussi à Lausanne, où elle soutient les travailleuses du sexe. A l’international, MDM est présent au Bénin, en Palestine, en Haïti et au Cameroun. AR
 

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